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Jacques Prévert, Mesrine, Paul Newman et les autres Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Alain Penso   
11-11-2008

Portrait de Jacques Prévert présent dans l’exposition Jacques Prévert, Paris la belle.
Portrait de Jacques Prévert présent dans l’exposition Jacques Prévert, Paris la belle. (AFP)
L’ÉLOGE ET LA RECONNAISSANCE
Il y avait longtemps qu’une manifestation n’avait pas été consacrée à Jacques Prévert. La mairie de Paris a décidé de proposer Jacques Prévert, Paris la belle où toute une déclinaison de l’œuvre du poète est exposée. La petite fille de Prévert a apporté force et jeunesse pour faire aboutir le projet, qui au départ a rencontré quelques réticences. Jacques Prévert étant étudié à l’école, il semblerait qu’il n’avait plus à intervenir dans le champ public.

 

Le cinéma le Champollion s’est fait le décrypteur de ses œuvres cinémato¬graphiques. Parmi elles, Drôle de drame (1937) qui n’avait pas été bien compris lors de sa sortie. A le revoir aujourd’hui, on découvre l’aspect avant-gardiste de cette œuvre dans le domaine de l’humour. Remorques de Jean Grémillon retrace la vie immobile d’un couple de marins livré au temps qui passe. L’ambiance d’une guerre incertaine s’insinue dans le scénario, la drôle de guerre s’an¬nonce presque à la fin de l’œuvre avec violence. L’amour s’évanouit, et la stabilité du couple explose avec la mort d’un de ses membres. Il en résulte une absence suivie d’une incertitude, que seule l’aventure et le danger peuvent tromper.

 

MESRINE LE BANDIT BIEN AIMÉ
Mesrine, L’Instinct de mort de Jean-François Richet, traite l’histoire de Jacques Mesrine comme un film policier alors qu’on aurait préféré qu’un personnage aussi emblématique soit traité sur le plan idéologique plutôt que spectacu¬laire. Le personnage prônait une avancée sociale sans toutefois ressembler à Robin des Bois, et cet aspect de sa per¬sonnalité n’apparaît pas dans le film. Le réalisateur n’a pas procédé à une analyse suffisamment passionnante des forces politiques en présence. Il reste que les épisodes d’attaques des ban¬ques sont prenants. On annonce une deuxième partie. Pourquoi ne pas l’avoir intégrée à la première pour donner un film plus profond?

 

 

UN HOMME D’EXCEPTION
Je n’avais pas revu Henri Agel depuis longtemps, m’apprêtant à lui amener une nouvelle cargaison de nouveautés concernant le cinéma. Je l’avais rencontré à une manifestation cinématographique bien sûr, Cinéma et Spiritualité à la fin des années quatre-vingt-dix. J’avais tout de suite été fasciné par ce langage d’orfèvre et de gentillesse avec lequel il me parlait. Je lui ai avoué que j’avais appris la théorie du cinéma grâce à son manuel qui devait être le premier du genre. Je lui ai envoyé mes articles pour qu’il me les critique et… j’ai trop attendu et il est décédé avant de pouvoir me répon¬dre. Je devais aller le voir à Montpellier, je regrette de ne plus pouvoir le revoir. Il faut se souvenir de son rôle dans L’Homme qui aimait les femmes de François Truffaut où il jouait un édi¬teur en province avec Brigitte Fossey et Charles Denner.

 

LA BELLE ET HEUREUSE HISTOIRE DE NEWMAN
Dans la dernière chronique, j’avais parlé de Paul Newman acteur en omet¬tant son côté passionnant de metteur en scène de cinéma reconnu de tous.

 

Dans Rachel, Rachel (1968), l’acteur fait un portrait délicat de sa femme. Le personnage du film est une institutrice un peu perdue entre sa mère insuppor¬table qui l’ennuie et son amant médiocre, pas du tout amusant. C’est une sorte de variation sur les qualités nécessaires pour aimer. Ce film fait songer aux films de jeune cinéma des années soixante et un peu de la Nouvelle Vague comme ceux de Jean-Daniel Pollet, Pialat et Chabrol.

 

En 1978, Paul Newman perd son fils de 28 ans qui succombe à une overdose. Il est abattu. Sa vie, c’est sa femme et ses enfants. Il aura toujours en lui cette trace indélébile sur le coeur et dans ses oeuvres. Faisant écho à ce drame per¬sonnel, Paul Newman tourne L’Affrontement et Harry and Son (1984): un père maladroit n’arrive pas à s’entendre avec son fils et ne peut pas se réconcilier avec lui. Incontestablement ce film est le plus proche de Paul Newman.

 

Le lien est une constance dans l’oeuvre de Paul Newman, le fondement de toute sa vie, son secret le plus profond. On pourrait rapprocher son oeuvre très féministe de l’unique film de Barbara Loden, Wanda (1970). Touché à vif par les siens, sa famille, ses amis, son person¬nage rappelle celui de Carrie de Brian de Palma (1976). Eleanor Newman, sa fille, joue le rôle d’une adolescente qui expose sur l’estrade à un concours de sciences organisé par son école «l’influence des rayons Gamma sur le comportement des marguerites». Sa fille montre que sur la terre tous les espoirs sont permis même, dit-elle, celui de se réconcilier avec la vie pour l’aimer toujours avec un regard sur nos semblables.

Le plus surprenant est la carrière de réalisateur de Paul Newman qui s’éche¬lonnera de 1968 à 1987. Il réalise cinq films qui obtiendront le respect de la profession pour ses qualités indiscutables de cinéaste et surtout pour les thèmes qu’il n’avait pas eu peur d’aborder, dans une société qui était restée puritaine et conformiste. Les thèmes intimistes ayant traits aux problèmes de la famille étaient restés jusque-là tabous.

 

UN HOMME FIDÈLE À SES AMOURS: SA FEMME, SES ENFANTS, SON MÉTIER DE CRÉATEUR
Newman débusque quelques expressions de sa femme qu’il veut fixer pour toujours, de ce personnage, blessé par la vie, qui veut rester une mère malgré l’absence d’amour d’un homme à ses côtés.
Newman ne se soucie nullement des états d’âme des autorités, trop occupées à garder leurs pouvoirs plutôt qu’à réfléchir sur les rapports difficiles qu’entretiennent les membres d’une famille. Paul Newman pense profondément aux êtres qu’il aime. Il veut le clamer et le montrer. Sa femme est la vedette dans son cœur et dans ses films (elle apparaîtra dans quatre d’entre eux).

 

Paul Newman était pour moi un acteur que j’admirais et que je respectais. Je lui avais posé une question en 1987 lorsqu’il avait présenté son film La Ména¬gerie de verre. Je l’avais trouvé plein d’humour, et d’une intelligence emplie d’humanisme. Un journaliste a tenté de le déstabiliser en lui parlant d’étiquettes à collectionner sur les bouteilles de vinaigrettes qu’il vendait. Newman avait répondu: «la campagne est bien belle par ce temps.».

 

Newman filme sa femme comme per¬sonne, crée une esthétique magnifique persuadé que la trace reste après.

 

WOODY ET LES ROBOTS
Retrouver Woody Allen est toujours un bonheur. Le réalisateur a procédé en plusieurs étapes pour arriver jusqu’à Barcelone et tourner Vicky Cristina Barcelona. Woody Allen a un peu plus de soixante-dix ans. Il a cherché son genre entre plusieurs styles, ou plutôt navigué parmi eux. Ainsi ne tomberait-il pas dans un sommeil profond. Quelques années auparavant à la cinémathèque de Chaillot, Henri Langlois, comme il en avait l’habitude, nous avait préparé une surprise, une avant-première de Woody et les Robots en présence de son auteur. Il est entré dans la salle de la cinémathè¬que, il était à un mètre de moi, je croyais que c’était Dieu. Il m’a regardé avec un sourire hilarant, j’ai éclaté de rire et toute la salle a suivi. Langlois lui a posé une série de questions et nous avons été conquis pendant toute la soirée. C’était un moment délicieux où la réalité et la fantaisie avaient décidé de cohabiter un moment. Dans Guerre et amour (1975), un film à costumes, Woody Allen prend un plaisir immense à parodier l’histoire : Boris Grouchenko, révolté par l’invasion française, tente d’assassiner Napoléon, mais l’aventure tourne mal. D’une drôle¬rie époustouflante, le film obtiendra un grand succès. Il vaudra par sa fine satire du pouvoir militaire que seule l’ambition personnelle anime dans une bataille.

 

DE IN THE MOOD FOR LOVE AUX CENDRES DU TEMPS
Je suis toujours attentif aux nouveaux films de Wong Kar-wai depuis que j’ai vu In the mood for love (2000) et 2046. Son traitement des images et la considération minutieuse pour la narration font avancer l’expression cinématographique.

 

Son nouveau film Les Cendres du temps donne un nouvel élément à son travail de recherche. Terminé en 1994, l’année de Chungking express, ce film d’aventure chinois était doté d’un budget très important. N’ayant pas trouvé un public suffisant, à la mesure des dépenses effectuées, les producteurs et les exploitants se sont mis à triturer, traficoter, remonter le film au point qu’à la fin, on ne comprenait plus rien. Wong Kar-wai, qui tenait beaucoup à son film, a passé des moments noirs. Finalement, la version originale du film avait définitivement disparu.

 

Très attaché à ce projet qui avait été sauvagement saccagé, Kar-wai entreprend de restaurer son film en lui donnant un autre sens. C’est pour lui l’occasion de nous offrir un voyage dans le temps grâce aux chutes de son oeuvre retrouvées. Il utilise toute la palette graphique pour fabriquer de nouvelles ima¬ges confirmant l’apport nécessaire de l’esthétique pour faire avancer la narration.

 

Cette œuvre devait être un film d’art martial en costume avec des scènes de batailles et de duels, des voltiges, des combats violents, des séquences épi¬ques. Il ne tourne rien de tout cela, mais montre plutôt deux amis qui se retrou¬vent pour boire un vin magique qui effa¬cera leur mémoire, la troublera, modifiant ainsi leur équilibre temporel. Les cendres du temps est une sorte de voyage initiatique peuplée de beauté picturale.

 





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