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«Le dépôt des Dieux» au musée Guimet |
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Écrit par Hanna L. Szmytko, La Grande Époque
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04-07-2009 |
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L’artiste d’origine taïwanaise Hung-Chih Pen.(Siaoyong/La Grande Époque ) Depuis le 17 juin jusqu’au 19 octobre 2009 le musée Guimet propose un nouvel événement culturel : «Le dépôt des Dieux». Il s’agit de l’œuvre contemporaine de l’artiste d’origine taïwanaise Hung-Chih Peng, présentée au cœur de la bibliothèque historique du musée. Cette installation contemporaine au sein des collections permanentes est suffisamment surprenante et déroutante pour interroger le visiteur à propos des rapports entre les hommes et les divinités.
L’œuvre est composée d’environ six cents statuettes en bois polychrome ou doré qui représentent des divinités du taoïsme, du bouddhisme et du confucianisme, les trois courants majeurs des religions d’Asie. Devant cette assemblée de dieux, l’artiste Hung-Chih Peng a placé un écran plasma sur lequel est projetée une vidéo où «le moine canin», c’est à dire le chien de l’artiste, signe sur un mur blanc le texte d’une chronique intitulée Supplique aux Dieux. Ce texte qui se révèle progressivement fait penser à ce trésor caché dont on parle dans le bouddhisme tantrique ou lamaïque que l’on découvre ensuite. Quelle est la raison de cette mise en scène ? Le chien placé au centre de la création devient le médiateur des textes sacrés et permet le lien entre le lecteur et les écritures.
Alors pourquoi «Le dépôt des Dieux» ? Dans les années 80, les jeux de loto étaient très populaires à Taiwan et beaucoup de joueurs sollicitaient les dieux pour obtenir des informations sur les numéros gagnants. Les joueurs qui perdaient rejetaient la responsabilité de leur déception sur les dieux et condamnaient littéralement les dieux pour leurs divinations inexactes. Les dieux qui avaient failli tombaient alors en déshérence et devenaient des dieux abandonnés en finissant à la décharge, d’où le nom de l’exposition «Le dépôt des Dieux». Ce phénomène social a ensuite donné à l’artiste Hung-Chih Peng l’idée de réaliser une œuvre en rassemblant les statuettes ayant survécu.
Il s’agit «du geste d’un artiste contemporain qui ne passe pas par notre compréhension ou notre choix d’orientaliste, je trouve ça fondamental et cela va rompre un peu cette monotonie qu’il y a dans notre musée où tout ce que nous avons là a été choisi, conditionné par le point de vue que nous portions sur l’Asie, sur l’Orient», a confié Jacques Giès, président du musée Guimet, dans une entrevue à La Grande Époque. «Il faut prendre l’œuvre comme un tout et il y a à la fois l’intention de l’artiste et l’histoire qu’il a vécue. Il est très difficile de juger les œuvres contemporaines comme on juge les œuvres du passé. Ces œuvres du passé que nous avons autour de nous [au musée Guimet], sont le monde des formes et nous y ajoutons la connaissance que nous avons des substratums religieux. Mais c’est comme si nous injections en fait dans ces œuvres du passé la raison religieuse, alors que là nous sommes dans le vivant, dans le vécu, nous sommes avec un artiste qui donne cette œuvre qui est aussi complexe par ses intentions que par sa perception du monde. De plus, dans un geste comme celui-ci, ce ne sont même plus les dieux qui sont rejetés, c’est Hung-Chih Peng qui se montre».
Cette exposition marque l’ouverture du musée Guimet à l’art contemporain. «Nous ouvrons la page de la fabrique contemporaine de l’art de l’Asie», a expliqué Jacques Giès. «Nous sommes totalement ouverts, sans avoir d’a priori ni de théories sur ce que nous voulons faire, nous sommes dans le présent vivant, tout est possible, tout est à inventer. En tant que musée d’histoire, nous avons la responsabilité de montrer à notre public ce qu’est le monde vivant de l’Asie», a-t’il précisé.
Une statue faisant partie de son exposition.(Siaoyong/La Grande Époque ) Rencontre avec l’artiste Hung-Chih Peng
LGE : Comment vous est venue l’idée de l’œuvre «Le dépôt des Dieux» ?
Dans les années 80, les jeux de loto étaient très à la mode à Taïwan, les gens sollicitaient les dieux pour la divination des numéros gagnants. Quand les numéros choisis n’étaient pas bons, ils punissaient les statuettes en leur coupant la tête ou en les jetant à la poubelle. Tous les Taïwanais connaissent cette histoire, ils savent bien de quoi il s’agit. Bien sûr, ce n’est qu’une partie de l’histoire, car il y a aussi des gens qui ne vénèrent plus de dieux pour d’autres raisons, mais de toute façon, ce sont des dieux abandonnés. C’étaient des dieux puissants, placés sur un piédestal, mais qui finissent comme des clochards… J’ai trouvé cette histoire très intéressante. Donc j’ai décidé de m’y intéresser davantage. Il y des gens qui collectionnent ces statuettes de dieux, souvent devant l’entrée de leur habitation, où nous pouvons trouver des statues de dieux alignées ensemble. Cela m’a d’abord donné l’idée d’en prendre une pour décorer, puis l’idée m’est venue d’en faire cette œuvre, qui a été créée en 2006. M. Lu de XinZhu m’a fourni ses collections, au début je lui demandais de me les prêter. L’idée lui a plu, donc il me les a offertes. Ainsi, ces statuettes de dieux sont devenues des œuvres.
LGE : D’où viennent ces statuettes de dieux ?
H-C. Peng : Ces statuettes de dieux appartenaient à ceux qui les vénéraient, mais plus tard ils ne croyaient plus aux dieux, ils les ont donc abandonnées. Le loto est une des raisons de cet abandon, mais il y a aussi d’autres raisons comme par exemple un locataire qui laisse une statuette de dieu à cause d’un déménagement. Quand les statues de dieu sont achetées, il faut faire une cérémonie de consécration dans un temple. M. Lu m’a dit avoir organisé cette cérémonie, mais je ne crois pas qu’il l’ai faite pour autant de statuettes, l’une après l’autre. Il est possible qu’il l’ait fait en une fois pour l’ensemble des statuettes.
LGE : Combien de statuettes font partie de l’œuvre ?
H-C. Peng : Il y a aujourd’hui 606 pièces, mais l’œuvre s’agrandit, il y aura 700 statuettes en plus, et après elle sera encore plus grande, deux fois plus grande. Tous ce qui est écrit sur l’écran explique l’histoire des jeux de loto. Il existe un article sur cette histoire écrit par le professeur Lin Maoxiena, que je vais intégrer, car elle fait partie de cette œuvre.
LGE : Comment avez-vous trouvé le chien qui vous a permis de réaliser la vidéo vers lequel se tourne toutes les statuettes ? Est-ce vraiment le chien qui écrit le texte ?
H.-C. Peng : Il s’agit de mon chien, il connaît son travail, il sait qu’il travaille pour moi, nous arrivons bien à communiquer ensemble. Tous les chiens n’arrivent pas à faire cela, mais le mien est assez facile à dresser. Honnêtement, je trouve qu’il est très doué. En réalité, ce n’est pas le chien qui écrit. Il y a une petite astuce : les mots sont composés de croquettes pour chien, parce que le chien est gourmand, son instinct est de les manger donc il a mangé les mots, ces mots sont simplement de la nourriture pour lui. Je filmais le chien quand il mangeait, et ensuite je diffusais le film en mode de rembobinage. Toutes les croquettes étaient mangées par le chien, donc le mur était vide, ensuite les croquettes apparaissent de la bouche du chien comme si c’était lui qui écrivait.
LGE : Comment avez-vous eu l’idée de vous exprimer en mettant le chien comme médiateur des textes sacrés ?
H-C. Peng : La religion est supérieure à l’homme, mais le chien est inférieur à l’homme, donc j’ai fait une comparaison à différents niveaux, une sorte de transition. J’ai inversé l’ordre des choses. En effet, il y a un sens derrière tout ça, je voulais dire surtout qu’en ce qui concerne la religion, il s’agit surtout d’une croyance, cette croyance contient beaucoup de facteurs comme par exemple le prétendu langage des dieux. En réalité, c’est l’homme qui l’avait écrit, concrètement Dieu est produit par l’état spirituel de l’homme. Cette œuvre «Le dépôt des Dieux» parle spécialement de diverses religions, il concerne toutes sortes de religions et les différences entre elles. Plus particulièrement aujourd’hui les chocs culturels et religieux sont des facteurs importants. Ces sujets m’intéressent, car j’écrivais moi-même les textes religieux.
LGE : Comment voyez-vous ce phénomène d’abandon des statuettes des dieux par l’homme ?
H-C. Peng : C’est un phénomène très sarcastique, car la religion est devenue un comportement de l’échange et du bénéfice. En absence de bénéfices, les dieux sont punis. Il s’agit d’une relation entre les hommes et les dieux qui est pervertie par la cupidité de notre société actuelle. En plus, parfois même le chien, une créature inférieure à l’homme, a plus de sagesse que l’homme lui-même, c’est-à-dire que lorsqu’il est soumis à sa cupidité, l’homme n’est même pas au niveau du chien…
LGE : Quel rôle devrait jouer la religion dans la société ?
H-C. Peng : Elle devrait avoir une fonction positive et non pas destructive. Mais en réalité, il y a actuellement beaucoup de religions qui mènent l’homme vers le conflit et pas vers la paix, n’est-ce pas !
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