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Manifestations ŕ Taiwan contre le rapprochement avec Pékin Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Antoine Latour, La Grande Époque - Montréal   
10-11-2008
 Des manifestants taiwanais, s’opposant au rapprochement avec Pékin, marchent ŕ Taipei le 6 novembre 2008
Des manifestants taiwanais, s’opposant au rapprochement avec Pékin, marchent ŕ Taipei le 6 novembre 2008. Des heurts entre protestataires et policiers ont fait environ 250 blessés. (Patrick Lin/AFP/Getty Images)
La visite d’un haut responsable communiste chinois à Taiwan la semaine dernière a provoqué des violences dans la capitale. Les Taiwanais opposés au rapprochement avec Pékin, préconisé par le parti au pouvoir Kuomintang, se sont frottés au dispositif de sécurité entourant Chen Yunlin, responsable chinois des affaires taiwanaises.

L’ampleur des forces répressives déployées pour contrôler les foules aura poussé les protestataires à déclarer que si Taiwan se transforme en pays autoritaire pour une simple visite d’un représentant de Pékin, qu’est-ce que ce serait si le régime communiste réussissait finalement son plan de reprendre le contrôle de l’île?

On pouvait lire sur les pancartes des manifestants : «Taiwan est mon pays» et «Quand le bandit communiste arrive, les droits de l’homme disparaissent».

On rapporte également que les drapeaux taiwanais auraient été retirés de tous les endroits où devait se rendre Chen Yunlin. Cela sans compter que le président de Taiwan, Ma Ying-jeou, a accepté que Chen l’appelle «Monsieur Ma», plutôt que «Monsieur le président». Un détail, à prime abord, mais une concession qui en dit long si l’on considère l’importance du protocole.

Les violences policières ont attiré leur part de condamnation de différents secteurs de la société, particulièrement des mouvements d’opposition. Ces derniers soulignent que les concessions que le Kuomintang a offertes à Pékin, depuis l’arrivée de Ma au pouvoir, ont obtenu peu en retour pour Taiwan.

Chen Yunlin et Taipei se sont mis d’accord pour reprendre les liaisons aériennes directes, à la hauteur de 108 vols par semaine, ce qui est peu considérant les 1000 vols hebdomadaires entre Taiwan et Hong Kong.

Pour obtenir ce «gain» et autres «accords de réconciliation» du genre, Ma Ying-jeou aura dû sacrifier beaucoup.

«Depuis qu’il est devenu président le 20 mai dernier, Ma a effectué une série de pas en arrière quant à sa position sur la souveraineté de Taiwan», écrit Tung Chen-yuan dans le Taipei Times. «Il a accepté l’existence d’un “consensus de 1992”, dans lequel les gouvernements chinois et taiwanais de l’époque se seraient mis d’accord qu’il n’y a qu’une seule Chine, à laquelle la Chine et Taiwan appartiennent, sans toutefois s’accorder sur la définition de cette Chine. Il a accepté la notion que les gens des deux côtés du détroit de Formose appartiennent à la nation chinoise. Il a abandonné l’idée de rejoindre les Nations Unies...»

Les souverainistes et nationalistes taiwanais ont donc profité de la visite de Chen Yunlin pour lancer un message à leurs leaders et à ceux de Pékin : vos plans rencontreront résistance.

Une résistance qui s’est butée à une répression sévère qui a fait de nombreux blessés. La police nationale a annoncé qu’ils seraient environ 250, dont 149 policiers.

Pendant ce temps, le dirigeant chinois Hu Jintao se serait entretenu avec Barack Obama durant la fin de semaine. Probablement afin de l’aider à prendre de «bonnes décisions» quant à Taiwan, c’est-à-dire renoncer à la vente d’armes d’une valeur de 6 milliards de dollars, annoncée dernièrement.

La question des relations sino-américaines sera cruciale pour Obama, et son intégrité sera mise à rude épreuve. D’une part, les questions économiques, et d’autre part, ses idéaux démocratiques. Pour se démarquer de son prédécesseur, il devra se détacher des doubles standards, comme désigner la Corée du Nord comme pays de «l’axe du mal» sans indiquer que le régime communiste de Pyongyang ne peut absolument pas exister sans celui de Pékin.




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