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Sexe et espionnage : trucs à se méfier lors d'une visite officielle en Chine Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Matthew Little, La Grande Époque   
09-12-2009
Ian Clement, ex-adjoint du maire de Londres,
Ian Clement, ex-adjoint du maire de Londres, est tombé pour une femme fatale des services secrets en Chine. Elle lui aurait subtilisé des informations après l'avoir drogué. (Paul Gilham/Getty Images)
OTTAWA – Ian Clement mentionne qu'il n'aurait pas dû être aussi désinvolte lorsqu'il s'est rendu aux Jeux olympiques de Pékin 2008 en tant qu'adjoint au maire de Londres. Il avait été prévenu par les services de renseignements britanniques, mais ne leur avait pas prêté attention.

«Ils m'ont parlé des honeytraps et m'ont averti que les services secrets chinois utilisaient souvent des femmes pour attirer des hommes au lit et leur soutirer de l'information. Je n'ai pas cru un instant que je me ferais prendre», a-t-il révélé au journal britannique Mirror dernièrement.

M. Clement croit que la femme chinoise attrayante qu'il a rencontrée lors d'une soirée a probablement mis de la drogue dans sa boisson. Après qu’il a perdu connaissance, la femme a fouillé ses effets personnels, collectant des informations au sujet de l'administration de Londres et de négociations d'affaires.

En effet, M. Clement aurait dû savoir dans quoi il s'embarquait. Quelques semaines à peine avant son voyage pour les Olympiques, l'histoire d'un autre fonctionnaire pris en flagrant délit en Chine avait fait la manchette dans les médias britanniques.

L'individu, un assistant du premier ministre britannique, a également été victime d’une honeytrap. Il s'est réveillé après une nuit passée avec une femme chinoise pour se rendre compte que son Blackberry avait été subtilisé, un vol qui, selon des experts en sécurité, a compromis les serveurs courriels du Parlement britannique.

Honeytraps et écoute électronique

«Les fonctionnaires étrangers devraient toujours être prudents lorsqu'ils visitent la Chine. Les autorités pourraient les influencer d'une certaine manière et leur tendre un piège. Ils devraient toujours être prudents», affirme l'ex-diplomate chinois Chen Yonglin.

Avant de faire défection en Australie, Chen était le consul pour les Affaires politiques au consulat chinois de Sydney. Sa responsabilité principale était de surveiller les dissidents chinois en Australie.

Le sexe et l'argent sont des appâts fréquemment utilisés, mentionne-t-il. La honeytrap est une des tactiques préférées des services secrets chinois pour tenter de coincer un fonctionnaire dans un scandale sexuel. Dans un tel scénario, le fonctionnaire ou le membre du personnel est approché par une femme fatale chinoise qui s'efforce de le séduire. Elle va ensuite saccager sa chambre d'hôtel, fouiller dans son ordinateur portable ou son téléphone cellulaire, ou utiliser la vidéo de l'acte compromettant comme moyen de chantage.

M. Chen raconte que lorsqu’il était en poste, un responsable australien en visite en Chine avait été détenu par les autorités après avoir été pris en flagrant délit avec une adolescente qui n’avait pas encore 16 ans. Les autorités l'ont relâché, conservant les preuves de son méfait, après qu'il a «offert de travailler pour le régime comme un agent», explique Chen Yonglin.

«Il a essayé de parler publiquement en faveur du régime», poursuit M. Chen, en faisant valoir la position du régime dans les médias australiens.

«[Les fonctionnaires étrangers] devraient être prudents en compagnie des fonctionnaires chinois», met en garde Chen Yonglin. «Ils peuvent se faire piéger par l'argent ou la promesse de certains avantages par des hauts dirigeants chinois. Ils devraient être très prudents lorsqu'ils profitent des divertissements offerts par le gouvernement chinois.»

Un autre ex-responsable chinois a spécifiquement averti les fonctionnaires canadiens qui visitent la Chine dans une entrevue avec la Presse Canadienne en 2005. Han Guangsheng avait fait les manchettes cette année-là en essayant de faire défection au Canada. À Shenyang, une ville de près de 8 millions d'habitants, il avait passé 14 ans en tant que chef du Bureau de la sécurité publique et cinq autres années avec le Bureau judiciaire.

La semaine dernière, il a déclaré à La Grande Époque que le régime chinois est zélé avec la cueillette de renseignements, et les hôtels chinois – y compris ceux qui appartiennent à des compagnies étrangères – sont dotés d'employés qui sont en réalité des agents secrets chinois. Les fonctionnaires d'outre-mer peu soucieux peuvent s'attendre à ce que leurs bagages soient fouillés subrepticement et que les documents en leur possession soient copiés.

Un avertissement du SCRS
Tout comme les services secrets britanniques, le renseignement canadien est au courant des risques et avertit les fonctionnaires canadiens qui visitent la Chine, mais ces avertissements ne sont pas souvent pris en considération, affirme l'ex-officier du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), Michel Juneau-Katsuya, qui a dirigé le Bureau Asie-Pacifique de l'agence.

«Certainement que le SCRS va les informer, mais on n’est pas vraiment sûr s'ils écoutent le SCRS. Ils sont souvent extrêmement naïfs et croient que [les agents du] SCRS ont vu trop de films de James Bond.»

M. Juneau-Katsuya explique qu'il est probable que le renseignement chinois exerce plus de prudence lorsqu'il fait affaire avec des hauts responsables comme des chefs d'État en raison de la sécurité additionnelle et de l'attention médiatique, mais il «déploie tout son arsenal de surveillance et d'écoute électronique» pour des fonctionnaires de rang moyen, de rang inférieur et leur personnel.

«Je suis certain que, quelle que soit la personne qui va là-bas, elle aura ce que nous appelons la “chambre tout équipée”», estime-t-il.

«Vous pouvez être certain que chaque conversation, ils essaieront de l'écouter. Ils vont s'assurer que chaque personne dans la délégation soit surveillée par quelqu'un, pour éviter des rencontres avec les mauvaises personnes ou peu importe qui et, qui sait, peut-être recueillir des saletés en cours de chemin.»

En plus de rechercher des informations privilégiées, les agents de renseignements chinois recherchent également des politiciens et du personnel bien placé qui peuvent être soit forcés, soudoyés ou simplement charmés pour aider le régime chinois à atteindre ses objectifs de politique étrangère.

S'ils identifient une cible potentielle, M. Juneau-Katsuya explique que les diplomates chinois vont ensuite l'approcher au Canada pour la courtiser.

«Ils vont définitivement essayer de développer ce que l'on appelle le pouvoir souple.»

L'objectif de la cueillette de renseignements est d'augmenter leur influence, ajoute l'ex-agent canadien. Les Chinois ont compris depuis longtemps que «le contrôle n'est pas le pouvoir ultime. L'influence est beaucoup plus [puissante] – elle demande moins d'énergie et vous permet de faire beaucoup, beaucoup plus».

Se faire des «amis» et influencer les politiques
David Harris – expert sur le terrorisme, ex-patron de la planification stratégique au SCRS et maintenant directeur du programme de renseignement antiterroriste à l'institut Insignis Strategic Research à Ottawa – affirme que les efforts du régime chinois pour influencer les responsables canadiens sont poussés et peuvent s'échelonner à long terme.

«Il y a de nombreuses raisons de s'inquiéter d'avoir des dignitaires en visite en Chine. Le renseignement chinois est reconnu pour être prêt à tout afin d'obtenir des informations de dignitaires étrangers ou d'essayer d'extorquer et de soutirer de l'information des gens. Ces efforts de chantage sont pratiquement inconnus.»


 
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