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Nous en avions profité pour signaler deux solutions alternatives
apparues il y a une soixantaine d’années, permettant un véritable
développement durable par leur mise en œuvre conjuguées mais
immédiatement écartées d’un revers de main dès le stade pilote, ce dont
nous payons de plus en plus le prix de nos jours, et nous avions promis
de leur consacrer des développements dans nos éditions ultérieures : il
s’agissait d’utiliser un pétrole obtenu –en abondance– par la
fermentation anaérobie (c’est-à-dire à l’abri de l’air) de la biomasse
(travaux du Docteur Jean Laigret) et de la mise en service de centrales
nucléaires à fluorures fondus de thorium –et non oxydes « enrichis »
d’uranium– les déchets radioactifs étant alors de « période » très
courte, le thorium de très moindre coût et les réacteurs rustiques et
peu encombrants, le processus réactionnel s’y déroulant excluant par
ailleurs en soi tout « accident » du type « Tchernobyl ».
Nous
nous attachons présentement à sauver de l’oubli l’apport potentiel
immensément gratifiant du Docteur Jean Laigret dès la fin de la Seconde
Guerre mondiale… il était en effet parvenu à reproduire en laboratoire
les phénomènes naturels ayant fait naître les nappes pétrolifères et
avait finalement obtenu avec un magnifique rendement des combustibles
liquides tout à fait semblables à ceux dont l’activité humaine a tant
besoin mais dont l’usage ne mettrait pas pour autant en danger
l’équilibre planétaire Carbone-Oxygène –le CO2 rejeté dans l’atmosphère
est celui qui en a été retiré par la photosynthèse– et de même
n’entraînerait pas de pollution thermique.
Le procédé
Fischer-Tropsch, qui transforme coûteusement –et partiellement- la
houille en combustibles liquides ne résout pas un tel problème et fait
encore appel à une matière première fossile et épuisable.
Nous
n’évoquons que pour mémoire des techniques pratiquement abandonnées
(gaz peu caloriques produits par la fermentation aérobie –c’est-à-dire
en présence d’air– de pailles et lisiers ou par les fameux
« gazogènes » de la Seconde Guerre mondiale).
Un cheminement expÉrimental historique
Dès
1943, Jean Laigret est chargé par le gouvernement d’étudier les
bactéries qui interviennent dans la fabrication du gaz de fumier. En
fait, au départ – et comme presque toujours en l’occurrence– Jean
Laigret cherche autre chose que ce qu’il va trouver.
Dans le
cadre de la mission qui lui avait été confiée, le Docteur Laigret fut
amené à s’intéresser à l’un des bacilles anaérobies les plus communs
dans la nature, le bacille perfringens, déjà bien connu comme ferment
destructeur des matières organiques.
Une première série
d’épreuves fut effectuée sur des liquides organiques, dont la
fermentation donnait du gaz carbonique et de l’hydrogène, mais très
vite le liquide devenait acide et la fermentation s’arrêtait. Aussi,
dans une deuxième série d’épreuves, on ajoutait des formiates alcalins
ou ammoniacaux. Les dégagements de gaz ne se produisaient plus qu’à
partir du deuxième jour, mais le débit en était régulier et prolongé.
Dans une troisième série d’épreuves, on ajoutait au mélange des traces
d’iode, qui servait de catalyseur. On obtenait un premier dégagement de
même nature que le précédent, puis, après un arrêt d’une douzaine de
jours, un deuxième dégagement de gaz très riche en méthane (plus de 80
%).
Le Docteur Laigret décida alors de poursuivre ses recherches
en partant de corps solides et d’abord d’un acide gras : l’acide
oléique. Le produit utilisé était du savon ordinaire du commerce,
fabriqué avec de l’huile d’olive. Ses travaux étaient conduits dans les
mêmes conditions que précédemment et avec le même bacille. Il constata
que la fermentation ne produisait pas de méthane mais du gaz carbonique
et qu’il se déposait à la surface du milieu fermenté un liquide noir
dont l’analyse montra qu’il s’agissait d’un pétrole. Plus précisément,
cent grammes de savon donnaient 75 cm3 de pétrole. L’expérience fut
renouvelée plusieurs fois avec le même résultat.
Ainsi se
trouvait confirmé le fait que l’on avait jusque-là simplement supposé :
les gisements de pétrole proviennent, de façon pratiquement certaine,
de la fermentation anaérobie de matières organiques et le processus qui
l’avait permis pouvait être reproduit en laboratoire. Ceci ne voulait
pas dire, bien entendu, que d’autres types de fermentation ou de
bacilles ne conduisaient pas au résultat, mais il était désormais
certain que le bacille perfringens provoquait la synthèse du pétrole.
La question des rendements
Nous
avons vu que les rendements en « huile » se sont révélés dès l’origine
remarquablement élevés : cent grammes de savon oléique donnant les ¾ de
leur masse en pétrole !
« Ce sont les huiles végétales qui ont
le meilleur rendement en pétrole lors de leur fermentation. En moyenne,
une tonne d’huile fermentée donne 800 litres de pétrole brut et 200 m3
de gaz combustible. Mais les huiles sont des produits relativement
chers et la collecte des végétaux qui les contiennent est une opération
artisanale, donc onéreuse. D’où l’idée qu’eut le Docteur Laigret
d’étudier la fermentation de produits organiques bon marché.
C’est
ainsi qu’il constata que les déchets de viande de cuisine pouvaient
fournir 450 litres de pétrole et 140 m3 de gaz combustibles par tonne.
Les déchets de poissons fournissaient environ 70 % de leur poids de
carbures. Les écorces d’oranges et de citrons 37 % et les feuilles
mortes 25 % de leur poids… »
Les boues d’égout
Une
pléthorique source de matières organiques fort encombrantes et dont la
valorisation est infiniment souhaitable est à l’évidence constituée par
les boues d’égout, surtout celles correspondant aux grandes
concentrations urbaines.
On sait qu’aujourd’hui une partie,
amenée à une teneur en matières sèches d’environ 50 % en est brûlée,
tandis que le reste est converti en un engrais agricole peu séduisant,
vendu à bas prix et dont l’utilisation n’est pas sans inconvénients…
Pourraient
être ajoutés aux boues d’égout et dirigés de concert vers des cuves de
fermentation adéquates divers déchets organiques, ordures ménagères,
« fonds de pile » des huileries, déchets d’abattoirs –dont le sang dont
on ne sait vraiment que faire, de même, de nos jours, que les « farines
de viande », calamité moderne… mais aussi les carcasses de vaches
« folles » ou de moutons aphteux… ou les cadavres de poulets
« aviaires », ainsi que les algues marines intéressantes en tant que
matériau organique fermentescible, et contenant en outre les traces
d’iode dont la présence favorise le processus de fermentation.
Nous y revenons plus loin et abordons préalablement :
La question des prix de revient
L’incidence
des frais –considérables- de recherche de gisements pétroliers et de
forage étant bien entendu nulle, mais celle de l’établissement ou de
l’aménagement des structures industrielles où se réaliseraient les
fermentations étant à prendre en compte, il est probable que le prix de
revient de produits finis comparables aux actuels produits pétroliers
ne serait pas d’un ordre très différent de celui qui a été de mise… à
des époques de relative sérénité… c’est-à-dire avant 1973, et même
avant août 1990. il faut d’autre part considérer l’immense avantage
économique que constituerait l’endiguement des sorties de devises
consécutives aux achats de brut.
Sur quelles quantitÉs compter ?
« C’est
une question capitale, si l’on considère que le procédé étudié par le
Docteur Laigret est destiné à remplacer à plus ou moins long terme les
carburants utilisés par nos moteurs. Or, on peut estimer à quelque 30
millions de tonnes la quantité de pétrole nécessaire. Notons qu’il
s’agit ici de la seule énergie ‘embarquée’, c’est-à-dire celle que nous
employons annuellement pour la propulsion des véhicules ».
Il
s’agit de données émanant de l’IFP et correspondant à la consommation
annuelle française moyenne des années 1990, ce qui représente quelque
60 à 100 millions de tonnes de déchets en matières organiques. En
regard, de quoi disposons-nous ?
On peut estimer à huit millions
de tonnes le volume en France des boues d’égout, qui, même à l’état non
trié, en présence de toutes les impuretés non susceptibles de fermenter
(sables, verres, métaux, etc.) peuvent fournir 106 litres de pétrole
brut et 124 m3 de gaz par tonne (Jean Lagarde, Science & Vie,
juillet 1949).
Nos besoins couverts plus de dix fois !
On
le voit sans peine, boues d’égout, ordures ménagères, déchets agricoles
et agroalimentaires permettraient de couvrir plus de 10 fois nos
besoins en pétrole affecté au secteur circulation et transports…
Les algues
Mais d’autres sources encore de matières organiques sont à notre disposition.
Nous pensons aux algues qui, comme déjà dit, ont le mérite « de
fournir l’iode indispensable à la synthèse biologique du pétrole. Or,
les algues sont des végétaux très prolifiques. C’est en trillions de
tonnes que l’on évalue la production annuelle d’algues : pour les
seules algues microscopiques, on évalue cette production à 200
milliards de tonnes ».
Répétons-le à satiété : « A la différence du pétrole minéral, les sources de pétrole de fermentation sont inépuisables. »
Qu’est devenu le docteur Laigret ?
Nous
n’épiloguerons pas sur les raisons qui firent tomber dans un incroyable
oubli sa découverte majeure et historique. Mais il est clair qu’elle ne
pouvait guère, en 1950, servir d’intérêts politico-financiers… Quid de
notre temps très problématique ? Homme de talent et de vérité, peu
préoccupé de sa carrière personnelle, il n’en était pas moins « déjà
connu pour ses travaux sur les maladies tropicales lorsqu’il entreprit
d’étudier la fermentation méthanique. Il avait dirigé d’importants
travaux et il était correspondant de l’Institut lors de son décès en
1966, il y a maintenant 40 ans ».
Bibliographie
Comptes-rendus
de l’Académie des Sciences : Vol. 221, séance du 24 septembre 1945,
pages 359 à 361 : Microbiologie, note de M. Jean Laigret présentée par
M. Gabriel Bertrand.
Comptes-rendus de l’Académie des Sciences :
Vol. 225, séance du 11 août 1947, pages 398 et 399 : Chimie biologique,
note de M. Jean Laigret présentée par M. Gabriel Bertrand.
Science & Vie, juillet 1949 : Article de Jean Lagarde, pages 3 à 8 : Le pétrole de fermentation peut être produit partout
France-Soir, 28 août 1947 : Essence à partir de l’huile d’arachide
Journal Carrefour du 3 septembre 1947
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