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Une vue aérienne de la mer Morte, une mer riche en minéraux, au sud d’Israël. Elle sépare Israël de la Jordanie. Ses eaux sont en recul d’environ un mètre par an, les deux pays sont accusés de détourner près de 90 % des eaux du Jourdain. (Moshé Milner/Getty Image) La mer Morte, cette merveilleuse mer biblique, perd du volume chaque année et depuis les années 1950 et 1960 les scientifiques ont observé une baisse de 25 mètres de son niveau par rapport à sa mesure ancestrale. Elle est l’étendue d’eau la plus salée du monde, célèbre pour les bienfaits de ses minéraux sur la santé. Mais, elle est victime d’un conflit régional et des activités humaines qui engendrent des difficultés à établir les mesures nécessaires à sa protection. Cette baisse des eaux est dramatique, car, si rien n’est fait, cette eau historique pourrait carrément disparaître ou être réduite à une peau de chagrin.
Ses minéraux, ses effets thérapeutiques
La mer Morte est un haut lieu de soin et de visite touristique reconnu par le monde entier. Sa disparition aurait un effet économique désastreux. Le tourisme est le meilleur garant de la survivance de la mer Morte. Car ce sont des milliers de curistes qui y viennent chaque année, pour profiter du bienfait de ses eaux et de ses minéraux. Elle est reconnue pour ses qualités thérapeutiques, notamment dans le cas des maladies de peau, psoriasis, acné, vitiligo, eczéma, rhumatisme psoriasique, maladies articulaires, rhumatismes, arthrite et pour les rééducations fonctionnelles.
Elle porte le nom de Mer de Sel. Elle est appelée ainsi car rien en principe ne peut y vivre. En effet la densité en sel et en substances minérales de cette eau lourde est de 30%. C’est pourquoi les baigneurs ont l’étrange sensation de flotter dans ces eaux chaudes. Il est impossible d’y nager. Les bains pris dans cette eau lourde réduisent la tension articulaire et soulagent les malades souffrant de douleurs articulaires. L’environnement sec et aride est aussi bénéfique aux curistes.
Les applications ou les enveloppements de boue minérale sont reconnus par la communauté scientifique. Elles nourrissent la peau et sont constituées de substances comme le potassium, le magnésium, le calcium, le zinc, l’iode, le soufre et le brome. Les eaux de la mer Morte recèlent de minéraux issus des dépôts sédimentaires amalgamés pendant des millénaires.
Une exploitation excessive des eaux du Jourdain
On pourrait croire que la diminution des eaux de la mer Morte serait imputable au réchauffement climatique, mais ce n’est pas le cas. Les eaux détournées du fleuve Jourdain, son principal affluent, sont utilisées à des fins d’agriculture intensive, c’est une des causes du tarissement de la mer Morte. Cependant ce n’est pas l’unique raison de son assèchement. En effet, des industries minérales installées aux abords de la mer Morte exploitent ses matières premières précieuses. On y trouve du potassium, du magnésium ou encore du brome en grande quantité. La façon d’exploiter ces minéraux entraîne des pertes d’eaux pharamineuses puisque ce sont près de 800 millions de mètres cubes d’eau qui disparaissent chaque année. Ittai Gavrieli, chercheur à l’Institut géologique d’Israël, précise: «Selon nos calculs, les industries israéliennes et jordaniennes seraient responsables d’environ 35 % du déclin de la mer Morte».
De plus, un barrage a été établi en aval du lac de Tibériade. Il alimente une centrale électrique et régule le cours du fleuve. Selon Gidon Bromberg, directeur israélien de l’association des Amis de la Terre pour le Proche-Orient, «c’est ici que meurt le Jourdain», dit-il en montrant le barrage. Par ailleurs, il suggère dans un article intitulé «Les jours du Jourdain sont-ils comptés?» que le projet surnommé Red-Dead n’aurait plus de raison d’être si les pays où coule le Jourdain se décidaient à rendre son eau au fleuve.
«Le débit du Jourdain était de 1.250 millions de mètres cubes dans les années 1950, il n’était plus que de 290 millions en 2000», précise Jean-François Richard de l’Agence française de développement (AFD).
Red-Dead, un projet pharaonique
Quel est-il? Ce projet envisage de déplacer les eaux de la mer Rouge vers la mer Morte, d’où son appellation Red-Dead (Rouge-Morte). Cette solution technologique est extrêmement coûteuse. Elle n’est pas forcément écologique, mais actuellement elle peut apparaître comme étant la seule solution acceptable par tous. Il consisterait à transporter 1,8 milliard de mètres cubes d’eau à partir du golfe d’Aqaba jusqu’à la mer Morte. Au départ l’eau serait transportée par un canal à ciel ouvert sur 40 km de long, puis par un large conduit sur les 120 km restant.
Eli Raz, géologue indépendant, est lui aussi sceptique. Il s’interroge et craint que le projet Red-Dead ne soit au bout du compte dommageable à l’environnement. Selon lui l’eau de mer chargée en sodium ne fait pas un mariage heureux avec le milieu de la mer Morte, riche en magnésium et potassium. «Le meilleur plan pour la mer Morte, c’est de faire couler à nouveau le Jourdain, c’est son fonctionnement naturel», plaide-t-il. Il rejoint le combat des Amis de la Terre du Moyen-Orient, qui milite pour un sauvetage du Jourdain et l’inscription de ce site naturel et culturel d’exception sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Il ajoute: «Si l’on veut réellement ressusciter la mer Morte, il faut revenir à la situation originelle et rouvrir les vannes du Jourdain. Ce n’est pas en apportant de l’eau salée que l’on sauvera la vraie mer Morte!»
Cela fait des décennies que les conflits et le mépris des hommes pour les hommes sont responsables de la disparition du Jourdain. S’entendre, collaborer, dans le respect de tous, aller vers la paix et la durabilité des sols et des eaux est la seule issue pour guérir des souffrances passées.
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