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Philippe Waechter, directeur de la recherche économique à Natixis Asset Management. (Avec l’aimable autorisation de P. Waechter) Entretien avec Philippe Waechter
Les récents indicateurs de conjoncture montrent que l’activité ralentit rapidement au sein des pays industrialisé. Peut-on dès lors parler de la récession?
C’est encore trop tôt. Une récession se caractérise par 2 trimestres consécutifs de repli de l’activité économique. Ce n’est pas encore le cas. Au Japon, en Angleterre, en France, en Allemagne, en Italie mais aussi pour l’ensemble de la zone Euro l’activité économique, mesurée par l’indicateur le plus large (le PIB) a reculé au deuxième trimestre. L’évocation d’une récession suggère que les tendances à l’œuvre au printemps ne se sont pas inversées au cours de l’été. En revanche la croissance a été forte aux États-Unis. Cependant, le risque de récession ne peut pas, pour l’instant, être écarté.
En zone Euro, l’activité a été limitée par la consommation des ménages pénalisée par l’accélération de l’inflation, par le repli du marché immobilier dans de nombreux pays et finalement par un dynamisme des exportations plus réduit depuis quelques mois en raison d’un environnement global moins porteur. La croissance n’avait plus de support et a reculé au 2e trimestre. À court terme, en Europe, ces tendances ne vont pas s’inverser et c’est pourquoi le terme de récession est évoqué.
Au regard du repli du prix de pétrole depuis la mi-juillet le risque inflationniste se réduit. La tendance de fond reste-t-elle une accélération de l’inflation?
L’inflation a été, au printemps, un phénomène mondial. La hausse forte, et durable du prix des matières premières a engendré une hausse des taux d’inflation. En juillet, l’orientation de ce prix des matières premières s’est inversée, notamment sur le pétrole. Après avoir atteint plus de 145 dollars, le baril se traite désormais autour de 115. Ce repli est important. Au sein des pays industrialisés, le prix de l’énergie a été la principale source d’accélération de l’inflation. Sa baisse provoquera un recul du taux d’inflation.
C’est, par exemple, la principale raison du repli de l’inflation à 3,8% (contre 4% en juillet) en zone Euro. Si le prix du baril se stabilise, même au niveau actuel, le taux d’inflation ralentira en zone Euro et aux États-Unis. Cela sera favorable aux consommateurs et pourrait inciter les banquiers centraux à maintenir une politique plutôt accommodante afin de soutenir une activité économique fragile. Au sein des pays émergents, le prix des matières premières alimentaires a provoqué l’accélération des taux d’inflation. La tendance récente à l’accalmie des prix agricoles pourrait limiter la dérive de l’inflation.
Comment expliquez-vous la récente remontée du dollar?
Après avoir longuement baissé, le dollar s’était stabilisé, contre l’euro, à un niveau très bas entre 1,55 et 1,60. Pour les opérateurs de marché les situations économiques de la zone Euro et des États-Unis étaient liées mais la situation américaine était plus préoccupante d’où cette valeur très faible du dollar. Cette perception a changé à la fi n du printemps lorsque les indicateurs économiques européens se sont dégradés rapidement.
La menace inflationniste a cependant incité la Banque Centrale Européenne à durcir son propos et a monté ses taux d’intérêt le 3 juillet. Début août, le repli du prix du pétrole a obligé la BCE a changé de ton. L’inflation ne serait pas aussi élevée qu’attendu mais le risque de récession persistait. La situation étant dégradée, la BCE ne durcirait pas, à nouveau, sa stratégie monétaire. La comparaison avec les États-Unis était d’autant moins favorable que la perception de l’activité américaine devenait plus positive. Ce changement de point de vue sur l’activité et sur l’orientation des politiques monétaires a redonné de l’allant au dollar face à l’euro et face aux autres monnaies.
Quels sont les principaux défis de la rentrée?
En Europe, la dépendance vis-à-vis des échanges avec le reste du monde sera très importante pour soutenir l’activité. La situation n’est donc pas directement entre ses mains. Trois points sont importants. Le premier est le maintien d’une activité soutenue au sein des pays émergents. Ils ont, depuis le début des années 2000, contribué très fortement à la croissance mondiale. Actuellement, ils font face à une dynamique des exportations moins porteuse en raison du ralentissement des pays industrialisés et à une hausse de l’inflation qui a souvent engendré des politiques monétaires plus restrictives.
Si leur croissance ralentissait durablement, les échanges internationaux seraient moins vigoureux et l’activité économique mondiale en pâtirait. Le second défi est celui de l’économie américaine. Sa croissance a été bonne depuis le début de l’année en raison d’une excellente performance des exportations (le dollar peu cher a aidé) et par un plan de baisse d’impôts qui a soutenu la consommation. Pourtant, aujourd’hui de vraies interrogations demeurent car l’environnement global est moins porteur, limitant la progression des exportations, et, le plan de baisse d’impôts étant passé, les soutiens à la consommation sont réduits. L’économie américaine pourrait donc être plus fragile au cours de la deuxième partie de l’année et cela serait pénalisant pour l’économie globale. Un troisième défi est le maintien d’un prix modéré du pétrole. Si le prix du baril repartait à la hausse la situation pourrait se dégrader à nouveau très vite et on ne pourrait alors exclure une récession globale
Propos recueillis par Claire Duteil
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