Vers une reprise en mains de la finance américaine ?
Écrit par LAUREN SMITH – La Grande Époque
08-02-2010
Barack Obama (au centre), le président américain, annonce la réforme du système bancaire à la Maison Blanche à Washington, le 21 janvier 2010. Le premier à sa droite est Paul Volcker, son principal conseiller économique pour la réforme financière. Jim Watson AFP/Getty Images
Barack Obama, qui entame sa deuxième année de présidence, a décidé de frapper fort pour renforcer la régulation du système bancaire. «Même si le système financier est bien plus fort aujourd’hui qu’il ne l’était il y a un an, il fonctionne toujours avec les mêmes règles qui l’ont mené au bord de l’effondrement», a-t-il déclaré lors de son allocution. «Ma détermination de réformer le système n’en est que plus forte quand je vois le retour aux vieilles méthodes ».
Le président américain a annoncé le 21 janvier son intention d’imposer des restrictions en termes de taille des banques et de leurs prises de risques financiers, notamment la cessation de leurs activités de trading pour compte propre. «On ne peut pas faire comme si rien ne s’était passé, il faut donner un coup de frein aux excès et abus qui ont failli provoquer l’effondrement du système financier», a-t-il affirmé.
Le retour de Paul Volcker
Les nouvelles règles annoncées ont été baptisées «règles de Volcker» par le président Barack Obama, du nom de Paul Volcker, l’un des conseillers économiques du président américain. Ses deux autres conseillers, Tim Geithner, le secrétaire au Trésor, et Larry Summers, sont restés en retrait dans ce projet de régulation des banques. Paul Volcker, 82 ans, ancien président de la Réserve fédérale américaine de 1979 à 1987, est l’une des plus grandes figures du monde financier.
Dans un colloque organisé par The Wall Street Journal en décembre dernier dans le Sussex en Angleterre, il a eu le courage de dire devant des hauts dirigeants de banques que « l’innovation financière n’a rien apporté à l’économie mondiale » et que « le seul résultat était de générer de l’argent pour les banquiers », a rapporté The Times. Dans l’entretien accordé à Business Week le 29 décembre il a déjà évoqué la nouvelle réglementation bancaire pour redonner la priorité à l’économie et à l’industrie.
Des mesures ambitieuses
Les mesures annoncées interdisent aux banques collectant de l’épargne et ayant une activité de dépôts de spéculer sur les marchés financiers pour leur propre compte. Parmi les mesures se trouve aussi l’interdiction de détention de hedge funds et de fonds de capital-investissement par des banques commerciales.
Enfin, pour « …empêcher les firmes de prendre des risques qui menacent la totalité du système financier», Barack Obama a annoncé son intention de limiter la taille des banques en instaurant de nouveaux plafonds en termes d’engagements aux institutions «too big to fail » («trop grande pour faire faillite»).
Ces limitations réduiraient fortement les revenus des banques ayant une activité importante de trading et induiraient les désinvestissements forcés. Cela pourrait être le cas pour la banque américaine Goldman Sachs dont l’activité globale de trading représente 64 % de son produit net bancaire en 2009, d’après l’analyse d’un courtier parisien. Mais d’ores et déjà certains observateurs estiment que la banque pourrait alors renoncer à son nouveau statut de holding et céder sa banque de dépôt pour retrouver des marges de manœuvre et continuer à produire du « cash » pour ses banquiers.
Une semaine après l’annonce de la «taxe de responsabilité de la crise financière» que devraient payer les établissements financiers renfloués lors de la crise financière fi n 2008, les «règles Volcker » sont un nouveau choc pour les six principales banques du pays : Goldman Sachs, Morgan Stanley, JP Morgan Chase, Citigroup, Wells Fargo et Bank of America. L’annonce de cette réforme a provoqué une chute des marchés boursiers, notamment des valeurs financières. Les propositions du président américain doivent encore recevoir l’aval du Congrès pour pouvoir être appliquées.
Pour l’instant aucun pays européen n’a indiqué que les projets de Barack Obama seront suivis. Pour Christine Lagarde, la ministre de l’Économie, ce projet «correspond tout à fait aux positions que la France a soutenues», a-t-elle affirmé lors du journal télévisé de France 2 le dimanche 24 janvier. De son côté, le ministre britannique des Finances, Alistair Darling, s’est montré prudent en indiquant qu’il allait étudier les propositions du président américain.