L’Union européenne a menacé d’interrompre ses négociations de rapprochement avec la Serbie-Monténégro, lui réclamant une coopération pleine et sans délai avec le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPI), mais sans fixer d’ultimatum.
Le chef de la diplomatie autrichienne, Ursula Plassnik, dont le pays assure la présidence de l’UE, est allée plus loin que ses collègues lors d’une conférence de presse commune avec le ministre des Affaires étrangères de la Serbie-Monténégro, Vuk Draskovic.
Le chef de la diplomatie autrichienne, Ursula Plassnik, lors d’une conférence de presse commune avec le ministre des Affaires étrangères de la Serbie-Monténégro, Vuk Draskovic. Photo : Gérard Cerles/AFP/Getty Images |
« La Serbie-Monténégro a très peu de temps, à peu près jusqu’à la fin mars, pour coopérer pleinement » avec le TPI, a-t-elle déclaré, reprenant ainsi des propos du commissaire européen à l’Elargissement, Olli Rehn.
M. Rehn avait déclaré auparavant que Belgrade avait
« quelques semaines »,
« à peu près jusqu’à fin mars » pour coopérer pleinement avec le TPI.
Les 4 et 5 avril doivent avoir lieu les prochaines négociations entre Belgrade et l’UE sur un accord de stabilisation et d’association, première étape vers l’adhésion à l’Union. Ces discussions pourraient être menacées si les autorités serbes ne font pas de progrès dans les semaines à venir.
Dans un communiqué, les ministres de l’UE ont « pris note avec préoccupation des récentes déclarations de Carla del Ponte, procureur du TPI, selon lesquelles la Serbie-Monténégro ne coopère pas de manière satisfaisante avec le tribunal ».
Carla del Ponte a immédiatement salué la déclaration des ministres qu’elle a considérée comme un ultimatum. « Madame Del Ponte est reconnaissante envers l’UE pour le message très clair envoyé aujourd’hui à Belgrade », a déclaré sa porte-parole, Florence Hartmann.
« Si Mladic n’est pas arrêté, Belgrade devra faire face aux conséquences : les négociations prévues pour le 5 avril n’auront pas lieu, ce qui signifie clairement qu’elles seront suspendues », a-t-elle ajouté.
Les anciens chefs militaire et politique des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic et Radovan Karadzic, sont en fuite depuis leur inculpation pour génocide par le TPI en 1995.
« Je ne sais pas où est le général Mladic », a répondu Vuk Draskovic.
« L’UE n’a pas utilisé le langage de l’ultimatum et nous avons donc une chance de plus » pour parvenir à une pleine coopération avec les magistrats de La Haye, a-t-il ajouté, n’avançant « aucune explication ni aucune excuse » sur le fait que son pays est « extrêmement en retard » dans ce domaine.
La Serbie-Monténégro a commencé en octobre les négociations sur un accord de stabilisation et d’association avec l’UE qui pose des conditions strictes, comme la pleine coopération avec les magistrats de La Haye.
Les chefs de la diplomatie des 25 ont menacé dans les mêmes termes d’interrompre les pourparlers commencés en novembre sur l’accord d’association avec la Bosnie-Herzégovine.
Mais la pression politique européenne est moins forte sur Sarajevo. « Il y a plus d’efforts en Bosnie-Herzégovine qu’en Serbie-Monténégro », a expliqué M. Rehn.
Selon une source européenne, la différence de traitement des deux pays est également liée à la localisation des deux fugitifs les plus recherchés par le TPI.
Après des rumeurs sur l’arrestation de Ratko Mladic la semaine dernière, Mme del Ponte avait assuré que le général se trouvait sans aucun doute en Serbie, « à portée de main des autorités serbes ». La localisation de Radovan Karadzic est moins certaine.