Accueil Articles les plus lus Clinton dégèle, Biden enflamme: où va la politique américaine sur la Russie? |
|
|
Clinton dégèle, Biden enflamme: où va la politique américaine sur la Russie? |
|
|
|
Écrit par Antoine Latour, La Grande Époque
|
|
03-11-2009 |
|
Page 1 sur 2
Le vice-président américain, Joe Biden, prononce un discours le 22 octobre 2009 depuis la bibliothèque de l'Université de Bucarest, en Roumanie. Il a encouragé la Roumanie à œuvrer à la démocratisation des autres pays de l'ancien bloc soviétique, un geste qui n'est certainement pas tombé dans l'oreille d'un sourd à Moscou. Pendant ce temps, le Département d'État américain tente d'orchestrer une «remise à neuf» des relations avec la Russie. (Daniel Mihailescu/AFP/Getty Images) La décision du président américain, Barack Obama, d'abandonner dernièrement le bouclier antimissile en Europe a en général été perçue de deux manières bien distinctes. Les amoureux d'Obama y ont vu une détermination de poursuivre dans la voie de la paix et de la détente, de manière à bâtir un climat de bonne entente avec Moscou. Les détracteurs d'Obama y ont vu un acte de faiblesse, de délaissement de fidèles alliés européens et d'un abandon d'une case importante sur l'échiquier mondial.
Alors que plusieurs percevaient un changement majeur dans la stratégie américaine, ayant un impact sur la géopolitique internationale, la Maison-Blanche assurait qu'elle maintenait le cap en ne faisant que modifier la nature du bouclier pour l'adapter à une menace différente.
Le Kremlin s'est donc au début réjoui, puis a réfléchi. À quoi donc joue cette administration américaine? Reconnaît-elle en effet ma sphère d'influence ou essaie-t-elle seulement de m'amadouer avec des apparences de concessions pour que je penche un peu en sa faveur sur l'Iran?
À en croire certains experts, les pirouettes diplomatiques de Washington vis-à-vis Moscou visent, en grande partie, à neutraliser les ambitions nucléaires de Téhéran. Mais les double-jeux fusent de toutes parts. Tandis que la secrétaire d'État, Hillary Clinton, courtise les Russes et leur ministre des Affaires étrangères, Sergeï Lavrov, le vice-président américain, Joe Biden, parcourt l'Europe de l'ancien bloc soviétique à un train d'enfer pour galvaniser les jeunes démocraties face aux tentacules de Moscou.
Le terrain d'opposition entre les deux grands ex-rivaux de la guerre froide ne s'étend peut-être plus à tous les confins du globe, mais si on ne parle pas des tensions autour du Caucase, ce sont les pays Baltes qui attirent l'attention. Si ce n'est pas l'Europe centrale, c'est l'Asie centrale. Puis pourquoi pas les Balkans?
Moscou s'est opposé à l'indépendance du Kosovo et voilà que la Serbie lui envoie un retour d'ascenseur pour ce service politique.
Lors de la visite du président russe, Dmitri Medvedev, à Belgrade le 20 octobre, un accord ayant attiré l'attention jetterait les bases pour une éventuelle présence militaire russe en sol serbe, sous le couvert d'un centre logistique de gestion des crises humanitaires.
Et que restera-t-il d'ici quelque temps des révolutions prooccidentales de Géorgie et d'Ukraine? Les populations sont aux prises avec des dirigeants impopulaires, que ce soit le résultat de promesses non tenues ou d'opérations tous azimuts soutenues par le pouvoir russe.
Qu'est-ce qui définira le Nobel de la Paix 2009 dans ce contexte de compétition encore une fois teinté d'idéologie? La démocratie sous son règne peut-elle reculer au profit de la détente? Peut-il y avoir une paix s'il n'y a plus de droits de l'homme? Pour les opposants à l'influence américaine, le simple recul de cette dernière constitue une avancée dans les affaires internationales. Pour les partisans de la démocratie en Chine ou en Pologne, c'est le contraire.
Quant à la Russie, on peut gager que, pour les nouveaux tsars du Kremlin, la démocratie pèse actuellement plus comme menace existentielle que n'importe quel déploiement militaire, en raison du climat de dissuasion mutuelle qu'imposent les avancées technologiques et l'arme nucléaire.
Voyant que Moscou n'a pas l'intention d'abandonner son joker iranien qui représente, il faut le dire, tout un atout avec son emplacement géographique et sa capacité de frappe non conventionnelle à travers sa Force Qods et le Hezbollah libanais, Washington a peut-être maintenant décidé de reprendre où l'ex-administration avait laissé. Qu'elle soit une question de principe ou une manière d'avancer des intérêts stratégiques, la démocratie est l'arme de choix pour lutter contre la Russie.
Est-ce le chemin que va emprunter l'administration Obama? Le récent discours du vice-président, Joe Biden, en Roumanie semble l'indiquer.
Biden lance un appel Quelques semaines avant le 20e anniversaire de la chute du régime communiste de Ceausescu, Joe Biden était en Roumanie. S'adressant à des étudiants dans la capitale, Bucarest, ils ne sont probablement pas les seuls à avoir pris des notes. Le Kremlin écoutait attentivement même si son agence de presse officielle, ITAR-TASS, semble n'en avoir rien rapporté.
«Il y a 20 ans, le monde observait avec stupeur et admiration lorsque les hommes et les femmes de cette région ont brisé les chaînes de l'oppression et sont devenus un peuple libre», a déclaré Biden en ouverture.
Il a poursuivi en insistant sur le fait que la Roumanie, maintenant libre et bâtissant sa démocratie, doit non seulement servir d'exemple à d'autres pays des environs, mais doit aussi y soutenir les efforts pour répéter les transformations de 1989.
«Vous pouvez aider à guider la Moldavie, la Géorgie, l'Ukraine sur le chemin de la stabilité et de la prospérité durables. C'est à votre tour de mener. L'Arménie, l'Azerbaïdjan, le Bélarus peuvent bénéficier de vos expériences personnelles», a affirmé Biden.
Ce dernier a également signalé que les États-Unis «vont travailler avec vous pour réaliser les promesses de 1989».
Joe Biden n'a laissé aucune ambiguïté en déclarant que les promesses de la révolution roumaine se sont réalisées et que maintenant la Roumanie «est en position pour en aider d'autres à faire de même».
Dans le discours, il ne s'agit de rien d'autre qu'un appel à renverser les derniers régimes autoritaires de l'ex-Union soviétique, tout en demandant de soutenir les pays actuellement convoités par Moscou.
Dans les faits, impossible de dire en quoi cela se traduira. L'administration Obama semble vouloir laisser le leadership à l'Europe et apporter l'aide nécessaire en cours de route. Quant à l'étincelle, d'où proviendra-t-elle?
S'agissait-il de simples menaces voilées contre Moscou pour l'avertir que l'administration actuelle a également quelques atouts dans son jeu advenant le refus du Kremlin de coopérer sur l'Iran?
Selon George Friedman, directeur de la firme de renseignement privée Stratfor et auteur du livre The Next 100 Years, le discours n'était pas que des mots en l'air.
<< Début < Précédente 1 2 Suivante > Fin >> |
|
|
|
|
|
|
|