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Crise des médias et évolution de la propagande du régime chinois Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Gary Feuerberg, La Grande Époque   
10-06-2009
Capture d'écran de la chaîne de télévision CCTV contrôlée par le régime chinois.
Capture d'écran de la chaîne de télévision CCTV contrôlée par le régime chinois. Ce dernier cherche à étendre l'influence de ses médias à l'étranger afin d’améliorer son image. (AFP/Getty Images)
WASHINGTON – Les activités d'espionnage, de guerre cybernétique et de propagande du régime chinois ciblant les États-Unis constituent une source d'inquiétude grandissante pour différents experts américains.

La United States-China Economic and Security Review Commission (USCC) (Commission sur la Sécurité et l'Économie entre la Chine et les États-Unis) a tenu une audience dernièrement à Washington, D.C., où différents spécialistes ont partagé leurs connaissances sur les activités de la Chine, ses intentions, ses manières de cibler l'opinion publique américaine, de même que sur l'espionnage intensif auquel elle se livre, notamment par voie informatique.

Concernant la propagande, il y avait un consensus parmi les experts : les méthodes utilisées par le régime chinois sont beaucoup plus efficaces que durant l'époque du président Mao. De nos jours, il y a cette promotion agressive d'une image inoffensive de lui-même, autant à domicile qu'à l'étranger.
 
Ça ne s'appelle plus de la «propagande»
Le Parti communiste chinois (PCC) a compris, dès le début, l'importance de la propagande lorsque, durant le règne de Mao Zedong, il essayait sans relâche d'exporter la révolution.

«Radio Pékin haranguait le monde au sujet du monopole de la vertu du président [Mao]», fait remarquer Nicholas J. Cull, professeur de diplomatie publique à la University of Southern California.

La promotion crue du culte de la personnalité sous le règne de Mao a commencé à changer suite aux réformes mises en branle par Deng Xiaoping en 1979, alors que la Chine s'est ouverte au commerce et au tourisme. Cette image d'ouverture a pris un coup avec le massacre de la place Tiananmen en 1989, soit un désastre de «relations publiques» désastreuses pour les autorités. C'est autour de 1992 que la Chine a commencé à modeler ses départements de propagande, interne et externe, dans le but de modifier l'image du régime chinois en Occident et de modifier son message afin de dépeindre la Chine comme un pays stable, pacifique et qui fait de grands efforts pour réduire la pauvreté.

Quant aux sujets «sensibles» : Tibet, Xinjiang, minorités ethniques, religion, droits de l'homme, démocratie et Falun Gong, le Bureau de la propagande extérieure ? mieux connu sous le nom de Bureau du Conseil d'État sur l'Information (BCEI)? «guide les médias chinois», explique Anne-Marie Brady, maître de conférences de la University of Canterbury, en Nouvelle-Zélande.

«En ce qui a trait aux incidents très graves, seule l'agence Chine nouvelle (Xinhua) a le droit de les rapporter, et tous les autres médias doivent copier mot à mot le reportage», ajoute-t-elle.

Durant la dernière décennie, le régime a abandonné le terme «propagande» (xuanchuan) en faveur du terme «expliquer» (shuo ming), mentionne M..Cull, soit une innovation de Zhao Qizheng, qui était à la tête du BCEI de 1998 à 2005.

Néanmoins, même si le China Daily et l’Agence Chine nouvelle ont remplacé le mot «propagande» par des termes comme «publicité» et «information», ces activités sont toujours qualifiées de propagande extérieure (waixuan) dans les publications en langue chinoise, souligne Mme Brady.

Un autre changement de préoccupation constitue ce que M. Cull appelle «l'offensive de charme» des dirigeants chinois, s'inspirant d'un livre du même nom de Joshua Kurlantzick. M. Cull décrit le développement du soft power de la Chine – la diplomatie, les relations commerciales, les échanges culturels et éducatifs, les Jeux de Pékin, les Instituts Confucius et Internet – pour projeter le message que les intentions du régime chinois sont inoffensives.

M. Cull a cité le dirigeant chinois Hu Jintao, qui a appelé à «augmenter les capacités de propagande culturelle de la Chine» qui sont «déjà devenues un facteur décisif pour la force de la culture nationale».

En même temps, cet effort diplomatique est effectué en tenant compte du public chinois. «Le [régime] chinois souhaite avant tout offrir à la population chinoise le cadeau qu'est l'admiration du monde afin de renforcer sa propre légitimité», affirme M. Cull.

Le responsable de la propagande chinoise, Lui Yushan, mentionne souvent dans ses discours «l'admiration occidentale pour les accomplissements chinois dans les domaines du succès économique et de la gestion de l'adversité», note M. Cull.

À l'opposé des messages positifs envoyés, lorsqu'un Occidental émet une «opinion incorrecte» de la Chine, les propagandistes chinois assènent que cela «heurte les sentiments du peuple chinois», note l'historien de Harvard Ross Terrill, ce qui signifie plutôt que l'opinion émise est préjudiciable aux intérêts du régime communiste.

Les habitants de la Chine continentale sont largement ignorants de la manière que les médias et les manifestations fonctionnent dans un pays libre. En Chine, «tous les manuscrits doivent être approuvés par le gouvernement avant publication», affirme M. Ross Terrill, qui est l'auteur du livre New Chinese Empire (2004).


«Ça prend du temps pour qu'un étudiant chinois ou un fonctionnaire habitant aux États-Unis se rende compte que le gouvernement américain ne contrôle pas ce qu'impriment les journaux, qu'une manifestation en faveur du Dalaï-lama est tout aussi permise qu'une manifestation contre lui», estime Ross Terrill.

Apparence d'objectivité
C'est dans les médias étrangers de la Chine que sont survenus les changements les plus marquants dans l'utilisation de la propagande. Les spécialistes ont discuté des médias de propagande étrangère comme l'Agence Chine nouvelle, Radio Pékin, le China Daily, Chinese Central Television (CCTV) et le Quotidien du peuple, qui est publié en ligne en plusieurs langues. CCTV-9, la chaîne anglophone destinée au public étranger, a vu le jour en septembre 2000.

CCTV-9 a débuté sa couverture des nouvelles 24 heures sur 24 en 2002, devenant l'équivalent chinois de CNN. «CCTV-9 est définitivement l'organe [de diffusion] du point de vue du gouvernement chinois sur les affaires internationales et le point de vue de la ligne du parti en ce qui concerne les affaires internes de la Chine», estime Mme Brady.

«Les journalistes de CCTV-9 subissent une pression constante pour qu'ils présentent une image positive de la Chine.» Lorsque le régime a jugé que des reportages sur des accidents miniers en 2005 nuisaient à l'image internationale de la Chine, des cadres de la rédaction et des journalistes ont été forcés d'écrire des autocritiques, mentionne Mme Brady.

Cette dernière indique qu'il est prévu qu'une nouvelle chaîne de télévision, diffusant le point de vue prorégime chinois sur l'actualité internationale, voie le jour dans les deux prochaines années. Inspirée de Phoenix Television, elle sera également une société privée, sauf que l'État demeurera le principal actionnaire. L'objectif est de rendre la chaîne plus attrayante aux étrangers en donnant une impression d'indépendance et d'objectivité.

Étendre l'influence de la Chine
Pour contrer les médias occidentaux à domicile et à l'étranger, tout en présentant sa version des faits, le régime chinois vise à inonder l'espace médiatique en le plus d'endroits possibles. Il doit ainsi étendre la portée de ses médias.

Cette année, Pékin a annoncé un investissement additionnel de plus de 5 milliards de dollars dans ses médias principaux afin d'étendre son influence partout dans le monde, selon Mme Brady. Le régime souhaite augmenter de 100 à 186 le nombre de bureaux de l’Agence Chine nouvelle à l'étranger, assurant donc une présence dans presque tous les pays. Des plans d'expansion sont également prévus pour le journal Global Times et CCTV-9.

Alors qu'il est peu probable que le Global Times fasse une percée parmi les journaux américains, il n'y a aucun doute que les dépêches de l’Agence Chine nouvelle seront de plus en plus répandues sur Internet, estime M. Cull.

«Bien que l’Agence Chine nouvelle se vante d'être l'équivalent de l'Associated Press, de Reuters ou de l'AFP, les organisations médiatiques américaines n'utilisent certainement pas ses dépêches verbatim, mais plusieurs autres médias le font certainement», souligne Judy Polumbaum, professeure de journalisme à la University of Iowa.

De plus, avec la crise actuelle chez les médias occidentaux, «les nouvelles présentées selon le point de vue chinois pourraient facilement venir boucher les trous», particulièrement en Amérique latine et en Afrique, selon M. Cull.




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