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Russie-Occident: ombre de guerre froide et redéfinition stratégique des relations Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Noé Chartier, La Grande Époque-Montréal   
03-09-2008
Un garçon à vélo devant une affiche «Stop Russia» dans le centre-ville de Tbilissi
Un garçon à vélo passe devant une affiche explicite «Stop Russia» dans le centre-ville de la capitale géorgienne, Tbilissi. (Vano Shlamov/AFP/GettyImages)
On dirait que ce qui s’est réellement passé sur le terrain en Géorgie ces derniers jours, et ces dernières années, n’incombe plus tellement à la crise actuelle. Chaque acteur et chaque observateur semblent avoir écrit son propre récit des évènements et s’en sert actuellement pour projeter ce que seront les conséquences de cette guerre éclair entre Moscou et Tbilissi. Le petit évènement localisé, qui a permis à certains de voir apparaître la Géorgie sur la carte du monde, a pris des proportions internationales. Dans le camp occidental, on dit que c’est l’ensemble des relations avec Moscou qu’il faut reconsidérer. Dans le camp russe, l’idée d’une tentative d’encerclement et d’isolement par les États-Unis et l’OTAN – qui précédait l’actuel différend – n’a été que renforcée.

Dans un contexte plus large, les blâmes fusent de part et d’autre. On repense en entier au processus qu’a traversé la Russie depuis le démantèlement de l’Union soviétique, et certains n’hésitent pas à pointer du doigt l’attitude occidentale. Plutôt que de procéder à une dissolution de l’Organisation du Traité de l’Atlantique-Nord (OTAN) lorsque l’URSS s’est effondrée, il y a eu expansion. À quoi bon conserver une alliance militaire lorsque l’ennemi juré n’est plus?

C’est comme si on n’avait jamais vu la Russie débarrassée du communisme comme un futur partenaire crédible et amical. Avec leur économie en ruines, les Russes devaient payer pour avoir persisté si longtemps dans la voie de l’erreur historique. Une humiliation certaine que l’homme fort du Kremlin, Vladimir Poutine, n’a jamais digérée. L’ex-président devenu premier ministre a qualifié la dissolution de l’URSS de «pire catastrophe géopolitique du 20e siècle».

L’extension de l’OTAN aux frontières russes est certainement venue mettre du sel sur la plaie, ajouter l’insulte à l’injure. Pour les anciens pays du Pacte de Varsovie, ayant connu l’oppression communiste, il s’agissait peut-être d’une sorte de vengeance ou de rédemption que de pouvoir joindre une alliance de pays dits démocratiques. Une sorte de police d’assurance pour empêcher une éventuelle résurgence russe.

Mais au-delà des considérations idéologiques, politiques et sécuritaires, il y aurait eu d’autres facteurs incitant l’expansion de l’OTAN.

Selon Mark Weisbrot, codirecteur du Center for Economic and Policy Research de Washington, D.C., intégrer d’autres pays à l’alliance militaire occidentale était avant tout une question d’argent, beaucoup d’argent. Les pays rejoignant l’OTAN doivent améliorer leurs équipements militaires aux standards de l’organisation et ceci représente une mine d’or pour l’industrie des armes. Plus qu’il y a de pays qui rejoignent l’OTAN, plus les firmes d’armement s’enrichissent.

Selon un point de vue de défense, l’ex-URSS ne représentait plus le même antagonisme, mais les membres de l’OTAN ont peut-être jugé qu’il y avait d’autres menaces contre lesquelles il fallait encore se prémunir. De leur point de vue, en considérant la situation politique dans la Russie actuelle, ils ont été prévoyants.

Le souhait de voir Moscou entrer dans le concert des nations avec une voix qui plaise à l’Occident, soit une voix douce chantant des airs démocratiques et célébrant une économie de marché rodée par des mécanismes fiables, s’est totalement effondré lors de la dernière élection russe. Poutine, l’ex-lieutenant colonel du KGB, a démontré son ascendant quasi total sur les institutions d’un pays de plus en plus autoritaire, qui peut réduire en miettes une opposition déjà anodine tandis que la population applaudit sur fond d’hymnes ultranationalistes.

Guerre froide
Le terme sur les lèvres de presque tous les analystes dernièrement, que l’on peine parfois à prononcer comme s’il s’agissait du nom d’un terrible fantôme, est la «guerre froide». Il est sorti à quelques reprises de la bouche de certains dirigeants : «Nous ne voulons pas d’une autre guerre froide»; «nous n’avons pas peur d’une autre guerre froide», etc. Au fil des déclarations, on ne sait plus qui veut quoi et qui pense quoi.

La guerre froide est nouvellement évoquée en raison des derniers évènements, mais vraiment des signes laissent présager, depuis quelques années, que le terme fantomatique est en fait une réalité. Peut-être est-il vraiment ce fantôme qui fait peur aux investisseurs et engendre un mauvais climat dans la sphère de l’économie mondialisée. Il faut donc éviter de prononcer son nom.

Si l’on se fie à la diplomatie internationale et à l’économie, on est loin d’une guerre froide. Les dirigeants sourient et se serrent la main et de grosses affaires sont conclues entre pays possédant des intérêts parfois très divergents.

Mais ne tenir compte que de la sphère visible peut jouer certains tours. Certains pays sont en guerre contre l’hégémonie américaine et occidentale. C’est seulement que la voie des armes et leur utilisation conventionnelle ne sont pas privilégiées.

Les deux entités étatiques représentant la menace principale pour la sécurité des différents gouvernements occidentaux sont la Russie et la Chine. Diplomatie et affaires en surface, guerre constante dans la profondeur pour empêcher ces pays de voler différents secrets industriels et technologiques et d’accomplir ingérence et interférence dans les affaires internes.

Oleg Kalugin, ex-major général au sein du KGB et maintenant professeur auprès du Counter Intelligence Centre aux États-Unis, donne cette appréciation de la guerre froide et des relations actuelles entre Washington et Moscou :

«Rien n’a beaucoup changé. Les noms ont changé; il n’y a plus d’URSS sur la carte du monde, mais la Russie demeure une puissance économique et militaire qui grandit et qui met au défi les États-Unis. Elle voit les États-Unis comme un obstacle à [son] expansion [...] Dans ce sens, l’antagonisme, bien que dépourvu de substance idéologique, demeure [...] C’est maintenant un conflit entre deux grandes puissances dans lequel la Russie s’est sentie humiliée ces dernières décennies. Elle veut rétablir ses grandes ambitions, restaurer son image et étendre son influence économique et politique sur l’Europe, l’Asie, etc. Et les États-Unis demeurent l’unique obstacle à cette politique expansionniste.»

La lutte aux ressources
Avec ce qui se déroule actuellement, il semble futile de déterminer à qui la faute. Les suspicions entretenues de part et d’autre ainsi que les gestes manquant de sincérité ont aidé à créer l’antagonisme auquel le monde fait face. Mais d’une manière beaucoup plus simple, l’affrontement entre deux blocs désirant contrôler un même terrain est inévitable.

La supériorité économique est le gage de la puissance mondiale. Les ressources naturelles sont essentielles au développement de l’économie. La lutte pour les ressources devient la lutte de tous les instants.

Nombre de conflits sur la planète aujourd’hui sont liés aux ressources naturelles. Selon certains observateurs, ces conflits sont entièrement le résultat de cette lutte aux ressources. Ainsi, l’opinion est répandue que les États-Unis ont envahi l’Irak pour s’approprier le pétrole. Le mot circule que la sécurité de l’Afghanistan est nécessaire pour faire passer un oléoduc devant acheminer le gaz du Turkménistan vers la mer Arabique. Puis, dans le cas de la Géorgie, sur son territoire est acheminé le seul pétrole de la mer Caspienne qui ne soit pas contrôlé par la Russie.


 
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