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La genèse de la guerre contre le Falun Gong Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Ethan Gutmann, Collaboration spéciale   
29-04-2009

Tante D (appelons-la ainsi) explique : «Tout le monde en Chine à cette époque savait que [les arrestations des pratiquants à Tianjin] était une chose effroyable. Mais nous savions aussi que nous devrions avoir le droit de nous adresser au Bureau des plaintes. Nous avions le droit légal de le faire. Alors nous n'avons pas trop pensé aux conséquences.»

Repérer le Bureau des plaintes
Faisant écho à la réticence du Parti quant au processus d'appel, l'emplacement du Bureau des plaintes n'est pas bien connu. Pas un seul pratiquant que j'ai interviewé ne peut le repérer précisément sur une carte, bien que l’on croie en général qu'il se situe dans les hutong, les ruelles sinueuses adjacentes à la rue Fuyou. Et la rue Fuyou touche l'entrée ouest de l'enceinte de Zhongnanhai.

Alors, à l'aube du 25 avril, un joli matin de printemps, chaque pratiquant (que j'ai interviewé) croyait sincèrement qu'il suivait le protocole légal, et non qu'il allait à Zhongnanhai pour manifester.

Ils n'étaient pas naïfs concernant les risques. Certains pratiquants avaient complété leur testament le soir précédent. Si cela vous paraît mélodramatique, considérez ceci.
Un pratiquant de Falun Gong se fait arrêter et brutaliser sur la place Tiananmen
Le 25 avril 2001, un pratiquant de Falun Gong ayant déployé une bannière sur la place Tiananmen se fait arrêter et brutaliser. (Clearwisdom)

Tôt le matin, un couple de pratiquants – en chemin vers le Bureau des plaintes – longeant la douve du côté est de la Cité interdite, a observé quelque chose de très étrange : une grande unité de soldats de l'Armée rouge, baïonnettes au canon, attendait dans des camions militaires faisant face à l'ouest, en direction de Zhongnanhai.

Quand eux et d'autres pratiquants sont arrivés à la rue Fuyou vers 7 h du matin, ils ont essayé de se rendre dans les hutong – où l'on croyait que se trouvait le Bureau des plaintes – une immense présence policière s'est soudainement matérialisée. Mais la rue Fuyou était grande ouverte. Jennifer Zeng, ayant travaillé pour le bureau du conseil d'État à Zhongnanhai, a trouvé que c'était aussi étrange. Normalement, «la sécurité à cet endroit est très sévère, il y a beaucoup de gardes et c'est difficile de s'approcher de la rue. Mais, à ce moment, personne n'essayait d'empêcher les gens d’y accéder. Normalement quiconque s'aventure est questionné sur-le-champ... Ils semblaient vraiment bien préparés, ils nous attendaient».

Se faisant dire vaguement que le Bureau des plaintes ouvrirait plus tard dans la journée, les pratiquants ont été dirigés sur la rue Fuyou, directement en face de l'entrée de Zhongnanhai. Tante D se rappelle des autobus et des voitures de police des autorités alignés le long de la rue Fuyou : «Des caméras avaient également été installées et pointaient directement sur nous. J'avais peur et je n'osais pas me tenir dans la première rangée. Je pensais que s'ils me filmaient, ils viendraient me chercher plus tard.» (Tante D s'est retrouvée dans un camp de travail forcé pendant plusieurs années.)

Ces pratiquants qui croyaient que le Bureau des plaintes était sur la rue Fuyou Sud, ou qui croyaient qu'ils pouvaient tourner autour du bloc pour entrer dans les hutong par l'ouest, ont vu leur chemin bloqué sur l'avenue Chang'an et ont été encouragés à se déplacer à nouveau vers le nord devant l'entrée ouest de Zhongnanhai. On permettait à ceux qui arrivaient par le nord d'entrer dans le coup de filet et on les dirigeait ensuite rapidement devant l'entrée nord de Zhongnanhai et le long de la rue Fuyou. Tante C (une amie de Tante D) a décrit la situation en ces termes : «À ce moment, ils nous ont juste dit “allez par ici, allez par-là”, et nous avons suivi leurs instructions.»

Les dés étaient lancés pour ce qui allait suivre. Le premier ministre Zhi Rongji a effectué une apparition publique rassurante, alors que le dirigeant Jiang Zemin tournait lentement autour de Zhongnanhai dans sa limousine aux vitres teintées. Durant tout l'évènement, ayant duré seize heures, il n’y avait aucun compte rendu, aucun vidéo et aucun témoignage qui pouvait suggérer que les pratiquants de Falun Gong ont porté un geste pouvant être perçu comme provocateur. Aucun déchet n’était laissé par terre. Aucune cigarette n’avait été fumée. Pas de slogans. Pas d'entretien avec les médias (ou quiconque).

Un pratiquant a suggéré qu'ils se relaient pour aller manger ou boire quelque chose, mais d'autres ont répondu : «Non, définitivement pas. Parce que si nous buvons, nous allons devoir aller aux toilettes et cela va déranger ceux qui habitent ou travaillent dans les environs.» Même selon les critères plutôt créatifs du Parti, il n'y avait tout simplement aucun prétexte pouvant justifier les troupes attendant près de l'entrée de la Cité interdite.

L'annonce en soirée que les prisonniers de Tianjin seraient libérés a été accueillie avec soulagement et les pratiquants étaient optimistes. Le jour suivant, selon Tante C, les médias officiels disaient : «“Le Falun Gong s'est rassemblé à Zhongnanhai”. Ils ne disaient pas “encerclé”. Ils ont aussi dit qu'on pouvait pratiquer ou pas, selon le souhait de chacun.»

Planification d'avance
Dans les jours suivants, il y avait des messages constants du Parti rassurant que tout était correct et que les trois «non» (ne pas promouvoir, ne pas critiquer, ne pas débattre sur le qigong) étaient encore en vigueur. Mais en même temps, les téléphones des pratiquants étaient mis sur écoute, des espions apparaissaient sur les lieux de pratique, des avertissements étaient envoyés dans les milieux de travail et le parti a créé le Bureau 6-10, une des agences de police secrète les plus terrifiantes et opérant en dehors du cadre légal. Le 20 juillet, la machine de répression bien huilée a eu le feu vert de frapper à volonté à travers la Chine. Et tout cela était justifié par l'image d'un jour d'infamie – le 25 avril – une image utilisée pour orchestrer une persécution sans précédent, une persécution qui se poursuit à ce jour.

Un dernier point. L'agent Hao Fengjun s’est joint au Bureau 6-10 en 2000. Voici la première chose qu'il a remarquée : «Notre salle de surveillance avait déjà des dossiers étoffés et des données sur les pratiquants de Falun Gong. Ce ne sont pas des choses qui peuvent être montées et recueillies en juste une ou deux années.» La suspicion de M. Hao est juste. Selon un ex-responsable de district, je vais l'appeler «Ministre X», la décision du Parti d'éliminer le Falun Gong – et les préparations pour atteindre ce but – avait été effectuée bien avant la déclaration publique d'interdiction. On en parlait explicitement dans les réunions internes du Parti : Jiang Zemin pouvait seulement résoudre la boucherie de Tiananmen en créant une nouvelle cible. Cette cible c'était le Falun Gong. Ministre X, de son côté, s'est fait dire d'arrêter d'accorder des licences d'entreprises aux pratiquants. Le 25 avril était simplement le déploiement d'une stratégie élaborée avec le Falun Gong comme cible.

Ça fait dix ans. Est-ce que le Parti a vraiment voulu tuer autant de gens? Bien sûr que non. Le Parti est enclin à croire sa propre rhétorique. Les généraux imaginent toujours de courtes guerres. Il semble que c'est la même chose pour les journalistes occidentaux.

Mais aujourd'hui, détruisons au moins un mythe, une notion relativiste hideuse qui se nourrit de l'idée déplacée selon laquelle en Occident, cela ne nous concerne pas de commenter une chicane de ménage obscure.

Le Falun Gong n'a pas commencé cette guerre. Le Parti communiste chinois l'a commencée. Je suggère que le Parti devrait être tenu entièrement responsable pour les résultats.




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