|
L'alcool est à l'origine d'environ 9,4 % des décès par cancer chez l'homme et de 3 % chez la femme. (Photos.com) PARIS – Un rapport sur les causes de cancer en France, présenté la semaine dernière par l'Académie nationale de Médecine, bat en brèche des idées reçues en réaffirmant le rôle prépondérant des comportements individuels (tabac, alcool, surpoids, grossesse tardive, etc.) et en jugeant grandement surestimés, par l'opinion, le rôle de la pollution.
«Contrairement à certaines allégations, l'étude montre que 1 % au plus des décès par cancer peuvent être attribués avec certitude à la pollution», indique le rapport. Il relève, entre autres, que «le lien putatif entre pesticides et cancer ne repose sur aucune donnée solide». De plus, «il est peu vraisemblable que l'exposition aux faibles doses de dioxines, communément rencontrées dans nos régions, ait un effet cancérogène».
«Cela ne veut pas dire qu'il faut relâcher l'effort contre la pollution», lance Dr Paolo Boffetta , du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC-OMS, Lyon, France), en citant son retentissement pour la santé respiratoire et cardiovasculaire (infarctus, entre autres).
Le CIRC est coauteur du rapport des académies (Médecine et Sciences), rédigé notamment avec la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer.
Comme dans tous les pays industriels, le tabac reste la principale cause avérée de cancer (29 000 décès, soit 33,5 % des décès par cancer, chez l'homme, et 5500 décès, soit 10 % des décès par cancer, chez la femme, en 2000).
«Globalement, la mortalité par cancer a diminué d'environ 13 % entre 1968 et 2002 et n’a pas augmenté comme on le croit souvent», précise le rapport, compte tenu de l'accroissement de la population française et de son vieillissement.
L'alcool est à l'origine d'environ 9,4 % des décès par cancer chez l'homme et de 3 % chez la femme.
S'il confirme l'importance des comportements individuels, le rapport reconnaît la nécessité des recherches pour mieux appréhender les autres causes.
On ne trouve d'origine spécifique que pour la moitié des cancers en France, souligne en effet le rapport.
«Chez les personnes n'ayant jamais fumé, aucun facteur de risque lié au mode de vie ou à l'environnement n'a encore été scientifiquement établi pour 85 % des cancers», ajoute-t-il. Plusieurs explications possibles sont avancées (erreurs au cours de la synthèse d'ADN et de la division cellulaire, infections, richesse en calories de l'alimentation des enfants et des femmes enceintes, agents cancérogènes peu efficaces isolément, mais qui pourraient avoir un effet conjugué à certains moments de la vie, etc.).
L'excès de poids et l'insuffisance d'exercice physique causent 2 % de décès par cancer chez les hommes et 5,5 % chez les femmes.
Les expositions professionnelles, en diminution, sont encore à l'origine de 3,7 % des décès par cancer chez l'homme et 0,5 % chez la femme.
Les traitements hormonaux de la ménopause sont en cause pour 2 % environ des décès chez la femme (essentiellement du sein et de l'ovaire).
L'âge tardif du premier enfant, le faible nombre d'enfants et l'absence d'allaitement sont des facteurs de risque. En agissant sur ces caractéristiques, la fréquence des cancers du sein pourrait être réduite de 15 %, avancent les auteurs.
L'alimentation a une influence majeure. Cependant, l'effet de certains facteurs (teneur en fibres des aliments ou quantité de fruits et légumes ingérée) n'est pas confirmé par les dernières enquêtes épidémiologiques.
|