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Black Power aux Olympiques de 1968: entrevue avec Tommie Smith, icône du mouvement des droits civils Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Martin Croucher, La Grande Époque - Royaume-Uni   
23-05-2008
les sprinters américains Tommie Smith (centre) et John Carlos (droite) brandissent leur poing
Lors des Jeux olympiques de Mexico le 17 octobre 1968, les sprinters américains Tommie Smith (centre) et John Carlos (droite) brandissent leur poing en signe de protestation contre le racisme aux États-Unis et en Afrique du Sud. Les deux athlètes ont été bannis des Jeux, mais le symbole de résistance perdure. (AFP)
Il y a 40 ans, Tommie Smith s’est regardé dans le miroir et s’est demandé s’il pouvait mettre à exécution ce que lui et John Carlos avaient planifié.

Il venait tout juste de remporter la médaille d’or du 200 mètres aux Jeux olympiques de 1968, à Mexico. Et même si ce qu’il était sur le point de faire signifiait la fin de sa carrière sportive, au moment précis où il a reçu sa médaille sur le podium, Tommie Smith a écrit une page d’histoire.

Lui et le médaillé de bronze John Carlos se sont tenus pieds nus, la tête baissée et ont brandi leur poing vêtu d’un gant noir alors que l’hymne national américain s’entamait.

Leur objectif était de protester contre le racisme et la discrimination aux États-Unis.

«Même avant de poser ce geste nous étions pointés partout où nous allions», a raconté M. Smith à La Grande Époque. «On se faisait menacer, on se moquait et on riait de nous. Nous étions traités comme des citoyens de deuxième classe.»

Tommie Smith poursuit : «Nous ne voulions pas seulement terminer la course, recevoir une petite tape sur l’épaule et retourner ensuite au pays aux prises avec une injustice raciale dévastatrice. Nous voulions débuter un dialogue avec notre pays. Il y avait un besoin d’égalité sociale.»

«Parce que nous étions des athlètes, nous avons utilisé notre position pour représenter les besoins de la communauté noire.»

«Il y avait des centaines de jeunes hommes noirs qui n’avaient pas de plateforme et nous devions être cette plateforme pour eux.»

Leur geste politique a été partagé par Peter Norman, le médaillé d’argent australien. Smith, Norman et Carlos ont tous porté un macaron du Projet olympique pour les droits de l’Homme en guise de solidarité.

Plus de 400 millions de personnes dans le monde ont vu leur protestation à Mexico et l’image représente aujourd’hui un point marquant du mouvement des droits civils.

La photo du coup d’éclat s’est retrouvée pratiquement sur tous les quotidiens de la planète mais, à l’époque, la réaction était particulièrement hostile.

Les trois sprinters ont été hués par la foule alors qu’ils quittaient le terrain.

L’Associated Press avait comparé leur geste à un genre de salut «nazi». Le journaliste sportif Brent Musburger les avait qualifiés de «chemises brunes [groupe nazi paramilitaire] à la peau foncée».

«Nous savions qu’il n’y aurait pas de retour possible si nous faisions cela», explique M. Smith. «Nous savions que nous allions en souffrir.»

«On nous a refusé des emplois, il était impossible pour nous de louer un appartement, et les autres athlètes nous évitaient», poursuit-il. «Mais nous avons affronté le système parce que nous devions absolument faire une différence.»

Le président du Comité international olympique de l’époque, Avery Brundage, a déclaré que le sentiment politique de leur protestation contrevenait à l’esprit olympique et a ordonné que les deux athlètes soient suspendus de l’équipe américaine et expulsés du village olympique.

De retour aux États-Unis, la seule chose que Tommie Smith a pu faire est de se lancer dans l’éducation, il est devenu assistant au professeur d’éducation physique au Oberlin College.

John Carlos a également vécu de moments difficiles après la protestation. Il avait ultérieurement confié dans une entrevue au Los Angeles Times : «Ma première femme est décédée en raison de cela. Elle s’est enlevée la vie parce qu’elle ne pouvait vivre avec les pressions de Mexico.»

Peter Norman a aussi remarqué que les autres athlètes l’évitaient en raison de son geste de solidarité envers Smith et Carlos.

Smith estime que leurs actions ont créé un précédent, un exemple que les athlètes peuvent suivre, particulièrement en ce qui a trait aux Jeux de Pékin au mois d’août.

«Les Jeux olympiques ne sont plus non politiques», fait-il remarquer.

Il ajoute qu’il est possible que certaines équipes dans le monde prennent part à une sorte d’action symbolique à Pékin pour dénoncer le pitoyable dossier des droits de l’Homme du régime.

Plus d’un million de Chinois seraient actuellement emprisonnés dans des camps de «rééducation» et seraient torturés.


 
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