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Le rugby nous a montré la force du collectif, du groupe soudé qui sait avancer comme un seul corps en tenant compte du handicap ou du potentiel de chacun. (AFP)
La coupe du monde de rugby, organisée par la France, a permis de découvrir ou de redécouvrir ce jeu au cours duquel un ballon ovale est joué soit à la main soit au pied par deux équipes de 15 joueurs, sur un terrain de 144 mètres sur 70, le tout dans un contexte de force physique notable.
Ces quelques chiffres enlèvent toute la dimension qui a su transporter le public composé parfois de profanes qui souvent maîtrisent peu les règles de base de ce jeu de ballon un peu particulier : ne dit-on pas que c’est « un jeu de voyous joué par des gentlemen ». Et voilà, le mot est lâché : gentlemen. Comment arriver à qualifier ces masses humaines, se jetant les unes contre les autres avec une violence effrayante, de gentlemen?
Comment comprendre qu’un jeu qui s’apparente à une parodie de guerre, construite autour d’un territoire durement gagné grâce à la force ou la stratégie, puisse séduire une foule qui prône en général des valeurs basées sur le sécuritaire?
Les joueurs n’ont rien de ces playboys de cinéma qui sont plébiscités par la population en général et les femmes en particulier. Ils sont massifs et portent des accessoires peu saillants. Quant au jeu, le profane observe deux équipes s’affronter physiquement avec une force d’impact sidérante.
Mais voilà, il est impossible de nier le succès remporté par cette coupe du monde tant dans les stades que dans les médias. En effet les stades ont été remplis à 94 % de leur capacité, 2,3 millions de billets ont été vendus et plus de 12 millions de téléspectateurs ont regardé la finale, finale qui s’est déroulée sans l’équipe nationale. Une finale où les connaisseurs ont salué le jeu de l’équipe gagnante.
Pourquoi le rugby a-t-il tellement séduit ? Quels ingrédients ont permis le succès et l’adhésion d’un public aussi diversifié ? Toutes les explications ou hypothèses peuvent être envisagées.
Le rugby, considéré comme un sport brutal, véhicule avant tout des valeurs de courage, de respect, de fraternité et... d’esprit d’équipe.
L’esprit d’équipe est déterminant : la stratégie du jeu repose sur un socle collectif. Chacun a sa place et son rôle dans le jeu. L’intelligence collective l’emporte toujours sur l’intelligence individuelle. Ensemble nous gagnons, ensemble nous perdons. Bien connaître ses équipiers ou ses joueurs constitue avant tout la clé de la réussite. L’esprit d’équipe et l’intelligence du jeu s’installent à ce niveau, car il faut avoir le sens de la stratégie. Un ballon bien dégagé peut vous permettre de gagner du terrain. Un ballon bien géré au pied peu rapporter gros et creuser un écart, aux points, confortable pour l’équipe. C’est aussi, souvent, la seule manière de franchir la barrière défensive quand elle est bien construite.
Le courage aussi. Ces hommes ne craignent pas d’engager leurs corps, de se mettre en scène pour l’équipe. Ils ruissellent de transpiration, de sang, sont couverts de boue, ont les jambes alourdies par le terrain humide et glissant, mais ils continuent d’avancer pour permettre à leur équipe de remporter la victoire mais aussi «pour la beauté du sport».
Grand vainqueur de ces affrontements : le respect. Il est impossible d’être un valeureux joueur sans le respect de son équipe, de ses adversaires, mais aussi de ses aînés, ceux qui ont su construire la réputation de l’équipe. Le respect de l’arbitre, surtout, seul maître à bord, ce juge qui met en avant l’impartialité, se doit, dans un jeu ou parfois les règles relèvent de l’interprétation, de rester objectif : aucune de ses décisions n’est contestée. A noter aussi, l’existence d’un grand respect entre les joueurs qu’ils soient perdants ou gagnants, la haie d’honneur est de rigueur, on se félicite d’avoir pu partager un jeu ensemble et d’avoir su être de valeureux partenaires.
Mais il ne faudrait pas oublier, le public qui reste, à ce stade, respectueux du jeu : il sait reconnaître les grands, même quand ils perdent alors à plus forte raison quand ils gagnent.
Et la fraternité. En effet dans ces rencontres il a été possible de saluer la virtuosité d’équipes toutes jeunes, venant de régions ou d’îles non influentes au niveau géopolitique. Elles ont su faire vibrer le cœur des spectateurs et mériter le respect de leurs adversaires. Cette fraternité a vibré jusqu’à l’extérieur du terrain et a atteint les supporters : leur fair play a plus d’une fois été salué.
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