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Mieux-être en prison, une utopie ? Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Fréderique Privat, La Grande Époque - Guadeloupe   
26-11-2007

Image d'une prison française
La ministre de la Justice Rachida Dati circule dans une coursive alors qu’elle visite la maison d’arrêt de Fresnes le 23 juillet 2007. La semaine d’avant, les députés adoptaient le projet de loi de Rachida Dati sur la lutte contre la récidive, qui crée des peines plancher pour les récidivistes et écarte, dans certains cas, « l’excuse de minorité » pour les mineurs de plus de 16 ans. (AFP)
Le 31 octobre dernier n’aura pas seulement été marqué par l’habituelle nuit de Halloween, mais aura peut-être constitué le début d’une ère nouvelle dans le système carcéral français.

En effet, le Journal Officiel publiait l’annonce de la nouvelle loi instituant « un contrôleur général des lieux de privation de liberté ». Cette autorité « indépendante » est selon l’article 1 « chargée, sans préjudice des prérogatives que la loi attribue aux autorités judiciaires ou juridictionnelles, de contrôler les conditions de prise en charge et de transfèrement des personnes privées de liberté, afin de s’assurer du respect de leurs droits fondamentaux.Dans la limite de ses attributions, il ne reçoit instruction d’aucune autorité ».

Dans le contexte actuel du milieu carcéral en France, cette prise en compte nouvelle semble être une bouffée d’espoir pour une population souvent livrée à la promiscuité, à des conditions d’hygiène déplorables et surtout à la violence physique et verbale.En effet, avec une densité carcérale de 120 % en France, soit un détenu sur cinq en surnombre, l’environnement carcéral peut vite devenir insupportable. Par exemple, le partage d’une cellule avec un détenu qui présente des troubles psychiatriques, phénomène de plus en plus fréquent…

En outre, la promulgation de la loi sur la récidive du 10 août dernier n’a pu que renforcer les craintes quant à la détérioration de ces conditions de vie déjà difficiles. En effet, il a été adopté que des peines minimales d’emprisonnement, ferme ou assorti d’un sursis, seront dorénavant appliquées à l’encontre des récidivistes, ceci, à hauteur du tiers des peines maximales encourues (soit un an pour un délit puni de trois ans, deux ans pour cinq ans, etc.).

Le cas de récidive correspond au prévenu qui a déjà commis au cours des cinq dernières années, une infraction égale à celle pour laquelle il comparait : c’est alors une récidive « légale ». Pour les deuxièmes récidives, qualifiées « d’aggravées », telles que les violences volontaires ou agressions sexuelles, une peine d’emprisonnement sera obligatoire.A cela, il faut noter une retouche sur l’enfance délinquante où, à partir de 16 ans, les récidivistes pourront se voir infliger une peine minimale. Ces décisions qui ont alors provoqué une profonde consternation dans le monde judiciaire, présagent alors d’une augmentation importante des effectifs de détenus dans les prochaines années.  Selon les estimations de Pierre Tournier, chercheur au CNRS, « l’instauration de ces peines planchers pourrait conduire à une augmentation de 10 000 détenus en 5 ans. »

Alors, pour faire face à ces entrées toujours croissantes de détenus, l’administration tente d’augmenter le nombre de places mais sachant que les programmes de construction de prisons ont un coût élevé, ne faudrait-il pas chercher plus en amont les causes de l’augmentation des infractions et des délits ?


De même, la promulgation d’un contrôleur général des prisons semble être une solution d’apaisement et de sécurisation de la population carcérale, mais n’est-ce pas aussi chercher des remèdes à des maux qui sont réels et qui pourraient peut-être être prévenus en amont ?


En effet, un dicton populaire nous rappelle qu’«  il est plus facile de prévenir que guérir », alors ne devrait-on pas tenter de chercher les causes profondes de cette détérioration des mœurs et des comportements ?


Ainsi, les notions de savoir-être incluant la prise de conscience de comportements assimilant ce qui est bien et ce qui est mal, relèvent une fois de plus, de l’Education. Cette éducation que les familles et professionnels ont de plus en plus de mal à assurer convenablement, et ceci pour diverses raisons. Manque de communication entre ces acteurs, démission des familles qui ne comprennent pas ou ne sont pas en mesure de prendre en charge cette responsabilité qui est d’élever un ou plusieurs enfants, et surtout, pour les professionnels, absence de formation adaptée aux comportements nouveaux de ces populations. Car les enfants, qui seront les adultes de demain, sont la progéniture des enfants d’hier. Tout comme ces détenus d’aujourd’hui qui ont, nous l’oublions peut-être, été aussi ces enfants d’hier.


Alors se pose la question de l’éducation de ces enfants d’hier. Si des lacunes d’ordre général se sont formées peu à peu, entraînant cette dégradation actuelle que connaît la société d’aujourd’hui, une remise en question est nécessaire.


Dans les familles en premier lieu, avec l’institutionnalisation d’un accompagnement aux familles dont les enfants connaissent des difficultés d’ordre divers. Divers, car ces difficultés peuvent être socio-économiques ou psycho-pathologiques, entraînant alors des problèmes comportementaux qui vont se dégrader avec le temps. Par exemple, un enfant qui ne mange pas tous les jours va développer des comportements de survie entraînant avec les années, des attitudes déviées menant au vol, au mensonge, à la violence. Ou encore, un enfant présentant des troubles psychologiques, va lui aussi, avec le temps, développer des comportement déviés lui permettant de demeurer dans une société qui ne lui correspond pas… il existe de nombreux exemples… mais des solutions existent et passent peut-être, entre autres, par l’augmentation des effectifs de spécialistes des aides sociales et psychologiques (psychologues scolaires, assistants sociaux), ou encore par une formation approfondie des professionnels de l’éducation (les enseignants, notamment) qui, outre leur fonction première d’enseignement de savoir-faire, véhiculent aussi des valeurs de savoir-être.


Les solutions sont encore possibles à mettre en place, mais il faut pour cela, que les décisionnaires mettent l’accent sur les domaines prioritaires de développement qui demeurent les bases de toute société pérenne, à savoir la santé, le respect de l’environnement et surtout l’éducation.
 





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