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Les prestataires de l’assistance sociale dans le pays reçoivent des gouvernements provinciaux des prestations inférieures à celles auxquelles ils ont droit, indique un récent rapport émis par le Conseil national du bien-être social (CNBES). Il y est mentionné que les prestataires de l’assistance sociale ont encouru des «pertes importantes» entre 1994 et 1995, le tiers des ménages perdant 3000 $ ou plus.
Le premier ministre de l’Alberta, Ralph Klein. photo : Donald Weber/Getty Images |
Au Nouveau-Brunswick, un employé célibataire adulte reçoit 3427 $ par année comme prestation sociale, la plus basse au Canada, et à seulement 19 % du seuil de la pauvreté. L’Alberta, riche en pétrole, arrive en deuxième position avec un écart minime en donnant à un adulte célibataire 5050 $, une baisse par rapport au montant de 9881 $ versé en 1986. En faisant l’ajustement selon l’inflation, le rapport constate que les prestations de l’assistance sociale de 2005 sont plus basses aujourd’hui qu’il y a vingt ans.
Selon le président du conseil de CNBES, John Murphy, le fait que 4,9 millions de Canadiens vivent sous le seuil de la pauvreté est «une situation déplorable». Les provinces et les territoires croient qu’en réduisant les taux de prestation sociale les gens seront forcés à trouver un emploi et que le nombre de personnes bénéficiant de l’assistance sociale diminuera, ajoute-t-il.
«Ils pensent que s’ils exercent suffisamment de pression sur les gens, ils retourneront au travail. Mais cela est un faux raisonnement parce que vous avez besoin d’outils pour retourner au travail, vous avez besoin de formation et s’ils ne sont pas à votre disposition, vous êtes mal pris.»
Le premier ministre de l’Alberta, Ralph Klein, avance que le rapport ne donne pas une image complète de la situation dans sa province. En réponse aux questions de l’opposition, M. Klein a dit que l’Alberta se concentre à trouver du travail pour les gens aptes à travailler, à fournir une assurance-santé lorsque les gens quittent l’assistance sociale pour entrer sur le marché du travail et elle a également un programme bien financé d’encadrement au travail.
«Nous avons toujours affirmé que nous nous occuperions des personnes vulnérables dans la société, mais nous n’accommoderions pas ceux qui sont aptes à travailler et qui veulent l’assistance sociale simplement pour en tirer avantage», explique M. Klein.
Le sentiment de M. Klein est partagé en Colombie-Britannique où il y a également pénurie de main-d’œuvre. Là-bas, le gouvernement provincial dépense 70 millions de dollars par an pour des programmes «pour aider les clients recevant des prestations d’aide sociale à atteindre leur plus haut potentiel et briser le cycle de la dépendance à l’assistance sociale», selon la porte-parole du ministère des Ressources humaines de Colombie-Britannique, Anne McKinnon.
Mme McKinnon ajoute que depuis 2001, 114 000 personnes, incluant environ 50 000 enfants, ont été retirées des listes d’assistance sociale en Colombie-Britannique. Parmi celles-ci, 48 000 ont un emploi à un taux horaire moyen de 11 $.
«L’assistance sociale n’a jamais été considérée comme une solution à la pauvreté, c’est pourquoi la priorité du gouvernement a été de bâtir une économie forte, il croit que ceux qui sont capables de travailler devraient travailler», souligne Mme McKinnon.
Dennis Owens, principal analyste des politiques chez Frontier Centre for Public Policy situé à Winnipeg, affirme que l’Alberta a une «multitude» de programmes pour permettre aux prestataires de l’assistance sociale de retourner sur le marché du travail, ajoutant qu’il n’y a pas de raison pour quiconque capable de travailler de recevoir l’assistance sociale dans une province ayant une si grande pénurie de travailleurs.
«Pourquoi une personne capable de travailler serait sur l’assistance sociale en Alberta lorsqu’il y a amplement de travail disponible tout autour? Ils ont un grand nombre de postes à combler, ils sont prêts à payer des travailleurs non spécialisés 18 à 20 $ l’heure.»
Owens n’est pas d’accord que le CNBES focalise dans le rapport sur le fait qu’une personne handicapée célibataire en Alberta est à 30 % du seuil de la pauvreté, le rapport mentionne seulement dans les notes de bas de page que les gens handicapés en Alberta sont payés via un programme offrant des taux beaucoup plus élevés. Il ajoute que l’utilisation du seuil de faible revenu (SFR) dans le rapport comme outil mesurant le seuil de pauvreté ne donnait pas une véritable évaluation de la pauvreté.
Statistiques Canada utilise 35 SFR différents pour mesurer la pauvreté, chacun variant selon la grandeur de la famille et de la communauté. M. Owens est d’avis que le SFR ne tient pas compte de ce que les gens reçoivent des autres sources, soit de la famille ou des amis, des églises, des organismes de charité et d’autres programmes.
«Nous critiquons le CNBES et d’autres groupes semblables depuis longtemps parce qu’ils utilisent ce seuil de faible revenu qui est une mesure statistique du revenu, cela n’a rien à voir avec le fait que quelqu’un est pauvre ou non. Ce n’est pas une mesure correcte», croit M. Owens.
Les groupes de soutien aux pauvres croient que la mesquinerie des provinces et des exigences plus rigoureuses pour être apte à l’assistance sociale ont provoqué une augmentation des sans-abri dans les villes canadiennes. Le critique des Ressources humaines au NPD, Ray Martin, dévoile que le problème est particulièrement grave en Alberta où le boom économique a causé une montée fulgurante des prix pour les locataires et acheteurs d’habitations, rendant ainsi le logement inaccessible à de nombreux Albertains à faible revenu.
Le CNBES – un organisme consultatif de citoyens chargé de conseiller la ministre des Ressources humaines et du Développement social à propos de questions relatives aux personnes à faible revenu du Canada – demande au gouvernement fédéral de mettre en application une «stratégie pan-canadienne de réduction de la pauvreté» générale, dans laquelle tous les ministères du gouvernement travailleraient ensemble pour examiner les questions relatives à la pauvreté et établir des objectifs fixes pour des besoins tels que des logements abordables. La stratégie, qui est déjà appliquée à Terre-Neuve, au Labrador et au Québec, inclurait l’éducation et la formation des gens pour faciliter leur retrait du système d’aide sociale et leur entrée sur le marché du travail.
Tandis que M. Murphy croit que ce qui est vraiment nécessaire pour réduire la pauvreté au Canada est «le leadership au niveau fédéral», la ministre des Ressources humaines, Diane Finley, n’a pas rencontré le conseil pour discuter des résultats du rapport. La porte-parole de Mme Finley, Lisa Murray, précise que le gouvernement travaille sur plusieurs initiatives pour «élever le niveau de vie des Canadiens», incluant le retrait de 655 000 Canadiens à faible revenu des listes d’impôts, l’ajout de 1,4 milliard de dollars dans le logement abordable et la création de 25 000 nouvelles places dans les garderies.
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