|
Avec des chandelles allumées sur chaque table, signature d’Amnesty International (AI), David Kilgour est monté sur le podium et a informé la salle remplie d’auteurs de lettres pourquoi ils devaient sensibiliser les gens sur les prélèvements d’organes de prisonniers de conscience en Chine. |
David Kilgour, ex-parlementaire et co-auteur d’un rapport concernant les allégations de prélèvements d’organes illégaux sur des pratiquants de Falun Gong en Chine continentale. (Noé Chartier/La Grande Époque) | |
|
L’ex-parlementaire a donné une conférence au siège social de AI Canada, à Ottawa, le 7 décembre 2006 dans le cadre d’une campagne d’écriture de lettres, en préparation pour la Journée des droits de l’homme le 10 décembre dernier.
«Croyez-le ou non», a dit M. Kilgour aux membres d’AI, «nous [David Kilgour et David Matas] sommes allés dans 26 pays pour parler de cela et Amnesty se présente à chacune de nos rencontres. Ils donnent beaucoup de soutien – vous donnez beaucoup de soutien – et je souhaite seulement, si je pouvais faire une petite demande à l’avance, que vous puissiez demander une enquête internationale sur ce sujet… cela serait d’un grand secours, et comme vous allez l’entendre dans un moment, c’est un problème très inquiétant.»
En juillet dernier, M. Kilgour et David Matas, avocat spécialiste des droits de la personne, ont publié le rapport d’une enquête indépendante à propos des allégations de prélèvement d’organes sur des pratiquants de la méthode de méditation Falun Gong détenus en Chine. Depuis lors, leurs conclusions font des vagues.
Le Rapport concernant les allégations de prélèvement d’organes des pratiquants de Falun Gong en Chine indique : «En se basant sur ce que nous savons, nous en sommes venus à la regrettable conclusion que les allégations sont vraies. Nous croyons qu’il y a eu et qu’il continue d’y avoir aujourd’hui des prélèvements d’organes de pratiquants de Falun Gong non consentants sur une grande échelle.»
Parce que MM. Kilgour et Matas n’ont pas eu la permission d’entrer en Chine pour mener leur enquête, la plupart des dix-huit formes de preuves présentées dans le rapport sont circonstancielles, puisqu’il y a peu de preuves disponibles pour confirmer les allégations de manière déductive. Chaque facteur a plutôt été considéré soit comme une preuve ou une réfutation des crimes.
Par exemple, le rapport déclare que même si 60 000 transplantations d’organes ont été enregistrées en Chine de 2000 à 2005, des sources ont pu être identifiées pour seulement 18 500 organes. Les auteurs se questionnent sur la provenance du reste des organes et comment autant d’organes ont pu être trouvés si facilement dans un pays qui préfère traditionnellement enterrer ses morts avec leur corps intact.
MM. Kilgour et Matas ont aussi trouvé sinistre qu’une augmentation significative du nombre d’opérations de greffes se soient produites peu de temps après le début de la persécution à l’encontre du Falun Gong par le régime chinois en 1999. À ce moment, plusieurs milliers de pratiquants ont été arrêtés et incarcérés.
Tandis que MM. Kilgour et Matas ont informé plusieurs gouvernements et ONG dans le monde de leurs découvertes, rien de concret n’a été fait depuis la publication du rapport. En particulier, le gouvernement canadien, quoiqu’il condamne publiquement la Chine pour ses violations des droits de l’homme en général, n’est pas allé de l’avant pour mener ou du moins participer à une enquête.
Même si certains milieux ont exprimé leur soutien et leurs inquiétudes, il est impossible d’obtenir un visa d’entrée en Chine à des fins d’enquête. Le régime communiste nie les accusations, mais ne donne pas le feu vert à une enquête indépendante approfondie.
Bien que certains nient les faits présentés dans le rapport, les auteurs demeurent fermes dans leurs conclusions. David Kilgour a décrit une conversation dans une conférence de transplantations d’organes à Boston, dans laquelle un chirurgien de Chine, spécialiste des greffes a simplement répliqué : «Demandez aux manifestants [du Falun Gong] à l’extérieur de l’édifice» lorsqu’il a été questionné sur la provenance des 2000 foies qu’il avait transplantés cette année-là.
En citant des statistiques, M. Kilgour a décrit une longue liste de groupes religieux, défenseurs de la démocratie, journalistes et autres ayant subi la persécution en Chine. Il a aussi discuté du mythe des entreprises faisant des montants colossaux d’argent en Chine et de l’évidente corruption dans le système judiciaire.
Le Canada peut faire une différence, défend David Kilgour. Il suggère que soulever la question de la liberté religieuse avec chaque haut fonctionnaire chinois en visite au Canada, tenir des dialogues publics sur les droits de l’homme, baser les relations Canada-Chine sur les valeurs humaines, pas seulement sur le commerce, et empêcher les compagnies canadiennes de fournir des «technologies de suppression» au régime communiste chinois sont tous des moyens d’apporter un changement.
Le rapport Kilgour-Matas semble avoir changé l’opinion des gens sur l’éthique de l’industrie de la transplantation d’organes en Chine. Le parlement irlandais a récemment décidé de convoquer l’ambassadeur chinois pour le questionner sur le sujet, et le ministre de la Santé australien, Stephen Robertson, a annoncé que deux hôpitaux à Queensland avaient supprimé la formation de médecins chinois dans le domaine de la greffe d’organes en raison des pratiques illégales en Chine. Les formations dans d’autres techniques chirurgicales se dérouleront normalement.
Des branches de la Coalition pour investiguer sur la persécution du Falun Gong (CIPFG) ont été établies en Amérique du Nord, en Europe, en Australie et en Asie. La branche australienne a demandé la permission d’entrer en Chine pour mener une investigation indépendante sur l’industrie de la transplantation en Chine.
Depuis la publication du rapport en juillet 2006, MM. Kilgour et Matas ont amassé dix formes additionnelles de preuves qui seront bientôt publiées dans une mise à jour.
|