|
La seule manufacture de pianos en France, actuellement implantée à Alès (Gard), va fermer ses portes au début de 2007 pour renaître en Seine-Saint-Denis où devrait être créé un atelier de pianos Pleyel «d'exception», a annoncé un porte-parole de cette marque doublement centenaire. |
Les pianos fabriqués en Chine «inondent» le marché européen, ce qui explique, selon la MFP, la délocalisation de son usine. (Peter Harmsen/AFP) | |
|
Cette délocalisation, avec à la clef la perte des deux tiers des 62 emplois de la Manufacture française de pianos (MFP), a provoqué la consternation des salariés de l'entreprise et de la CGT, syndicat unique.
«Pleyel à Alès, c'est fini, c'est une histoire qui se ferme après 30 ans d'existence, l'usine va fermer dès février-mars 2007», a déclaré le porte-parole de Pleyel, Arnaud Marion, à l'issue d'un comité d'entreprise extraordinaire. La direction a évoqué un marché du piano en France «qui se porte mal», face à la concurrence étrangère.
La manufacture d'Alès, qui produit quelque 500 pianos par an, emploie 62 personnes et trois apprentis alors que le projet de site de Saint-Denis, centré sur la fabrication de pianos à queue de très haut de gamme, pourrait employer seize personnes, plus trois pour les salles d’exposition.
«L'intégralité des dix-neuf emplois créés sera offerte en reclassement interne aux actuels salariés de la MFP», a indiqué la direction.
«On n'arrive pas à rentabiliser (la manufacture d'Alès), elle perd 10 000 euros par jour. Au bout d'un moment, il faut abandonner une économie subventionnée. Les salaires et les charges représentent près d'une fois et demie la marge brute», a commenté M. Marion, évoquant «les 35 heures qui ont tué les entreprises traditionnelles comme les nôtres».
«Pleyel continue d'exister : on ne tue pas la marque, on s'oriente vers du très haut de gamme […] qui nous permette d'équilibrer les coûts de production», a précisé M. Marion, en mettant en avant «l'inondation» du marché par les «250 000 pianos chinois fabriqués chaque année».
Malgré les propositions de la direction de reclassement et d'accompagnement des départs qui ont été discutées lors d'un CE extraordinaire, «personne ne se fait d'illusion», a réagi un ouvrier.
«Les salariés prennent l'annonce très mal, on avait beau se douter d'une possible fermeture, c'est toujours difficile à entendre, c'est un couperet qui tombe», a déclaré un autre, sous couvert de l'anonymat.
«On va continuer à se battre. On veut fêter en 2007 le bicentenaire de l'existence de la marque [fondée en 1807]», veut croire le secrétaire du CE, Favel Lamrani. «En améliorant la production, on doit pouvoir vendre 1000 pianos par an, on fera tout pour y arriver», poursuit-il.
Mais pour la direction, «l'actionnaire se résout à arrêter de soutenir une activité industrielle de fabrication de pianos à Alès en pure perte, sans espoir de rémission, malgré les innombrables efforts fournis». Un industriel privé, Hubert Martigny, est propriétaire de la manufacture d'Alès, de la marque Pleyel et de la salle éponyme à Paris, ainsi que des marques Gaveau et Erard que la manufacture d'Alès a cessé de fabriquer en 2003.
La MFP a été implantée en 1973 à Alès dans le cadre de la reconversion du bassin minier gardois, fermé dans les années 1970-1980. La cité cévenole de 45 000 habitants, touchée par de nombreuses fermetures d'usines (Alcatel, Alsthom, Alia, Cévennes Emballages) ces vingt dernières années, présente un taux de chômage de 20 % selon la CGT.
Pour Bernard Chapon, délégué du personnel CGT de la MFP, «on a laissé pourrir cette boîte». «La région se meurt et va devenir un pays de vieux et de chômeurs, il est difficile de se recycler pour des gens qui ne savent faire que du piano».
|