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Les sans-abri abandonnés dans le froid Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
01-01-2007

 

 

 

 

 

Les populations grandissantes de sans-abri au Canada engendrent une inquiétante pénurie de refuges et de lits pendant les nuits d’hiver

 

Avec l’hiver qui est déjà là, les défenseurs des sans-abri dans tout le pays s’efforcent de garantir un refuge, même rudimentaire, aux milliers de Canadiens sans domicile fixe. Mais malgré leurs efforts, plusieurs d’entre eux devront affronter le froid.

Un sans-abri mendie dans le centre-ville de Montréal
Un sans-abri mendie dans le centre-ville de Montréal alors que la température ne semble pas des plus clémentes. (André Pichette/AFP/Getty)
 

Le phénomène des sans-abri est en hausse dans toutes les villes canadiennes et ceux qui s’attaquent au problème de front blâment directement les coupures du gouvernement fédéral dans les logements sociaux. Ces programmes ont été annulés par le fédéral en 1993. Dans les années qui ont suivi, la plupart des gouvernements provinciaux (à l’exception du Québec) ont aussi coupé le financement à leurs propres programmes.

«La situation s’aggrave absolument partout», s’inquiète Cathy Crowe, infirmière de rue à Toronto. «Je pourrais vous nommer environ dix communautés qui n’ont pas assez de refuges pour personnes seules, et aucune d’entres elles n’ont assez de refuges pour des familles avec enfants. Et nous voyons des listes d’attente interminables pour les logements sociaux.»

Tandis qu’il y a plusieurs situations d’urgence dans le pays, Mme Crowe cite la «hausse galopante de familles sans-abri» à Calgary comme l’une des plus sérieuses. La ville, qui connaît une prospérité jamais vue depuis les dernières années, a grossi trop vite. Les affiches omniprésentes «employé(e)s demandé(e)s» ont attiré des travailleurs de tout le pays, mais avec de nouveaux citadins qui arrivent plus rapidement que les maisons peuvent être construites, le prix des loyers a monté en flèche et le taux d’inoccupation a chuté.

L’attente pour des logements subventionnés à Calgary est de sept ans. Il n’est pas rare d’entendre que des résidents de Calgary soient mis à la porte de leur domicile quand le loyer double soudainement. L’agence pour sans-abri Inn from the Cold, qui aide les familles sans abri à trouver un refuge temporaire, a commencé à aviser les gens de ne pas déménager à Calgary sans avoir en premier lieu trouvé un endroit où rester.

Calgary a présentement une population de 3436 sans-abri, dont plusieurs travaillent à temps plein.

Récemment, le gouvernement albertain a promis un million de dollars pour transformer un entrepôt abandonné en refuge d’urgence temporaire pour l’hiver. L’annonce n’arrive pas trop tôt. Le plus grand refuge pour sans-abri de Calgary est devenu tellement surpeuplé que les employés sont forcés, chaque nuit, de refuser des douzaines de personnes qui doivent alors endurer des températures sous zéro.

«Nous avons un sérieux problème, car nous refusons plus de 70 personnes chaque nuit», précise Debbie Newman, directrice des services au Drop-In Centre de Calgary.

«Les gens dorment dans des cages d’escaliers, à la recherche d’une température supérieure à 15 degrés Celsius, ils s’introduisent dans les stationnements intérieurs, n’importe où, où ils peuvent trouver refuge. Si vous êtes désespérés et craignez de mourir de froid, vous ferez n’importe quoi. En tant qu’agence, nous avons toujours dit que nous ne permettrons pas que quelqu’un meure de froid, mais nous avons atteint un point où nous mettons notre personnel en danger, alors nous avons établi des limites aux questions de responsabilité. Nous devions mettre des limites.»

Cathy Crowe a constaté qu’une des conséquences de l’augmentation des sans-abri est une hausse des maladies infectieuses, incluant la résurgence de la tuberculose, potentiellement mortelle. Le surpeuplement d’un refuge à Calgary, l’hiver dernier, avait mené à une épidémie de norovirus, infectant 350 personnes.

Alors que l’économie canadienne est forte, les militants anti-pauvreté affirment que de prestations basses d’assistance sociale, un manque de logements sociaux et un salaire minimum bas contribuent à l’augmentation du nombre de sans-abri. La ville de Toronto détient la plus grande population de sans-abri au Canada, qui s’élève à 5052 individus. Parmi eux, 3649 vivent dans des refuges, tandis qu’environ 818 dorment dans la rue.

Toronto connaît une moyenne de deux décès de sans-abri chaque semaine qui sont causés, selon Mme Crowe, par une multitude de causes, entre autres, les accidents, les traumatismes, les raclées, les maladies, les crimes haineux et l’hypothermie. Une vigile est organisée une fois par mois pour ceux qui sont morts dans la rue.

Vancouver ne se porte pas tellement mieux. Un rapport, publié par le Pivot Legal Society en septembre, indique que la ville est sur le bord d’une crise sociale du logement et se mobilise pour sensibiliser tous les paliers du gouvernement. Le groupe de défense légal du Downtown Eastside prédit que la population des 2175 sans-abri de Vancouver triplera d’ici 2010 quand la ville sera l’hôte des Jeux olympiques d’hiver.

Les libéraux de la Colombie-Britannique ont dévoilé une stratégie provinciale de logements de 40 millions de dollars qui créera 450 nouveaux logements sociaux dans la province. Mais David Eby de la Pivot Legal Society croit que c’est insuffisant, car Vancouver seulement a besoin de 800 nouveaux logements chaque année.

La Pivot Legal Society estime que le phénomène des sans-abri en Colombie-Britannique coûte aux contribuables 51 millions de dollars par année, en majorité en frais de police et de santé. Ceci mène à croire, selon M. Eby, que le gouvernement épargnerait en fait de l’argent en fournissant suffisamment de logements sociaux. Il cite New York comme une ville ayant «fait vraiment un bon travail» pour gérer l’errance. La ville américaine a construit 21 000 nouveaux logements au cours des cinq dernières années.

«Ils ont admis qu’il était plus abordable de loger les gens que de les avoir dans des refuges ou dans la rue», mentionne M. Eby. «Ils ont épousé ce modèle et ils ont tiré profit de prendre soin des plus vulnérables.»





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