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Gordon Brown, le chancelier de l'Echiquier, est longtemps resté dans l'ombre de Tony Blair, avec lequel il a forgé l'idéologie du « New Labour » qui a mené le parti au pouvoir en 1997 en le recentrant sur la scène politique britannique. Mais le ministre des Finances est maintenant le grand favori pour succéder à M. Blair, qui s'est engagé publiquement à quitter son poste d'ici septembre.
Volontiers secret, M. Brown a donné dimanche à la BBC une interview qui éclaircit ses intentions.
Sans se mettre déjà dans la peau d'un Premier ministre, il a tout de même noté: « Je pense que tous les défis que j'aurai à relever à l'avenir, je suis capable de les relever ».
Lors de ses voeux de fin d'année, M. Blair, 53 ans, avait pressé le Labour de rester fidèle à ses valeurs centristes. Réputé plus à gauche, M. Brown, 55 ans, a suggéré dimanche quelques inflexions, même si elles pourraient tenir plus de la forme que du fond.
« Il y a un travail à faire pour l'avenir de la Grande-Bretagne et les dix prochaines années verront des défis très différents », a-t-il déclaré. « Cela nécessite un nouveau genre de politique dans ce pays et un nouveau style dans la manière de gouverner ».
M. Brown a assuré vouloir se détacher de l'approche de M. Blair, qui prend ses décisions en s'appuyant sur un cercle restreint. « Vous devez écouter et vous devez être préparé à parler, consulter et débattre », a-t-il jugé.
Esquissant un programme, il a dit vouloir changer les rapports entre le gouvernement, le parlement et les électeurs, avec un « nouveau partenariat ». Evoquant les défis de la sécurité, de l'environnement et de la montée en puissance de l'Asie, il a insisté sur la primauté à donner à « l'excellence dans l'éducation » et la formation.
Le chancelier de l'Echiquier a surtout cherché à se distinguer de M. Blair, auquel il voue une animosité personnelle. Il a ainsi embarrassé un peu plus le chef du gouvernement en prenant position en des termes particulièrement nets sur les conditions de l'exécution de Saddam Hussein qu'il a qualifiées de « déplorables » et de « totalement inacceptables ».
Une position tranchant crûment avec le silence de M. Blair, qui s'est refusé à commenter la pendaison de l'ancien dictateur irakien, malgré la désapprobation de la presse et de membres du parti travailliste pour cette attitude en retrait.
M. Blair a seulement indiqué qu'il s'exprimerait cette semaine sur le sujet. Sur ce dossier irakien qui a rendu le Premier ministre si impopulaire et contribué à faire chuter le Labour dans les sondages, M. Brown a ainsi cherché à se démarquer.
Alors que M. Blair, qui a engagé la Grande-Bretagne dans la guerre, s'est obstinément refusé au moindre acte de contrition, M. Brown a admis que des leçons devaient être tirées de la manière dont a été gérée la situation en Irak depuis 2003. Il a estimé que le pouvoir aurait dû être rendu plus tôt aux Irakiens et que l'action militaire n'était pas suffisante sans « bataille pour les coeurs et les esprits ».
Tout en affirmant ne pas se dédouaner de sa responsabilité en tant que membre du gouvernement, il a souligné que la Grande-Bretagne, principal allié des Etats-Unis en Irak, n'enverrait pas de nouvelles troupes dans le pays, une éventualité qu'étudierait de son côté George W. Bush.
« Je crois qu'il est juste de dire que d'ici la fin de l'année, il pourrait y avoir des milliers (de soldats britanniques) en moins en Irak », a-t-il déclaré. La Grande-Bretagne maintient actuellement 7.100 soldats, essentiellement dans le sud, dans la région de Bassorah.
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