| Étant donné la gravité des accusations, la condamnation est clémente, surtout quand on sait que l’on prévoit que 70 personnes condamnées depuis les manifestations pour la démocratie en 1989 place Tienanmen, 33 Tibétains, 40 journalistes, et bien d’autres personnes détenues pour des raisons de religion, seront encore en train de croupir en prison à la fin des Jeux Olympiques de Pékin 2008. Il y a eu de sérieuses mesures de représailles contre les défenseurs des droits de l’Homme dans toute la Chine, depuis que le gouvernement de Hu Jintao et de Wen Jiabao a pris le pouvoir en 2003. Ces mesures ont aussi frappé la petite minorité d’avocats qui ont fait preuve d’un grand courage en représentant leurs compatriotes contre des fonctionnaires du gouvernement et du Parti communiste, dans des affaires de corruption, de saisies illégales de terres cultivables, et autres abus de pouvoir et de confiance. Dans le cas de Gao, trois facteurs expliquent probablement la clémence de la sentence, qui, tout comme le verdict du procès à huis clos, a été prononcée en l’absence de l’avocat de son choix, et encore plus grave, sans en avoir informé sa famille. La condamnation décidée par un comité du Parti a été annoncée par le fonctionnaire qui présidait ce comité. PRESSION INTERNATIONALE Premièrement, il y a eu une considérable pression et couverture médiatique internationale sur l’affaire Gao depuis qu’il a été arrêté à la mi-août. Bien des gens de par le monde pensaient qu’envoyer en prison un avocat de la trempe de Nelson Mandela ou du Mahatma Gandhi affecterait négativement les Jeux de Pékin. Les « experts » qui pensaient que l’opinion publique internationale allait aggraver la situation en faisant pression sur le gouvernement chinois pour obtenir sa clémence dans cette affaire se sont terriblement trompés. Deuxièmement, le but de la condamnation était en fait de placer une épée de Damoclès au-dessus de la tête de Gao lors de la campagne de séduction du gouvernement envers le monde entier avant les Jeux olympiques et paralympiques qui débuteront le 8 août 2008. Si Gao dénonce la mauvaise gestion totalitaire permanente du gouvernement et ‘le capitalisme carnivore’, la police peut le renvoyer en prison où il ne sera plus entendu, sous prétexte qu’il a violé la condition de ‘droit politique’ de sa liberté provisoire. ENVIRONNEMENT FAMILIAL Il importe peu aux fonctionnaires du Parti que le permis pour exercer son métier d’avocat ait été retiré à Gao en 2005 parce qu’il avait adressé une lettre au Président Hu concernant les libertés religieuses, l’indépendance des juges, la démocratie et l’établissement de la loi ; ou que son épouse, Geng He, et ses deux jeunes enfants, fassent constamment l’objet de harcèlements et d’intimidations ; ou encore, que Geng He ait été récemment gravement battue par la police. La raison la plus importante pour la prudence exercée par le régime vient probablement du caractère unique de Gao Zhisheng, qui est de plus en plus connu à l’extérieur de la Chine, et qui est devenu récemment le point de mire d’un mouvement multinational qui voudrait le faire nominer pour le Prix Nobel de la Paix cette année. Gao, 42 ans, est né dans une grotte à flanc de montagne dans le nord-ouest de la Chine, où vivait sa famille très pauvre. Il a démarré dans la vie comme ouvrier saisonnier et ensuite, comme mineur clandestin dans les mines de charbon à l’âge de 15 ans ; il a plus tard rejoint l’Armée de Libération Populaire où il a rencontré celle qui est devenue son épouse. Après ses études secondaires il est devenu membre du Parti communiste. Par autorisation, il travaillait comme vendeur ambulant tout en suivant des études pour devenir avocat, et faisait partie du 1 % d’autodidactes à avoir réussi l’examen du Barreau en 1994. L’AMI DU PEUPLE La file d’attente de victimes de mauvais traitements infligés par des fonctionnaires va vite s’allonger devant son bureau, et surtout il va, contre toute attente, commencer à gagner des procès. En 2001, il fera parti des 10 meilleurs avocats nommés par le Ministère de la Justice. Cette nomination était une compétition nationale diffusée à la télévision mais le titre a été annulé quatre ans plus tard, quand Gao est devenu la cible du régime chinois. Défendre des chrétiens ou des fermiers qui avaient perdu leurs terres était déjà osé, mais faire la même chose pour les pratiquants de Falun Gong, alors que le gouvernement avait interdit à tout avocat de les représenter, était simplement intolérable. C’est Gao qui nous a écrit à David Matas et moi-même l’été dernier, pour nous inviter à nous rendre en Chine afin d’enquêter sur le vol des organes des prisonniers de conscience du Falun Gong. Comme il fallait s’y attendre, aucun visa n’a été délivré par l’ambassade de Chine à Ottawa. Gao a été arrêté quelques temps plus tard. Ses trois lettres au Président Hu, protestant contre une variété de mauvais traitements, y compris des cas de torture et d’assassinat, avaient entraîné la fermeture de ses bureaux d’avocat. De nombreux policiers le surveillaient quotidiennement lui et sa famille. Il a rendu publics les détails de cette campagne sur son site Web, a démissionné du Parti, et plus tard est devenu publiquement un chrétien. TEST DECISIF La condamnation est donc injuste et est une restriction de la liberté de parole qui devrait être totalement levée. Le droit de Gao à pouvoir exercer sa profession de façon digne devrait également lui être rendu. La question pour la communauté internationale est la suivante : l’engagement du gouvernement chinois à améliorer les conditions des droits de l’Homme, promesse qu’il s’était engagé à tenir, et qui lui a valu de remporter l’organisation des Jeux de 2008, est-il cohérent ou pas. À ce jour, il n’a honoré aucune de ses promesses. Le traitement qui sera réservé à Gao et à sa famille, d’ici à la fin de l’été 2008, s’avérera aussi un test décisif pour le Comité Olympique et d’autres et permettra de savoir si les promesses des gouvernements qui accueillent les Jeux olympiques sont dignes de foi. David Kilgour est ancien Secrétaire d’État (Asie-Pacifique) du Canada. Le rapport Matas – Kilgour est accessible en 18 langues à : organharvestinvestigation.net |