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Accueil arrow Culture chinoise traditionnelle arrow La pensée écologique dans la tradition chinoise (2ème partie)
La pensée écologique dans la tradition chinoise (2ème partie) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Patrick Shan, La Grande Époque   
16-06-2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le bouddhisme, grand courant philosophique de l’Extrême-Orient, enseigne le respect pour toutes les formes d’existences. Sa réflexion sur la nature fondamentale des phénomènes constitue à bien des égards le fondement spirituel de la pensée écologique moderne.

Statue de Bouddha
Dans le bouddhisme, l’être peut se réincarner en plante, animal ou humain. C’est pourquoi chaque action de nos vies est importante. Photo : Photos.com
 

 

Au IXe siècle, le grand maître de Ch’an Lin Zi (Rinzaï en japonais) résuma de façon admirablement concise ce qui constitue aujourd’hui l’essentiel de la préoccupation écologique, à savoir les différents types de relations possibles entre l’homme et la nature : «  Voilà ce que vous pouvez faire. Vous pouvez supprimer l’homme et garder l’environnement. Vous pouvez supprimer l’environnement et garder l’homme. Vous pouvez supprimer ensemble l’homme et l’environnement. Vous pouvez garder ensemble l’homme et l’environnement. »

Pour savoir laquelle de ces assertions est la plus juste, sans doute faut-il d’abord mieux comprendre ce qu’est l’homme, ce qu’est la nature et ce qui les lie. De même que, comme l’a joliment exprimé Thich Nhat Hanh cette feuille de papier est faite entièrement d’éléments « non feuille de papier », l’homme est fait entièrement « d’agrégats non humains », dont le Bouddhisme a toujours eu pour but de retrouver la nature profonde.

C’est, dit-on, en saisissant une simple fleur et en la montrant à son disciple Kasyapa, que le Bouddha lui transmit l’essence de son enseignement. Observer profondément un objet jusqu’à y voir toute la création ; y découvrir l’impermanence des phénomènes et leurs liens de causalité, ce sont là les fondements d’une véritable écologie spirituelle.

La médecine chinois, une « éco-médecine »
Imprégnée de taoïsme et de bouddhisme, la médecine traditionnelle chinoise voit l’être humain comme un système vivant au rythme de l’univers qui l’environne. Sa vie est réglée par les quatre saisons ; il est le reflet et le jeu des mécanismes de la nature à laquelle il appartient et ne peut s’y soustraire. Tandis que nous avons tendance à considérer que notre vie nous appartient, la tradition médicale chinoise enseigne que « la vie ne nous appartient pas, c’est nous qui lui appartenons ».

Nourri par les cinq climats du ciel et les cinq saveurs de la terre, l’homme fait partie intégrante de la nature. Non seulement il lui appartient, mais il lui correspond. Sans équivoque à ce sujet, le Nei Jing dit que « l’homme ressemble au ciel et à la terre ».

La médecine traditionnelle chinoise a ainsi coutume de présenter l’être humain comme un écosystème miniature.

Elle souligne la ressemblance que présente son organisme avec celui de la nature : protubérances osseuses et reliefs montagneux, système pileux et forêts, système veineux et rivières, ou encore émotions et climats : la joie comparable au beau temps, la tristesse à la pluie, etc. Partant de cette vision, la notion de tableau clinique prend un sens profond pour cette médecine.

D’aucuns ne voient dans ces analogies qu’une dimension poétique, sans liens véritables avec la science ou la médecine. Il n’en demeure pas moins vrai que nous sommes avant tout des créatures suspendues entre le ciel et la terre, à qui nous devons à chaque seconde notre souffle et notre sang. Et tout comme un enfant ressemble à ses parents, il semble logique que le produit de la poussière que nous sommes partage quelque ressemblance avec sa mère nature. Il n’y a donc pas que de la poésie, mais aussi un certain bon sens dans la vision traditionnelle chinoise de l’être humain.

Ce postulat est d’ailleurs familier à de nombreuses autres ethnomédecines, notamment celle des Amérindiens, qui considèrent que l’homme fait partie de la terre, tout comme la terre fait partie de l’homme. Si les hommes sont à l’image de la nature et se nourrissent d’elle, c’est bien parce que la nature est, elle aussi, un être vivant.

Un être avec sa chaleur interne, ses substances minérales, ses courants électromagnétiques, ses liquides et ses gaz organiques. Un être qui, comme nous, transpire, frissonne et connaît des phases éruptives. Notre vie se nourrit de sa vie, notre souffle de son souffle, notre sang de son sang. Nous vivons sur la Terre comme un enfant vit accroché au sein de sa mère, en totale interdépendance avec elle.

Lorsque l’on regarde la vie sous cet angle, celui de notre mère porteuse, la question de la médecine des hommes prend un tour nouveau. Peut-on prendre soin d’eux sans prendre également soin de leur mère ? Comment aider les premiers sans nuire à la seconde ? Comment soigner les hommes dans le respect de la nature qui leur a donné vie et la leur reprendra ? Si nous sommes fils de la Terre, et frères des autres êtres vivants, pouvons-nous prendre le parti de laisser massacrer les derniers tigres pour soulager quelques derniers rhumatismes ? Pouvons-nous accepter qu’une industrie empoisonne tout un fleuve sous prétexte qu’elle fabrique un médicament ? Ou encore qu’elle se substitue à la nature dans les sélections qu’elle opère, au risque de créer de nouvelles et terribles maladies ?

Nous touchons là aux limites éthiques d’une médecine qui a peu à peu oublié que l’homme et la nature co-existent, et que « tout ce qui arrive à la Terre arrivera aux fils de la Terre »[1]. Nous devons lutter contre le dramatique oubli d’une nature qui est notre nature, et que nous ne saurions renier sans nous renier nous-mêmes.

Les hommes-médecines, pour qui le respect de la nature allait de pair avec celui de l’homme, font maintenant partie des légendes des peuples primitifs. Quant aux médecines qui restent aujourd’hui, elles n’ont plus cette préoccupation. La médecine moderne ne regarde que la maladie. Les médecines traditionnelles regardent l’homme.

C’est mieux, mais ce n’est pas suffisant. Lorsqu’elles parlent de la nature, c’est à sens unique, pour la ramener à l’image et au service de l’homme. Ces médecines ont toutes oublié qu’un enfant ne survit pas longtemps quand sa mère est mourante.


[1] Chef Seattle, 1854

 






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