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Un avertissement pour le régime birman Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
18-01-2007

Depuis plus de 40 ans, le peuple de Birmanie (aussi appelée Myanmar) souffre sous la botte d’un régime militaire vraiment répugnant. Ses souffrances sont en grande partie ignorée par le monde extérieur (en fait, par la presse).

En Birmanie, un enfant sur dix meurt avant l’âge de cinq ans. La persécution violente et sanglante des nombreuses minorités ethniques dans le pays se poursuit. Elle est perpétrée par une des plus grosses armées de l’Asie du Sud-Est, qui comprend une grande proportion d’enfants soldats enrôlés de force. (La Birmanie est un pays sans agresseur externe.)

Des militaires assistent à une cérémonie
La Birmanie est un pays dirigé par une junte militaire. (Khin Maug Win/AFP/Getty Images)
 

Le viol est utilisé systématiquement comme une arme de guerre, plus de 1000 hommes, femmes et enfants sont emprisonnés simplement en raison de leurs convictions politiques, et le travail forcé est utilisé pour construire une infrastructure économique vitale (incluant celle du tourisme). Quand tous ces facteurs sont pris en compte, il est facile de comprendre que plusieurs Birmans aient tenté de fuir leur pays, à la recherche d’un asile politique dans des pays voisins.
Les gens déplacés à l’intérieur du pays, qui vivent dans des camps incongrus à la frontière thaïlandaise, peuvent être considérés comme les plus chanceux, car ils sont relativement protégés des attaques de l’armée birmane. Mais sans parole et sans recours face aux autorités thaïs, leur vie est en effet misérable. N’étant pas reconnus des gouvernements thaïlandais successifs comme de vrais réfugiés, leurs mouvements sont strictement contrôlés, tout comme leur accès à l’éducation et à des soins de santé adéquats. Tout comme le mentionne Kate Thomas dans l’article Peu d'espoir pour les réfugiés birmans en Thaïlande [1], les problèmes de santé atteignent un point critique. Une partie du problème pourrait être expliquée par l’animosité de longue date entre les populations birmanes et siamoises, mais ce n’est pas une raison suffisante pour justifier le traitement du gouvernement thaïlandais envers ce groupe vulnérable.

Loin des camps, les autres pays et les organisations internationales haussent les épaules et tournent la tête, tandis que la population en Birmanie continue de vivre sous des conditions des plus répressives au monde.

Dans cette situation, la Birmanie n’est pas servie par ses grandes réserves de gaz et de bois de teck : l’amitié de la Chine (motivée par son besoin de ressources énergétiques peu dispendieuses) avec le régime s’explique facilement, mais que la plus grande démocratie du monde (l’Inde) soit également encline à prendre ces ressources naturelles sans se poser la question à qui les revenus profiteront, est tout simplement honteux. Le Japon, la Corée du Sud et la France sont quelques-uns des autres pays complices.

Les investissements étrangers en Birmanie n’ont aucunement aidé la population. Le régime dépense moins d’un dollar par personne annuellement en santé et en éducation, et dépense plutôt la moitié de sont PIB dans l’armée.

Pendant des années, la communauté internationale est demeurée indifférente, acceptant presque mot à mot les promesses vides et sans valeur du Conseil d'État pour la paix et le développement : Aung San Suu Kyi, la leader du mouvement démocratique, est placée en détention «pour sa propre sécurité» (et ce, depuis onze des dernières dix-sept années). Entre-temps, le gouvernement essaie de faire croire, de sa nouvelle capitale Pyinmana, que la Croix-Rouge a «volontairement» fermé ses cinq bureaux à la frontière birmano-thaïlandaise.

La position commune de l’Union européenne (ratifiée à nouveau chaque année) n’est pas beaucoup plus qu’une branche d’olivier en guise de sympathie, mélangée à une plus grande quantité d’apathie générale et de non-action. L’Assemblée générale des Nations Unies semble pareillement sans pouvoir ou désintéressée. Le gouvernement travailliste du Royaume-Uni a manqué à sa promesse envers l’opposition qui demandait d’imposer des sanctions économiques sur la junte birmane, malgré qu’il ait eu l’opportunité (et un consensus au sein du parti) de le faire. Et dire que des guerres sont menées au Moyen-Orient au nom de la «démocratie».

Cela peut paraître surprenant, mais ce sont les États-Unis qui sont au front pour demander des réformes démocratiques et sociales dans ce pays maintenant très pauvre, mais autrefois un des plus riches de l’Asie du Sud-Est. Ce sont les États-Unis qui ont amené (et ont réussi à deux reprises) le sujet à l’agenda du Conseil de sécurité de l’ONU. Une résolution liant toutes les parties pourrait en être la prochaine étape.

Ailleurs, la pression sur le régime augmente également. Malgré des années de non-intervention et de refus d’adopter une position proactive, l’ANASE (Association des Nations de l’Asie du Sud-Est) a signalé qu’un maintien du statu quo discrédite leur alliance. La Birmanie a donc été forcée (ou s’est-elle proposée «volontairement») de renoncer à la présidence du sommet cette année. En somme, un dialogue ouvert et sincère et la reconnaissance du sort de plus de 50 millions de personnes ne peuvent être que positifs.

Mais une chose est maintenant claire : le temps des courbettes diplomatiques au sujet de la Birmanie est maintenant révolu. La communauté internationale doit s’unir d’une seule voix et avec plus de force, et exprimer vigoureusement son opposition au régime militaire birman en ce qui a trait à son oppression du peuple et à sa complète désobéissance aux lois internationales en matière de droits de l’homme, ce qui est intolérable.

[1] Article paru dans le numéro du 5 décembre 2006 de La Grande Époque.

Guy Craft étudie en Études de l’Asie du Sud-Est au London's School of Oriental and African Studies. Il coordonne également le Student Network for the Burma Campaign UK.

 

 




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