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Les questions environnementales auront une place prépondérante lors des prochaines élections
Comme les récents sondages démontrent que les Canadiens considèrent l’environnement plus important que les soins de la santé, les partis politiques fédéraux tentent de se démarquer sur la question avant la prochaine élection.
Pour un parti qui n’a même pas mentionné l’environnement dans sa plateforme lors de la dernière élection, les conservateurs ont compris l’enjeu et annoncé récemment une série de projets «verts». Ils incluent un fonds de recherche scientifique de 238 millions de dollars sur les énergies non polluantes, de même qu’un fonds de 1,5 milliard de dollars pour exploiter l’énergie éolienne, pour financer des petits projets hydroélectriques, la biomasse et l’énergie des marées.
Le premier ministre, Stephen Harper, a aussi dit qu’il était prêt à travailler avec le NPD pour trouver une manière d’améliorer la Loi sur la qualité de l’air qui a été amplement critiquée lors de sa présentation en octobre dernier, étant jugée inadéquate. De nouvelles annonces sont attendues durant les prochaines semaines au sujet de la réglementation des émissions de gaz à effet de serre (GES).
Entre-temps, dans son premier discours important depuis son accession à la chefferie du Parti libéral, Stéphane Dion a déclaré à une assistance composée de gens d’affaires à Toronto que les libéraux étaient prêts à faire de l’environnement leur priorité lors de la prochaine élection, dans leur tentative de reconquérir le pouvoir.
Selon M. Dion, le programme environnemental des libéraux focalise sur le réchauffement planétaire, la diminution des GES par l’imposition d’un plafonnement des émissions et le maintien du protocole de Kyoto comme une partie importante de leur programme.
Elizabeth May, chef du Parti vert, croit que la récente attention accordée aux questions environnementales par les conservateurs est une «campagne de relations publiques». Toutefois, elle est contente d’apprendre qu’ils mettront sur pied des mesures favorables à l’environnement, même s’il s’agit, grosso modo, d’une résurrection des programmes libéraux annulés par Stephen Harper dès son arrivée au pouvoir.
Mais elle trouve «très inquiétant» que la même semaine où le gouvernement déclare qu’il prend des mesures pour contrer les changements climatiques, le ministre des Ressources naturelles, Gary Lunn, annonce un engagement envers les États-Unis de renforcer leur sécurité énergétique en augmentant la production dans les sables bitumineux d’Alberta, passant d’un milliard de barils par jour à presque cinq milliards.
Mme May mentionne que cela se produit malgré le fait que les présents niveaux d’émissions en Alberta expliquent pourquoi le Canada est si loin derrière ses objectifs de Kyoto. Elle souligne également que le maire et le conseil de Fort MacMurray, Alberta, ont demandé un moratoire immédiat sur le développement des sables bitumineux.
«Ils répondent aux besoins des pétrolières, mais ne tiennent pas compte des besoins des gens de Fort MacMurray», estime Mme May. «L’infrastructure de Fort MacMurray est déplorablement inadéquate pour ce développement rapide qu’ils subissent.»
D’après Matthew Bramley, directeur du programme sur les changements climatiques au Pembina Institute, un groupe basé en Alberta qui fait des recherches sur les politiques environnementales, de tous les projets qui ont été annoncés publiquement, les sables bitumineux seront responsables d’une augmentation de 47 % des émissions de GES d’ici 2010. Il indique que l’industrie elle-même parle de quintupler la production.
«Sans le type de politiques que nous aimerions voir le gouvernement mettre en place, nous sommes actuellement alignés pour que nos émissions continuent d’augmenter assez rapidement», explique M. Bramley.
Dans les derniers mois, le premier ministre a fait mention du Canada comme étant une «superpuissance énergétique» en devenir, mais le ministre Lunn a dit dernièrement que «le vrai défi était d’être une superpuissance énergétique propre».
Un rapport publié récemment par le Conference Board of Canada indique que le pays peut atteindre ce statut si le gouvernement impose des plafonds sur les émissions industrielles et s’il encourage les technologies émergentes non polluantes.
Le rapport propose des stratégies à long terme pour stimuler les secteurs des mines, de l’énergie, de l’agro-alimentaire et des produits forestiers. Il met en garde que même si les secteurs miniers et énergétiques connaissent actuellement une grande expansion, ce scénario pourrait changer rapidement si des investissements stratégiques ne sont pas effectués. On y note également que les sables bitumineux manquent déjà d’eau, de main d’œuvre et d’énergie.
Ian Bruce, un spécialiste des changements climatiques chez la Fondation Suzuki, croit que «l’approche sans plan d’ensemble» des conservateurs devrait être remplacée par un plan sérieux qui viserait l’imposition de réglementations pour diminuer les émissions. Il estime que le Canada a besoin d’un «signal économique qui mettra un prix sur la pollution carbonique, car présentement les grands pollueurs peuvent polluer notre atmosphère gratuitement».
«Chaque année, le Canada subventionne l’industrie du pétrole, du gaz et du charbon d’environ 1,4 milliard de dollars et même avec les nouvelles annonces faites ces dernières semaines par le gouvernement conservateur, nous subventionnons les industries polluantes environ dix fois plus que nous encourageons le développement d’énergies propres et renouvelables», dénonce M. Bruce.
Alors que les incitatifs à la réduction de la pollution sont vitaux, M. Bruce croit que la dissuasion est aussi importante, car elle stimule l’innovation. Il souligne que la création du véhicule hybride est venue en raison des réglementations de la Californie sur les émissions des véhicules.
Un récent sondage de Canwest News démontre que la plupart des Canadiens acceptent le fait que les conservateurs aient rejeté le protocole de Kyoto, aussi longtemps qu’ils trouvent d’autres mesures efficaces pour réduire la pollution.
Des 3000 répondants, environ 70 % étaient d’accord avec la déclaration : «Ça ne me dérange pas si le nouveau gouvernement fédéral applique Kyoto ou non, aussi longtemps qu’il agit concrètement pour améliorer l’environnement.»
Toutefois, environ 60 % des personnes sondées croient que les conservateurs «ne se préoccupent pas vraiment de l’environnement».
On estime que les prochaines annonces du gouvernement incluront des objectifs à court terme de réduction des émissions de GES. Une des principales plaintes émises par les critiques au sujet de la Loi sur la qualité de l’air était que l’imposition de limitations strictes sur les émissions soit rapportée jusqu’en 2020 ou 2025.
«Nous allons voir s’ils proposent un plan sérieux, car le Canada en a désespérément besoin», commente M. Bruce. «Le Canada est un des pires pollueurs et nous restons en arrière d’autres pays qui vont de l’avant, prennent la question au sérieux et adoptent des formes d’énergie plus propres.»
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