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Le ton a changé depuis quelques semaines à Washington, lorsque vient le temps de parler de l’Iran. La «nouvelle stratégie» du gouvernement Bush mise sur la menace, la démonstration de force, mais avant tout, sur une rhétorique rappelant les préparatifs autant médiatiques que militaires de l’invasion de l’Irak par l’armée américaine.
Prenant pour trame de fond le conflit en Irak de même que la quête nucléaire iranienne, la position de la Maison Blanche s’éloigne de plus en plus du registre de la diplomatie pour emprunter au discours de la guerre ou, du moins, de la forte pression militaire.
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Des marins sur le pont du porte-avions américain, USS Stenis, déplacent des bombes GBU-12 MK83 guidées au laser dans le cadre de l’opération Enduring Freedom en Afghanistan. Le positionnement prochain du USS Stenis dans le golfe Persique, à côté du USS Eisenhower, de même que l’envoi de soldats additionnels en Irak, laissent suggérer des frappes éventuelles contre l’Iran, selon certains analystes. (Alta I. Cutler/U.S. Navy/Getty Images)
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«Pour être honnête, je crains que ce ne soit un Irak bis», confiait le 19 janvier dernier John Rockefeller, président de la puissante commission du Sénat sur le renseignement, au New York Times. Or, depuis deux semaines, de plus en plus d’indices pointant vers cette éventualité, plusieurs leaders démocrates n’ont pas hésité à lui emboîter le pas et à afficher ouvertement leurs craintes de voir le conflit irakien traverser la frontière iranienne.
L’Iran a un ennemi en Irak
Le message que l’administration américaine entend passer relativement à l’échec de son opération militaire en Irak passe dorénavant par l’Iran. Le 26 janvier dernier, le président Bush recevait le général David Petraeus, le nouveau commandant des forces américaines en Irak. Tout en précisant que les troupes américaines n’avaient pas l’intention de franchir la frontière avec l’Iran, le président indiquait clairement qu’il fallait trouver les moyens d’arrêter ceux qui s’en prennent aux soldats américains en Irak.
Le secrétaire à la Défense, Robert Gates, précisait: «Nos forces sont autorisées à poursuivre ceux qui essaient de les tuer. Nous essayons d’extirper ces réseaux qui posent des engins explosifs artisanaux causant 70 % de nos pertes.» Faisant visiblement référence aux déclarations faites quelques jours plus tôt par l’ambassadeur américain en Irak, Zalmay Khalilzad, qui disait détenir des preuves de l’implication iranienne en Irak, ces déclarations indiquaient bien la nouvelle stratégie américaine.
Consistant, pour les uns, à une simple mise de pression sur le régime de Téhéran et, pour les autres, en un préambule à une opération militaire à venir contre celui-ci, le discours sur l’implication iranienne en Irak sert à tout le moins à mettre les choses au clair. L’Iran se doit dorénavant d’être considéré comme un ennemi dangereux actif en Irak où l’on détiendrait des preuves de son implication, et la solution au problème iranien ne passe plus par le compromis mais par l’intransigeance.
Confirmant un tel changement de cap, le sous-secrétaire d’État américain, Nicholas Burns, accusait directement, le 1er février, le régime iranien d’aider les groupes insurgés en Irak. «Nous avons arrêté des individus qui, nous pensons, transmettent une technologie très sophistiquée sur les explosifs aux groupes insurgés chiites qui s’en servent ensuite pour prendre pour cible et tuer des soldats américains. C’est une situation très grave», assurait M. Burns lors d’un entretien à la National Public Radio (NPR). Selon lui, les États-Unis ont suivi l’implication iranienne en Irak depuis environ deux ans et ont de plus en plus de preuves que l’Iran assisterait les milices chiites responsables de la mort de nombreux soldats américains.
Les forces américaines auraient même détenu puis relâché plusieurs Iraniens soupçonnés de fournir des armes aux combattants et d’ainsi attiser la violence sectaire. Les conseillers en matière de sécurité du président Bush reportaient cependant encore une fois, le 1er février, la publication desdites preuves soutenant l’hypothèse de cette aide logistique et technologique du régime de Téhéran.
C’était la deuxième fois que la présentation de la preuve, devant consister en une présentation PowerPoint montrant des armes trouvées en Irak de même que des numéros de série les liant à l’Iran, était reportée. Tout semble indiquer que les représentants américains souhaitent à tout prix éviter une scène rappelant le discours prononcé par Colin Powell devant le Conseil de sécurité de l’ONU et dans lequel il affirmait démontrer des preuves irréfutables de la présence d’armes chimiques et biologiques en Irak. Le régime de Téhéran nie quant à lui toute implication dans les combats qui sont menés en Irak.
Le nucléaire qui fait peur
Dans son discours sur l’état de l’Union prononcé le 23 janvier dernier, le président Bush accusait l’Iran d’armer des «terroristes comme le Hezbollah» et affirmait que «le monde ne laissera pas le régime de Téhéran acquérir des armes nucléaires. Rappelons que le délai donné à l’Iran pour exécuter la résolution 1737 du Conseil de sécurité vient à échéance à la fin de février 2007.
N’ayant montré aucune intention de se plier à une telle résolution, le président Ahmadinejad annoncera probablement que les 3000 centrifugeuses de Natanz ont commencé à enrichir de l’uranium. Les néo-conservateurs américains, appuyés par des rapports d’experts légitimant leurs pires craintes, y verront certainement un point de non-retour dans la course iranienne à la bombe. Une situation qui n’a rien pour apaiser le bras de fer entre le régime provocateur de Téhéran et les faucons guerriers de Washington, surtout si l’on considère que le président américain a juré de ne pas laisser les Iraniens avoir la bombe avant la fin de son mandat.
Renforcements militaires
Ce n’est pas qu’en paroles que le gouvernement américain se fait de plus en plus menaçant face à Téhéran. En effet, les récents déploiements d’une impressionnante artillerie militaire dans le Golfe n’ont rien pour rassurer les plus pessimistes quant aux intentions du président Bush. «Nous voulons simplement faire comprendre à tous les pays de la région que nous allons être présents dans le Golfe pour une longue période», affirmait le 15 janvier dernier le secrétaire à la Défense, Robert Gates, en commentant le déploiement d’un puissant arsenal militaire dans le Golfe.
Il faisait ainsi référence à la nouvelle présence de deux porte-avions américains dans le golfe Persique: l’USS Eisenhower, arrivé il y a quelques semaines, de même que l’USS Stenis qui appareillait le lendemain, soit le 16 janvier. Selon le colonel Gardiner, ancien professeur à l’Académie militaire des États-Unis, chaque fois que l’armée américaine a déplacé deux porte-avions dans la région, il y a eu des bombardements.
De plus, lorsqu’il a présenté son nouveau plan de bataille en Irak, George Bush a annoncé l’envoi d’un bataillon de défense aérienne équipé de batteries antimissiles Patriot dans le Golfe. Accompagné de l’envoi de 21 500 hommes supplémentaires en Irak, un tel dispositif n’est rien pour calmer la situation au Moyen-Orient. «Les États-Unis, Israël et les principaux États sunnites sont d’accord sur une chose: l’Iran devient trop fort, trop menaçant, et il faut faire quelque chose», disait la semaine dernière le professeur Gary Sick, ex-membre du Conseil de sécurité nationale, sur la radio publique NPR.
Reste à savoir si le gouvernement Bush se contentera d’exercer une pression de plus en plus forte sur le régime iranien ou s’il est plutôt en train de se préparer à régler par la force des armes une situation à laquelle il ne semble plus désireux de trouver une solution diplomatique.
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