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La semaine où l'Italie s'est réveillée avec la peur des «Brigades Rouges» Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
19-02-2007
ROME – Encore traumatisée par les sanglantes «années de plomb», l'Italie a découvert avec stupeur que le «terrorisme d'extrême gauche» n'a pas rendu les armes, avec l'arrestation la semaine dernière de quinze militants, dont une jeune femme, soupçonnés de préparer plusieurs attentats.

Ils ont entre 22 ans et la cinquantaine, sont étudiants ou ouvriers dans le nord de l'Italie et adhèrent, pour la moitié d'entre eux, au plus grand syndicat de gauche du pays, la CGIL.

Insoupçonnables pour la plupart, leur «quotidien tranquille» masquait pourtant des activités dans la plus pure tradition «brigadiste», affirment après deux ans d'enquête la police antiterroriste et le parquet de Milan : propagande à l'université ou à l'usine, entraînement au maniement d'armes, surveillance de sites ou de personnalités pour d'éventuels passages à l'acte.

Considéré comme le leader, Alfredo Davanzo, 50 ans, et un passé de second couteau dans les «anciennes» Brigades Rouges, avait déjà été condamné en 1982 pour braquage, avant de fuir en France d'où il était rentré clandestinement.

Parmi les cibles visées par le groupe, figurait, à Milan, le quotidien de droite Libero, qui aurait dû faire les frais d'un attentat le jour de Pâques, en l'absence de la rédaction.


Selon l'enquête, le professeur de droit du travail, Pietro Ichino, ancien syndicaliste qui prône aujourd'hui un dégraissage de la fonction publique, était aussi visé. Toujours dans le nord, une résidence de Silvio Berlusconi, les sièges de son groupe de télévision Mediaset et du groupe pétrolier Eni auraient fait l'objet de simples repérages.

Près de Padoue (nord-est), une cache a été découverte, le 15 février, avec plusieurs armes dont un fusil mitrailleur Kalachnikov et une mitraillette Uzi, ainsi que des gilets pare-balle, des uniformes de policiers et une perruque.

Le coup de filet opéré la semaine dernière a immédiatement réactivé le spectre des «années de plomb», ces décennies 70-80 où plus de 400 personnes avaient été tuées par des attentats d'extrême gauche ou d'extrême droite.

Car si la France et l'Allemagne sont parvenues à éradiquer le terrorisme d'Action Directe ou de la Faction armée rouge, l'Italie a connu des retours de flamme dramatiques, avec les assassinats par les «Nouvelles Brigades Rouges» de deux consultants du gouvernement en droit du travail, Massimo D'Antona (1999 à Rome) et Marco Biagi (2002 à Bologne).

Ex-magistrat spécialisé dans l'antiterrorisme, le député des Démocrates de Gauche (DS), Luciano Violante, nuance la menace actuelle : «L'Italie n'est pas en proie au terrorisme mais il existe encore des terroristes.»

«Il faut être très vigilants, car avant de faire couler le sang, les anciennes Brigades Rouges avaient accompli plusieurs actions démonstratives de faible ampleur», ajoute-t-il à l'AFP.

La présence de syndicalistes infiltrés parmi les suspects a provoqué une onde de choc au sein de la CGIL, qui fut en première ligne dans la mobilisation contre les Brigades Rouges.

Directeur du quotidien communiste Il Manifesto, Gabriele Polo, a connu l'un des quinze militants arrêtés à Turin, Vincenzo Sisi (53 ans).


«Une personne discrète et silencieuse, un type que je n'aurais même pas rangé dans l'extrême gauche», dit-il à l'AFP.

Selon lui, la permanence de ces activistes doit interroger la «gauche italienne», souvent fracturée entre ses ailes réformiste et radicale, «qui ne donne pas assez de réponses politiques à la société et joue trop souvent le compromis».

«Ce vide politique, quelques fous croient malheureusement pouvoir encore le remplir en prenant les armes», conclut-il





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