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L’agence d’aide canadienne sur la sellette Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
15-03-2007

 

L’ACDI est critiquée pour son manque de responsabilité


L’Agence canadienne de développement international (ACDI) essuie des critiques de toutes parts dernièrement.

Avec le récent appel du Comité des affaires étrangères du Sénat pour que l’ACDI soit démantelée et une importante étude par le Comité permanent des affaires étrangères et du développement international se penchant sur le rôle de l’ACDI, on dirait que l’agence est prise d’assaut.

Dans un rapport exhaustif qui a pris deux ans à réaliser, le comité du Sénat a vivement critiqué le parcours antérieur de l’ACDI en Afrique, avançant qu’en 38 ans elle n’a pas réussi à «faire une différence efficace en offrant de l’aide à l’étranger».

Depuis 1968, l’Afrique subsaharienne a reçu 12,4 milliards de dollars via l’ACDI, mais pas grand-chose n’a été accompli, est-il mentionné dans le rapport. Une partie du problème, soulève le rapport, est que 81 % du personnel de l’ACDI est basé à Ottawa plutôt que sur place en Afrique.

Et tandis qu’Ottawa a augmenté l’aide en Afghanistan, un autre rapport par le comité du Sénat sur la sécurité nationale souligne que 90 % des fonds d’aide du Canada pourraient se retrouver entre les mains d’officiels corrompus du pays déchiré par le conflit.

Une des recommandations du rapport sur l’Afrique mentionne que si l’ACDI, dotée d’un budget de plus de 3,1 milliards de dollars, n’est pas démantelée, des changements devraient être faits pour que l’agence puisse être surveillée par le Parlement.

Un système plus vigilant de surveillance a aussi été mis en valeur par Naresh Raghubeer dans un résumé au Comité permanent des affaires étrangères il y a quelques semaines.

Le directeur de la Coalition canadienne pour les démocraties, M. Raghubeer, a dit au comité qu’en raison de la corruption et de la mauvaise gestion, les fonds d’aide du Canada sont gaspillés, et la façon dont l’argent est dépensé est «un manque flagrant de respect pour les contribuables canadiens et une indifférence à la problématique de ceux qui sont dans le besoin».

M. Raghubeer a aussi informé le comité que des 25 pays ayant reçu l’aide canadienne, 19 avaient été identifiés par Freedom House comme étant des nations «non libres» ou des dictatures où la corruption est répandue. Il a questionné la logique d’accorder, dans le cadre du programme d’aide financière à l’étranger, 56 millions de dollars à la Chine, par exemple, pendant que ce pays a une économie florissante, la plus grosse armée au monde et qu’elle menace d’envahir Taiwan, une île démocratique et autonome.

«Nous ne croyons pas qu’une aide quelconque devrait aller à la Chine», a confié M. Raghubeer à La Grande Époque. «De plus, nous ne croyons pas que cela devrait servir à la formation des juges qui opèrent sous le système de tribunaux communistes et rendent des comptes, en tout premier lieu, à Pékin. Il n’y a pas d’État de droit en Chine, les citoyens n’ont pas de droits, et nous sommes très préoccupés par l’énorme gaspillage d’argent que cela représente.»


M. Raghubeer a poursuivi en faisant valoir que si la Chine elle-même se trouve «sur une politique d’aide expansionniste très agressive» en Afrique et dans d’autres pays, cela ne rime à rien pour l’ACDI d’aider la Chine.

Contrairement à la Chine, l’Inde démocratique a reçu moins d’aide ces dernières années, compte tenu son économie émergente et ses progrès sociaux.

Depuis 1993, l’ACDI a dépensé 390 millions de dollars sur le développement en Palestine, qui, selon M. Raghubeer, n’a pas accompli grand-chose pour établir la liberté et la démocratie. À son avis, fournir une aide aux pays ayant une dictature ou qui ne respectent pas les droits de leurs citoyens mine les intérêts du Canada, particulièrement dans le cas de l’Autorité palestinienne, qui refuse de reconnaître le droit à Israël d’exister.

Une des recommandations de M. Raghubeer au comité mentionne que toute l’aide fournie par le Canada doit satisfaire aux exigences de la Loi sur la responsabilisation, et que le vérificateur général soit en mesure de faire un suivi des sommes allouées et une vérification de tous les bénéficiaires (gouvernementaux ou non) de l’aide. Il souhaite également que le comité s’assure que l’argent de l’ACDI ne soit pas utilisé pour soutenir des gouvernements et bureaucrates corrompus, ou ceux parrainant ou glorifiant le terrorisme.


«L’ACDI a été en mesure d’être… quasi indépendante sur le chapitre de ses déboursements, et nous aimerions qu’elle puisse répondre davantage de ses actes», croit M. Raghubeer.

Dans sa façon d’opérer maintenant, même si l’ACDI fait un rapport annuel au Parlement, la plupart de l’aide à l’étranger octroyée par le Canada est dirigée vers le Programme des Nations Unies pour le développement, la Banque mondiale, ou d’autres agences et ONG qui ne sont pas sujets à l’examen du vérificateur général.

Le porte-parole de l’ACDI, Greg Scott, affirme que même s’il ne peut commenter le rapport du Sénat, chaque initiative de l’ACDI fait régulièrement l’objet d’une étude par les administrateurs et par les gestionnaires des finances pour s’assurer de l’obtention des résultats et d’une dépense adéquate de l’argent. Les dossiers sont examinés soit par le personnel de l’ACDI, soit par des organisations multilatérales telles que la Banque mondiale ou par des tierces parties indépendantes.

Même si le Sénat recommande que les dépenses accordées par le Canada dans le cadre de son programme d’aide financière soient transférées au ministère des Affaires étrangères si l’agence n’est pas démantelée, Gerry Barr, le président du Conseil canadien pour la coopération internationale, croit que ce serait une erreur de faire un tel transfert, car «ce n’est pas une bonne idée de mélanger la politique de l’aide avec les géopolitiques du Canada».

En d’autres mots, les pauvres pourraient se retrouver perdants.

 

 



 
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