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Entrevue avec Marie-Pascaline Menono, militante féministe travaillant à l’ONU
«Je ne suis pas féministe parce que je l’ai décidé. C’est venu tout seul.»
Marie-Pascaline Menono a bravé la tempête de neige pour venir me rencontrer. Grande, vêtue de noir, avec son turban jaune et ses boucles d’oreille dorées, elle a l’air altier. Elle me donne une franche poignée de main et nous nous installons à la table d’un café. Une longue conversation nous amènera à parler de la cause chère à cette féministe qui travaille pour l’ONU, de son parcours et des préjugés qu’elle combat.
La Grande Époque (LGÉ) : Marie-Pascaline, d’où venez-vous? Quel est votre parcours?
Marie-Pascaline Menono: Je suis née au Cameroun, dans la région de Yaoundé. J’ai déménagé à Montréal en 2002. À mon arrivée, j’ai dirigé pendant deux ans le centre Halte-Femmes de Montréal-Nord. Il s’agit d’un centre de jour et d’hébergement pour femmes battues. Depuis, je suis responsable du programme Genres et élections de l’UNIFEM (Fonds de développement des Nations Unies pour les femmes).
LGÉ : Pourquoi êtes-vous féministe?
Mme Menono : Pourquoi? C’est une bonne question. [Marie-Pascaline hésite, puis reprend.] Je ne suis pas féministe parce que je l’ai décidé. C’est venu tout seul. En fait, je milite depuis mon plus jeune âge dans des associations.
De plus, je viens d’une famille où les femmes sont très fortes. Ce sont elles qui mettent les limites. L’idée que les femmes africaines sont soumises est un préjugé. Bien sûr, il y a des abus, comme partout, mais la femme africaine est souvent le pilier de la famille.
En outre, je suis de culture bantoue. Dans mon peuple, la femme a des droits. Par exemple, après un accouchement, elle cesse de travailler pendant trois mois. Des membres de la famille viennent l’aider. Pour moi, il est normal que les femmes jouissent de ces droits.
Enfin, mon père m’a beaucoup poussée dans cette direction. Oui, mon père. Il a fait d’énormes sacrifices pour que ses filles soient scolarisées. Il tenait à ce que nous ayons des valeurs. Il voulait que nous ayons du caractère.
LGÉ : En quoi consiste le programme Genres et élections de l’UNIFEM dont vous êtes responsable?
Mme Menono : Ce programme est en fait une série de programmes d’accompagnement. Je me déplace dans différents pays en fonction des projets.
Chaque programme d’accompagnement vise à créer des conditions favorables à la participation des femmes à la vie politique du pays visé. Nous partons de la réalité, qui est que plus on monte dans la société, moins les femmes sont présentes, en particulier en politique. Au nom de l’égalité, nous essayons de remédier à cela. Avoir plus de femmes en politique permet aussi d’avoir une administration plus représentative du tissu social.
Pour y parvenir, nous parlons aux responsables politiques, aux responsables traditionnels ou religieux, aux femmes, aux organisations de la société civile, aux structures responsables des élections, aux médias et aux partis politiques.
Les partis disent que les femmes ne sont pas intéressées, alors qu’elles ont une façon différente de participer. Les femmes sont très présentes dans les milieux militants. Cependant, plus on monte les échelons des partis, plus elles se font rares. C’est la preuve que des obstacles les empêchent de prendre la place qui leur revient dans ce milieu.
LGÉ : Pour que ce programme soit efficace, ne doit-il pas venir après d’autres efforts pour améliorer la condition féminine, comme l’alphabétisation?
Mme Menono : Non! Justement! C’est encore un préjugé! L’important, pour une personnalité politique, c’est que les électeurs se reconnaissent en elle. Dans un pays où la majeure partie des femmes sont analphabètes et travaillent la terre, avoir une représentante analphabète et cultivatrice est au contraire une bonne chose. Cela contribue à ce que l’assemblée élue soit plus représentative du tissu social.
De plus, cette femme sera en mesure de défendre les droits de ses concitoyennes. Elle pourra travailler pour qu’elles accèdent à l’éducation. L’idée de la démocratie, c’est que les lois viennent du peuple, non?
D’ailleurs, les élus n’écrivent pas eux-mêmes les lois. Ils décident ce qu’ils vont y mettre. Ne pas savoir lire n’empêche pas de comprendre les enjeux nationaux ni de participer aux débats. Aucun diplôme n’est requis pour être éligible! |