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Accueil arrow Opinion arrow Relations des États-Unis avec l’Iran : existe-t-il une meilleure alternative ?
Relations des États-Unis avec l’Iran : existe-t-il une meilleure alternative ? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
24-03-2007

 

L’opinion d’un expert confrontée à la question des droits de l’homme


Ce n’est peut-être pas une coïncidence si l’administration Bush, alors même qu’elle est de plus en plus frustrée par la situation chaotique en Irak, se tourne vers l’Iran pour qu’il endosse une partie des responsabilités.

Les relations tendues et le climat de suspicion que les États-Unis et l’Iran entretiennent l’un envers l’autre remontent à la Révolution islamique de 1979 et aux 52 otages américains alors détenus pendant 444 jours. Les relations diplomatiques étaient rompues et, en 28 ans, la suspicion et la méfiance qu’ils éprouvaient l’un envers l’autre sont restées intactes.

Un cadre supérieur du Council of Foreign Relations pense qu’il existe une autre alternative. Il s’agit de Ray Takeyh, expert du Moyen-Orient et auteur de Hidden Iran Paradox and Power in the Islamic Republic (L’Iran caché : paradoxe et pouvoir dans la République islamique). Selon lui, c’est actuellement le moment propice pour commencer à établir des relations normales entre les États-Unis et l’Iran. Dans un article publié dans l’édition de Foreign Affairs du mois de mars/avril 2007 et intitulé Time for Détente in Iran (Moment propice à la détente avec l’Iran), Takeyh soutient qu’il serait sage que Washington reconsidère sa stratégie.


Takyeh affirme qu’une nouvelle faction est en train d’émerger dans le champ des forces dirigeantes iraniennes, groupuscule qui ne serait pas aussi véhément que les «radicaux» qui contrôlent actuellement le régime. Ceux-ci mettent en avant le «nationalisme iranien» par rapport à l’identité islamique. Ce sont de jeunes pragmatiques qui veulent imposer le pouvoir iranien dans la région sans forcément provoquer l’hostilité des États-Unis.

Alors que les pragmatiques se battent pour avoir une influence sur les idéologiques «radicaux» les plus irréductibles, les États-Unis peuvent contribuer à faire pencher la balance du pouvoir de Téhéran en faveur des pragmatiques, permettant par ce biais de bâtir une relation plus stable avec l’Iran.

Quand Saddam Hussein a été capturé par les Américains et que les talibans ont été délogés d’Afghanistan, l’Iran s’est trouvé être l’État le plus puissant du golfe persique. L’Iran pourrait jouer un rôle dominant dans la région sans aucune entrave de la part des États-Unis si les forces dirigeantes iraniennes mettaient fin au conflit avec les États-Unis et menaient plutôt une politique de coexistence.

Avec l’avènement de cette faction prête à envisager un compromis avec les États-Unis, Takeyh suggère qu’il «incombe à Washington de rendre la pareille en concevant une stratégie de détente en détail».

Comment peut-on même avoir cette image-là de l’Iran? Son président n’est-il pas un négationniste? L’Iran ne soutient-il pas des groupes terroristes tels que le Hezbollah? L’Iran ne cherche-t-il pas à renverser les gouvernements de ses États voisins? L’Iran ne porte-t-il pas la responsabilité de la mort d’Américains en Irak ainsi que de l’armement des milices chiites? Et concernant le projet iranien d’acquérir l’arme nucléaire?

Selon Takeyh, l’impulsion iranienne d’exporter la révolution islamique s’est achevée depuis longtemps. «La plupart des rêves révolutionnaires iraniens ont péri sur les champs de batailles irakiens pendant la guerre ayant eu lieu dans les années 80. Le coût onéreux de la guerre avec Bagdad a contraint l’élite religieuse à réaliser les limites de sa puissance ainsi que le manque d’esprit pratique de ses ambitions.»

Les dirigeants iraniens de ces dernières années (et ce, incluant même le président Mahmoud Ahmadinejad) n’ont pas remis en cause ou encore tenté de renverser les monarchies du golfe Persique ainsi que les régimes pro-occidentaux d’Égypte et de Jordanie et ils se sont contenus en Irak.

Le gouvernement irakien est à majorité chiite, ce qui le rend automatiquement bien disposé envers les chiites iraniens. Cependant, Takeyh explique que l’Iran cherche seulement à éviter l’installation d’un régime hostile à domination sunnite et non à mettre en place un régime fantoche.

Takeyh reconnaît que la république islamique d’Iran a déjà mis à exécution des tactiques perturbatrices sur la scène internationale par le passé. Téhéran faisait alors assassiner les dissidents iraniens en Europe et soutenait les activités terroristes dans le golfe Persique mais il a abandonné ces pratiques lorsque d’autres États lui ont imposé des restrictions commerciales.

Dans un même ordre d’idées, lorsque Téhéran a été d’accord pour cesser de soutenir ces groupes radicaux en Arabie saoudite et dans les États du Golfe, ces derniers ont normalisé leurs relations avec l’Iran. «Cela prouve, expose Takeyh, que les avantages stratégiques d’une politique de détente ont convaincu Téhéran de changer sa manière d’agir.»

Takeyh revendique que l’Iran n’est pas en train d’attiser le feu en Irak comme l’administration Bush a pu le préconiser dernièrement. Cette prise de position est soutenue par la dernière parution du National Intelligence Estimate (NIE) du 2 février qui a déclaré que la violence sectaire a une dynamique propre et n’est pas amenée à être grandement influencée par des acteurs extérieurs.


Le NIE, qui représente un consensus de la communauté des services secrets américains, reconnaît toutefois que le soutien militaire iranien pour certains groupes irakiens chiites intensifie le conflit. Néanmoins, ce soutien n’est pas en lui-même un facteur décisif.

Quant à Ahmadinejad étant négationniste, Takeyh dit que c’est probablement le cas, mais que cela devrait être principalement compris comme un stratagème de relations publiques qui, soi dit en passant, a remarquablement bien fonctionné. Même dans l’Égypte pourtant à forte majorité sunnite, Ahmadinejad est considéré comme le 3e homme le plus populaire dans le monde arabe. Takeyh perçoit Ahmadinejad tel un dirigeant ingénieux essayant de soulever l’indignation publique et d’exploiter le fort sentiment anti-américain qui règne au Moyen-Orient.

Takeyh énonce que «…la demande d’un dirigeant prêt à s’opposer à Israël et aux États-Unis croît rapidement. Et il est extrêmement décidé à devenir ce dirigeant.»

Les discours provocateurs d’Admadinejad peuvent malheureusement faire figure de couverture quant à un important changement au sein de la nouvelle droite iranienne. Takeyh décrit un groupe cohésif qui privilégie «le nationalisme iranien sur l’identité islamique» et le «pragmatisme envers l’idéologie».

 

 



 
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