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Est-ce que le virage du Canada vers le commerce éthique laissera la Chine derrière?
En se détournant de la Chine, le Canada a choisi l’Inde comme prochain grand partenaire commercial.
«Il ne s’agit plus simplement du cas de l’Inde qui se rattrape sur la scène internationale; c’est aussi le cas du monde qui se rattrape sur l’Inde», a récemment fait remarquer le ministre David Emerson, en se référant à l’économie florissante de l’Inde, qui se trouvait au premier plan de la première mission commerciale des conservateurs là-bas.
Tandis que les paroles d’Emerson donnent le ton pour faire affaire avec la plus grande démocratie du monde, la mission commerciale a suscité un débat autour des mérites de faire davantage affaire avec les démocraties comme l’Inde versus la Chine communiste.
De plus en plus, ont dit les experts, la prospérité canadienne dépendra d’un commerce international et d’une politique étrangère durable. Et cela veut dire que les questions comme les droits de l’homme et le terrorisme mondial doivent se trouver sur la table de négociation.
Tandis qu’une entente de libre-échange est en cours de discussion avec l’Inde, le virage des conservateurs vers une politique de commerce mondial éthique aurait commencé beaucoup plus tôt.
En juin dernier à Toronto, le premier ministre, Stephen Harper, a prononcé un long discours d’ouverture lors d’une cérémonie annuelle de remise de prix, à la Chambre de commerce indo-canadienne (CCIC). Le président de la chambre, Ajit Khanna, a dit que c’était la première visite d’un premier ministre canadien et un «événement historique au cours des 29 années d’existence de la CCIC».
Même si ce sont les libéraux qui ont commencé à faire le commerce avec l’Inde, M. Khanna dévoile que depuis l’entrée en fonction du gouvernement Harper au Parlement, les plaintes de gens d’affaires indiens au sujet des visas canadiens ont considérablement diminué. De plus, les Canadiens sont de plus en plus intéressés et enthousiastes à faire des affaires avec l’Inde.
Mais un des plus gros défis de l’Inde est le manque d’infrastructure qui ralentit et nuit considérablement à la croissance du pays par 1 % à 2 %. Selon M. Khanna, c’est là que le Canada peut apporter sa contribution en offrant son expertise en ingénierie, en télécommunications et en construction. La classe moyenne de l’Inde équivaut, en nombre, à la population des États-Unis et elle est prête à accueillir plus d’investissements des entreprises canadiennes, a ajouté M. Khanna.
Actuellement, la Chine est le deuxième partenaire commercial du Canada après les États-Unis. D’après Statistique Canada, le Canada a exporté en Chine des marchandises pour un total de 7,66 milliards de dollars seulement en 2006, tandis que les importations ont augmenté de façon colossale à 34,47 milliards de dollars la même année.
Depuis son entrée en fonction au Parlement, les relations entre le gouvernement Harper et la Chine sont devenues tendues à la suite de plusieurs incidents, dont la citoyenneté honorifique conférée au Dalaï-lama exilé du Tibet par le gouvernement ainsi que les commentaires publics de M. Harper au sujet de l’espionnage industriel de la Chine sur le sol canadien. Il n’y a pas eu de résolution sur la question de l’emprisonnement en Chine d’un citoyen canadien, le musulman d’origine uyghur, Huseyin Celil, malgré les demandes du Canada pour sa libération.
La déclaration de M. Harper en novembre dernier mentionnant qu’il ne faut pas renier «d’importantes valeurs canadiennes» pour le dollar tout-puissant ainsi que d’autres commentaires ont décontenancé le milieu des affaires canadien et contrarié Beijing. Néanmoins, son franc-parler a grandement ravi les autres.
D’après David Van Praagh, l’ex-correspondant du Globe and Mail en Inde et auteur de The Greater Game, India’s race with Destiny and China, c’est un «changement de cap détectable» dans la politique étrangère du Canada vis-à-vis de la Chine, par rapport au «très déplorable» partenariat stratégique avec la Chine formé par le gouvernement libéral de Paul Martin.
«La question des droits de l’homme, la question de la démocratie est définitivement un facteur beaucoup plus important pour ce gouvernement qu’il ne l’était pour les libéraux», a mentionné M. Van Praagh.
Il dit que malgré les efforts de l’Amérique et de l’Asie à «s’engager de façon constructive» avec Beijing, la menace chinoise à la stabilité et à la liberté dans la région Asie-Pacifique s’accroît. «La situation de la Chine semble s’aggraver. Et il y a une preuve impressionnante que celle de l’Inde s’améliore.»
David Harris, conseiller légal et associé de recherche supérieur pour la sécurité nationale à la Coalition canadienne pour les démocraties, croit que des activités commerciales, à long terme, accrues avec l’Inde est viable et constructif pour le Canada.
«Vous n’allez pas ravitailler une menace militaire stratégique de nature impérialiste en vous impliquant avec l’Inde», a-t-il fait remarquer.
Selon M. Harris, les électeurs indiens ont élu une nouvelle équipe de dirigeants qui sont intéressés à élever le niveau économique des Indiens tout en travaillant de façon constructive avec les États-Unis et le Canada pour empêcher la domination de la Chine sur l’Asie.
Malgré qu’elle ait ses propres défis uniques à relever, la population de l’Inde, au nombre de 1,1 milliard, jouit de la liberté de presse, d’un système judiciaire indépendant, de l’État de droit et du droit de vote, toutes des choses impossibles sous le régime communiste. Également, l’Inde a l’avantage supplémentaire d’avoir une élite déjà établie de gens d’affaires parlant l’anglais.
Le contraste entre les deux économies en effervescence demande un changement de la «naïveté comique» du passé vers la lutte contre les multiples faiblesses du marché chinois, relève M. Harris. Il décrit la Chine comme «le nouveau goulag» qui a remplacé l’ancienne Union soviétique relativement à l’abus de ses citoyens, et croit que l’approche «laisser aller pour bien s’entendre» adoptée par tant de pays face à la Chine est erronée.
«Lorsque nous achetons des articles chinois, nous sommes des bourreaux d’esclaves à distance», a-t-il relevé. «L’argent a été l’incitateur qui a fait plier bon nombre de pays et d’économies aux volontés de Beijing, malheureusement, les dynamiques inhérentes au capitalisme peuvent être retournées contre nous par des régimes comme la Chine.»
Selon le site Internet d’Affaires étrangères et Commerce international Canada, les exportations canadiennes en Inde ont atteint 1,7 milliard de dollars l’année dernière, soit une augmentation de 54 % depuis 2005. Les importations de l’Inde au Canada ont atteint 1,9 milliard de dollars, soit une augmentation de 7,4 %. L’Inde est le 14e plus important marché d’exportation du Canada et le Canada est le 22e plus important marché d’exportation pour l’Inde.
«Certaines préoccupations majeures au sujet du gouvernement chinois sur la question des prélèvements d’organes signifient que nous ne devrions pas augmenter le commerce aveuglément avec des pays qui n’améliorent pas leur dossier sur les droits de l’homme», commente le porte-parole du NPD pour le commerce international, Peter Julian, en se référant à la pratique du prélèvement illicite d’organes de prisonniers de conscience pratiquant le Falun Gong et d’autres prisonniers en Chine.
Actuellement, 80 % du commerce international du Canada se fait avec les États-Unis, mais M. Julian pense que «mettre tous vos œufs économiques dans le même panier n’est pas une bonne chose». Il voudrait voir plus de diversité dans le commerce international, pas seulement avec l’Inde, mais également avec d’autres démocraties de la région Asie-Pacifique.
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