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Accueil arrow L'actualité arrow Canada - Quebec arrow Souffle adéquiste et douce démagogie
Souffle adéquiste et douce démagogie Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
06-04-2007

 

 

 

 

 

Tout le monde s’entend. Le grand gagnant du rendez-vous démocratique tenu le 26 mars dernier, c’est l’ADQ. Le génie de Mario Dumont aura été d’avoir su amener les électeurs sur son terrain, celui de la protestation, de la colère légitime. Ils sont en colère les Québécois. Et ils ont trouvé une voix à cette colère, doublée d’un discours exprimant celle-ci avec force et habileté.  

 Mario Dumont, chef de l’ADQ
Mario Dumont, chef de l’ADQ. (Pascal Bernier-Robidas/AFP/Getty Images)
 

Devant un Jean Charest et un André Boisclair aussi chaleureux qu’un message enregistré au moment où l’on a le plus de besoin de se faire entendre, «le petit gars bien de chez nous» a joué la carte de la reprise du pouvoir par le peuple. Une chose est certaine, c’est que M. Dumont est venu toucher les Québécois là où ils se sentent le plus délaissés, soit dans leurs sentiments d’insécurité, d’identité ethnique, d’impuissance. Le chef adéquiste a su mettre des mots sur de tels sentiments, politiser des revendications aussi vastes qu’hétéroclites. Il a été le meilleur des candidats, et de loin, dans l’art de transformer la frustration en espoir, la précarité en réconfort, l’insatisfaction en vote.

Accommodements raisonnables et la menace identitaire
Mario Dumont a, qu’on le veuille ou non, fait lever sa campagne (avant même son début officiel) avec les accommodements raisonnables. Terrain de bataille emblématique de la stratégie du nouveau chef de l’opposition que le débat sur les accommodements raisonnables. Ici, il est un maître. Ici, il a su canaliser la controverse entourant la question et même l’attiser, lui donner les atours de l’urgence, de la menace identitaire.

Prenant des allures de futur chef d’État qui «met ses culottes», Dumont ne s’est pas gêné pour associer systématiquement les accommodements raisonnables à la présence de l’étranger sur le terrain de ces valeurs que nous devons défendre. Même si ces accommodements sont avant tout l’affaire de «Québécois de souche», même s’il s’est servi d’exemples représentant justement tout sauf des accommodements raisonnables. Le chef adéquiste a poussé la rhétorique jusqu’à affirmer qu’il entendait respecter, lui, les recommandations du rapport de la commission Bouchard-Taylor. C’est à se demander si M. Dumont a la moindre idée des pensées et écrits de Taylor ou de Bouchard en ce sens. Du respect des valeurs d’autrui, ou «réciprocité dans la reconnaissance» de Charles Taylor au «pas dans ma cour», «assez c’est assez» axé sur le clivage entre Eux et Nous de Mario Dumont, il y a un monde, celui qui sépare le dialogue et le démagogue.

Les accommodements raisonnables représentent en ce sens un bel exemple de récupération partisane, touchant des «cordes sensibles», soit l’identité ethnique et culturelle des Québécois. Devant l’apparente faiblesse de la position péquiste sur une question pourtant d’identité nationale et l’impossibilité de Jean Charest à emprunter un discours aussi simpliste sur un dossier complexe, le chef adéquiste s’est régalé. Jean Charest ne pouvait promettre une constitution québécoise, un code de vie. En tant que premier ministre potentiel, Mario Dumont non plus, mais il l’a fait comme agitateur.

Autonomie, famille, régions
«On n’a pas à la demander, notre autonomie. On va la prendre!», de déclarer puissamment le chef adéquiste en ondes, sur le réseau TVA. N’en demeure pas moins que les relations entre les paliers provincial et fédéral ne sont pas aussi simples que cela.

«Si ça existait, on l’aurait!», de s’exclamer André Boislair, lors du débat des chefs, résumant ainsi le pessimisme qu’il est permis d’entretenir face à une idée qui n’a de nouveau que le nom. L’autonomie est un concept, tout simplement flou. Faire l’indépendance, la séparation politique du Québec, c’est quelque chose de concret. Le fédéralisme aussi. Ce sont des mots qui traduisent un état de choses. Faire l’autonomie du Québec… ça ressemble à quoi? Équilibre fiscal, constitution provinciale, nouveaux pouvoirs? C’est un art que de savoir promettre avec conviction des choses qui ne dépendent pas de soi. Vous avez déjà vu ou entendu parler un premier ministre qui ne voulait pas d’autonomie? Qui jugeait avoir déjà assez, voire trop, de pouvoir?

Vous avez dit «distincte»?
Outre le fait que la démocratie a bel et bien parlé, a su montrer que la colère d’un peuple peut encore se métamorphoser en résultats électoraux, cette dernière campagne a écorché l’importance de plusieurs enjeux. Les débats sur la justice sociale, la culture, le développement économique ont laissé la place à ceux sur la sécurité et l’identité ethnique. Et ce qui est dit, souvent maladroitement et avec la langue de bois politique, a cédé sa place à la puissance des non-dits.

L’accusation sur la responsabilité de Jean Charest dans la tragédie du viaduc de la Concorde et le document lu à moitié par M. Dumont parce que l’autre moitié disait explicitement que le premier ministre avait bien fait son devoir représente bien une campagne de clips publicitaires. Tout ce qui n’est pas dit fait paraître le peu qui est dit plus vrai que nature.

S’appuyant sur la construction rhétorique, de l’autonomie à la sécurité en passant par l’affirmation d’identitaire ethnique, le propos adéquiste tire l’essentiel de son effet du contenant, de l’emballage. Comment peut-on être contre les familles? Pour la lourde bureaucratie? À la fois contre la santé et excité à l’idée de payer beaucoup d’impôts? C’est ainsi que le discours adéquiste prend de la force dans le slogan, dans la vente. Alliant la thérapie du défoulement propre au lynchage public à la promotion implicite de la certitude que «ça ne peut pas être pire», Mario Dumont a su bâtir l’illusion du changement facile sur le terrain de la complexité politique et sociale. Faisant du discours politique l’écho du «gros bon sens», la force du député de Rivière-du-Loup réside dans sa capacité à placer les mots au-delà des choses, l’image de l’action dominant le politically correct de la faisabilité empirique.

Lors de son discours dans la soirée du 26 mars, le chef de l’opposition annonçait victorieusement que le Québec venait d’entrer dans l’ère politique de ce début de XXIe siècle. Les acrobaties conceptuelles dont le leader s’est montré le maître dans le cadre de cette campagne électorale se présentent en effet comme version québécoise d’une certaine «sensationnalisation» du discours politique. La simplification pragmatique pour laquelle il a  montré de belles habiletés électorales peut en ce sens certainement être perçue comme le signe d’une certaine parenté rhétorique avec Stephen Harper, George W. Bush ou encore Nicolas Sarkozy. Reste maintenant à laisser une chance au coureur.





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