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Le Premier ministre britannique Tony Blair a remanié en profondeur dès vendredi matin son gouvernement, sans attendre les résultats définitifs d'élections locales qui ont été calamiteuses pour sa majorité.
Le Premier ministre anglais, Tony Blair. Photo de Carl De Souza (AFP/Getty Images) |
Le ministre de l'Intérieur Charles Clarke, évincé, a été la principale victime de la manoeuvre éclair du Premier ministre pour reprendre la main. Sur 175 des 176 collectivités locales dans lesquelles on a voté, les conservateurs de David Cameron ont remporté 309 sièges supplémentaires, tandis que le Labour, déjà battu aux scrutins locaux de 2002 et 2004, a perdu 308 nouveaux élus. Le dernier résultat faisait l'objet d'une contestation qui n'était pas résolue vendredi à 22h00 (21h00 GMT). Le British National Party (BNP, extrême droite) n'a pas réussi la percée attendue, même s'il gagne 27 sièges. En pourcentage, les conservateurs ont recueilli 40% des voix, devant les libéraux-démocrates (27%) et le Labour (26%). La défaite de la majorité travailliste est plus large que dans les pires prévisions faites par la presse en début de semaine, tout comme l'embellie des conservateurs est au-delà de ce qu'attendait publiquement David Cameron, le nouveau dirigeant de la première formation de l'opposition. Exit donc M. Clarke, empêtré depuis deux semaines dans la controverse sur le sort de 1.023 ex-détenus étrangers qui n'avaient pas été expulsés comme prévu après avoir purgé leur peine. Ils ont été oubliés par l'administration pénitentiaire et se sont évanouis dans la nature. Charles Clarke a refusé les offres d'autres départements ministériels et regagné les bancs des Communes. Il est remplacé par le ministre sortant de la Défense John Reid, crédité d'une bonne tenue de son ministère. Jack Straw a quitté de son côté le ministère des Affaires étrangères qu'il détenait depuis 2001, mais sa nouvelle fonction de ministre des relations avec les Communes est stratégique: c'est de lui que dépendra la poursuite harmonieuse du programme de réformes de la législature. Cette nomination est, en elle-même, une indication qu'il n'y aura pas de pause dans les réformes. Une femme, Margaret Beckett, occupera pour la première fois le Foreign Office. Mme Beckett, 63 ans, ancien ministre de l'Environnement, arrive auréolée de la réussite du sommet de Montréal sur le changement climatique. Tony Blair lui a adjoint un poids lourd du Labour, l'ancien ministre de la Défense Geoff Hoon, pour s'occuper des Affaires européennes. Le chef du gouvernement a aussi promu des jeunes, les anciens secrétaires d'Etat David Milliband et Douglas Alexander, tous deux âgés de moins de 40 ans, qui deviennent respectivement ministre de l'Environnement et ministre des Transports. Le vice-Premier ministre John Prescott, ridiculisé par sa liaison très médiatisée avec sa secrétaire, reste à son poste, mais celui-ci est vidé de toute substance. C'est une autre trentenaire, l'ancienne ministre de l'Education Ruth Kelly, qui reçoit les attributions de M. Prescott aux Collectivités locales et à la Fonction publique. M. Blair espère que ce remaniement soudain, et son ampleur, escamoteront dans les médias et l'opinion l'importance du revers électoral subi par le Labour. Ce n'est pas l'avis de David Cameron, le véritable vainqueur des élections: « Ce n'est pas d'un remaniement dont le pays a besoin », a-t-il dit, « c'est d'un remplacement ». Le succès des conservateurs, a-t-il estimé, « montre qu'une alternative se construit tandis que le gouvernement s'effondre ».
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