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Gao Zhisheng déterminé à se battre pour sa famille Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Gao Lin, La Grande Époque   
15-04-2007

 

Gao  : C’est vraiment douloureux. Si j’ai offensé le PCC en disant la vérité, alors qu’est-ce que ma femme et mes enfants ont fait ? Mes deux pauvres enfants ! Le monde entier devrait savoir ce dont ma famille a été témoin. Mais les critiques cherchent seulement  à savoir qui nous avons trahi. Qui pouvons-nous trahir ?


Hu : C’est triste.


Gao : Je me plains un peu, mais je ne resterai pas amer pour autant.  Nous savons quel genre de personnes nous sommes. Nous sommes clairs sur nos personnalités et nos âmes. Nous devons nous battre pour nous-mêmes, n’est-ce pas ? Nous ne souhaitons pas être coupés de notre spiritualité.
Hu : Nous ne les laisserons pas faire cela.


Gao : Qu’ils m’aient mis en prison ou qu’ils aient plus ou moins fait de même avec ma famille, toute ma famille en a souffert.


Hu : Je comprends. Maître Gao, actuellement, combien de personnes surveillent votre maison ?


Gao : Plus d’une centaine au total.


Hu : Plus d’une centaine ?


Gao: Plus d’une centaine chaque jour, tout autour.


Hu: Vous voulez dire que cela inclut les personnes de votre voisinage également ?


Gao : Oui, oui. Ils installent même des étals pour y vendre des fruits et des légumes. La nuit, il y a encore plus de dix véhicules garés là.


Hu : Je vois, je vois…


Gao : On ne peut jamais comprendre leur façon de penser ni où ils veulent en venir.


Hu : Je vois. Est-il vrai que vous avez été attaché à une chaise pendant une centaine d’heures alors que vous étiez en détention ?


Gao : Un total d’environ 590 heures, en tout cas plus de 580 heures.


Hu : Pendant plusieurs jours d’affilée !


Gao : La durée la plus longue était de 109 heures.


Hu : Sans interruption ?


Gao : Oui.

 
Hu : Je vois, je vois. Il y a une lettre de regret signée par vous, datée du 29 novembre, qui circule, disant que vous voulez vous isoler du monde extérieur.


Gao: Hu Jia, c’est juste un bout de papier. Mais peu de gens, excepté ceux qui se soucient réellement de moi, connaissent les faits réels.


Hu : Je comprends maintenant.


Gao : Cette soi-disant annonce publique en échange de 5 000 yuans (env. 442 euros) pour ma femme et  mes enfants. Cette somme était en fait, à l’origine, mon salaire. Depuis le début, ils avaient mes enfants en ligne de mire, ma femme et les membres de ma famille qui vivent dans ma ville. Mon grand frère a lui aussi été mis en détention pendant quatre mois. Ils veulent ma mort. Ils ont dit qu’ils feront n’importe quoi pour régler mon cas.


Hu : Je vois… Maître Gao, pouvez vous dire au monde quelle est votre état de santé ?


Gao : Oui. Mais je m’inquiète pour la vôtre. En fait, maintenant, vous êtes en train de supporter ma charge. D’autres ne voudraient pas assumer cette pression.


Hu : Ne vous en faîtes pas. Je fais ce que je dois. Je ne pense pas à ce qui pourrait m’arriver, sinon je n’aurais pas pris ce chemin.


Gao : Je vous ai écrit une troisième lettre. Avez-vous du temps pour l’enregistrer ? Vous n’aurez pas le temps de la saisir si je vous la lisais, n’est-ce pas ?


Hu : Vous pouvez me la lire.


Gao : Elle est un petit peu longue.


Hu : S’il vous plaît, lisez-la aussi longtemps que nous restons en ligne.

NOTE : le contenu de cette lettre sera publié dans une prochaine édition.

Hu : Vous avez vraiment beaucoup souffert.


Gao : Je me fiche de ce qui m’est arrivé. Je suis triste pour mes enfants. Pourquoi sont-ils devenus à leur âge la cible de cette persécution ? Le PCC m’a maintenant mis en prison pour détourner l’attention de la communauté internationale. Ils veulent faire croire au monde extérieur qu’ils m’ont libéré.


Hu : Oui. Je le pense aussi. Leur véritable but est de piéger le monde extérieur pour qu’il s’intéresse moins à vous. Les gens vont penser que vous êtes chez vous. C’est ce que la police veut dire par «gagnant-gagnant».


Gao : Qui d’autre est impliqué dans cette situation de «gagnant-gagnant» ? Moi ?


Hu : Je crois bien que non.


Gao : Hu Jia, pensez-vous que ce qui m’arrive est une victoire ?


Hu : Ne soyez pas désespéré. Je pense qu’ils ont dû y réfléchir et décider de ce qui était la meilleure solution pour eux.


Gao : Oui. Depuis le 13 décembre, il m’avait été dit que je risquais une peine de six ans de prison.
Cependant, lors de l’audition du 22 décembre, le procureur a présenté une nouvelle preuve. Ils ont dit que le Bureau de la Sécurité Publique de Pékin avait reçu ma collaboration pour « révéler les crimes commis par Fan Yanfeng, Teng Biao, Qi Zhiyong et les autres. » (d’autres défenseurs des droits sociaux visés par le régime chinois, ndlr). Le fait est qu’ils devaient me libérer, mais pas avant d’avoir sali ma réputation.


Hu : Je vois. Je vois. 


Gao: Maintenant, je ne sais pas quoi dire. Avez-vous le numéro de téléphone de Gao Jie ?


Hu : Je regarde.


Gao : Aujourd’hui je viens de découvrir que je peux passer des coups fils. Mais je ne sais pas quoi dire…


Hu : Je comprends votre situation. Vous êtes très seul. Vos voisins ont déménagé. Et je sais que Gege ne peux plus aller à l’école. Vous devriez engager un précepteur pour l’enseigner à domicile. Mais c’est impossible.


Gao : Un précepteur ne peut pas venir chez moi.


Hu : C’est vrai. Les notes de Gege ne sont pas bonnes. Elle était totalement perturbée, l’année dernière à force de chercher comment faire pour secourir son père, sans parler du traumatisme tant physique que psychologique occasionné par les policiers. Ils l’ont même battue. Elle a été suspendue et jetée au sol. Ses camarades de classe l’ont vue. Quelqu’un me l’a dit au téléphone. C’est trop pour une jeune fille. A ce moment-là, j’étais incarcéré. Ce qui m’a le plus blessé c’est que j’étais impuissant pour empêcher que la police ne maltraite des femmes et des enfants.


Gao : Hu Jia, si nous continuons à vivre en Chine… ils pourraient bien un jour nous  assassiner.


Hu : Que peut-on faire ? Puisque beaucoup de mes amis sont injustement mis en prison, je me prépare à cette éventualité à chaque instant.


Gao : Je pense que je dois me préparer à une nouvelle mise en détention. J’ai été condamné. Je suis prêt psychologiquement. Je sais que j’aurais encore plus de problèmes à l’avenir. Parce qu’ils ont dit que si je contactais le monde extérieur, ils… (silence) ...mais je cherche à entrer en contact avec le monde extérieur tous les jours.


Hu : Je vois... je vois... Je sais. Mais dans l’immédiat, je n’ai pas leur numéro de téléphone sous la main. Mais j’essayerai de les appeler. Je ne suis pas sûr de les avoir au bout du fil dans les heures qui suivent. Je dirai au monde ce que j’ai entendu aujourd’hui et ferai en sorte que tout le monde sache quelle est votre véritable situation.


Gao : Le plus tôt sera le mieux. Merci. Au revoir.


Hu : Je sais... Au revoir, merci.

Propos recueillis par Gao Lin
 





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