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Les Afghans oubliés Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
20-04-2007

 

 

 

Huit morts de plus se sont ajoutés à la liste des Canadiens tués en Afghanistan depuis le déploiement des troupes en 2002. La population, des personnalités publiques ainsi que plusieurs élus sont ainsi poussés à se questionner sur la pertinence de la participation des forces canadiennes dans ce conflit. D’autant plus qu’au mois d’août prochain, ce sont nos «p’tits gars» de Valcartier qui prendront le relais à Kandahar dans le sud du pays, où il y a affrontement quotidien entre les forces de l’OTAN et les talibans. 

Un soldat canadien prend une pause de repos
Un soldat canadien prend une pause dans une position fortifiée du district de Panjwayi, province de Kandahar, Afghanistan. (John D. McHugh/AFP/Getty Images)
 

Objectifs de la mission
D’un point de vue strictement militaire et de politique étrangère, l’Afghanistan est une bonne façon pour le Canada de redorer son blason sur la scène internationale, car depuis plusieurs années, sa réputation de «Casque bleu» s’essouffle. En outre, c’est également un moyen d’assumer ses responsabilités face aux alliés de l’OTAN. Ce qui n’a pas toujours été le cas pour le Canada qui ne rencontre pas les exigences minimales de contingent disponible pour une éventuelle mission impliquant l’organisation. En d’autres mots, nous voulons être protégés par nos alliés sans que nous soyons obligés d’offrir le même service en retour.

Mis à part le crédit politique, un des principaux objectifs d’Ottawa dans son intervention militaire est de stabiliser la situation en Afghanistan pour enrayer les facteurs entraînant le terrorisme international. Cependant, il semblerait qu’Ottawa et ses alliés de l’OTAN aient oublié que la stabilité de l’Afghanistan ne passe pas seulement par Kaboul mais, d’abord et avant tout, par les Afghans.

Les Afghans oubliés
Le Canada a contribué avec succès au bon déroulement de la tenue d’élections démocratiques à Kaboul en 2003. Pourtant, l’effet de ces élections est contesté par certains observateurs. «L’OTAN se félicite de la tenue d’élections nationales, mais dans les faits, celles-ci n’ont aucune signification pour les Afghans dans des endroits comme Kandahar», peut-on lire dans le rapport du Comité sénatorial permanent de la défense et de la sécurité publié en février 2007. Les Afghans «ne se reconnaissent pas dans leurs propres dirigeants politiques», écrit Marc-André Boivin, expert en matière d’opérations de paix, dans un article publié dans Le Devoir du 6 septembre 2006.

Le cynisme est encore plus grand lorsque l’on constate que les seigneurs de la guerre, les moudjahidines, se sont assurés un rôle central dans le gouvernement de Kaboul, ayant fortement contribué à l’éviction des talibans en 2001. Or, ce sont justement ces moudjahidines qui sont à l’origine du climat d’instabilité qui a permis l’ascension des talibans au pouvoir.

De plus, les conditions de vie des Afghans sont très difficiles (13 % de la population a accès à de l’eau potable, l’espérance de vie est de 44 ans, problème d’analphabétisme, de toxicomanie, etc.). Or, sans l’appui de la population afghane, aucune amélioration durable et profonde ne peut être espérée. Si les forces de l’OTAN sont perçues comme une armée d’occupation qui n’améliore en rien les conditions de vie des Afghans, mais qui au contraire génère des conflits armés, la population risque de se rebeller contre celles-ci et contre l’Occident en général.

Le chef des forces de l’OTAN, le général David Richards, estimait en octobre 2006 que si les conditions de vie des Afghans ne s’amélioraient pas dans les six mois, 70 % d’entre eux basculeront dans la partie adverse pour soutenir les talibans. «On est en train de fabriquer des terroristes à grande échelle en agissant comme une armée d’occupation», croit Samir Saul, professeur à l’Université de Montréal et spécialiste du monde arabe cité dans un article du Devoir du 5 septembre 2006.

Cela dit, de 2001 à mars 2006, l’effort militaire canadien a été d’environ 900 fois plus élevé que l’aide à la reconstruction et au développement en Afghanistan.

Pas assez de ressources déployées
Mis à part cette disproportion, plusieurs observateurs estiment qu’il n’y a tout simplement pas assez de ressources utilisées pour atteindre les objectifs de la mission en Afghanistan. «Le contingent actuel de l’OTAN ne compte pas suffisamment d’effectifs pour lutter pied à pied avec les talibans, défendre les projets de développement et en même temps entraîner les soldats et les chefs afghans», peut-on lire dans le rapport du Comité sénatorial. Dans un article publié dans La Presse du 5 février dernier, Marc-André Boivin rappelle que 60 000 soldats étaient déployés en Bosnie en 2007 alors qu’il y en a seulement 40 000 en Afghanistan, les effectifs américains et de l’OTAN confondus. «Pour un pays plusieurs fois plus grand que la Bosnie, ça donne bien peu de soldats au kilomètre carré», relève l’expert.







 
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