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C’est encore plus vrai du côté de l’aide humanitaire. «Entre 2002 et
2006, les Afghans ont bénéficié de l’équivalent de 60 $ d’aide par
personne alors qu’entre 1996 et 1999, les Bosniaques ont reçu près de
350 $ par personne», précise M. Boivin.
Le rapport du Comité sénatorial propose à ce sujet que le Canada
«reconsidère son engagement si l’OTAN ne met pas en place d’ici douze
mois une force de stabilisation sensiblement plus nombreuse et
pleinement engagée».
Pas seulement un problème de terrorisme
La problématique de l’Afghanistan semble beaucoup plus complexe que ne
l’avait imaginé la coalition internationale. Il apparaît de plus en
plus évident que l’on ne peut résoudre celle-ci seulement en évacuant
les talibans du pouvoir. D’ailleurs, comme le montre l’histoire,
l’Afghanistan était confronté à de sérieux problèmes avant même
l’instauration d’un État intégriste.
«L’Afghanistan affiche à peu près tous les symptômes de ce qu’on
appelle un État en faillite; il s’est retrouvé en phase de
dysfonctionnement à bien des points de vue, ce qui a eu des
conséquences dramatiques», explique M. Boivin au Devoir en novembre 2006.
Dès lors, les solutions nécessitent un investissement durable et
profond. «Lorsqu’il était ambassadeur du Canada en Afghanistan, Chris
Alexander a indiqué aux membres du Comité accueillis dans son salon à
Kaboul qu’il faudrait cinq générations d’efforts pour que les choses
changent en Afghanistan», mentionne le rapport du Comité sénatorial.
«Les premières réformes ne seront pas le genre de succès qui pourrait
facilement justifier notre présence en Afghanistan», font valoir les
auteurs du document.
Bien que mettant en avant les résultats positifs qu’a obtenu Ottawa sur
le terrain, même le gouvernement conservateur avoue dans un rapport la
grande fragilité de ceux-ci. «Est-ce que notre départ mettrait en péril
les progrès accomplis aux chapitres du développement social et
économique, des droits de la personne et de l’éducation? Il est évident
que les efforts canadiens que nous présentons ici constituent une seule
réponse sans équivoque : oui», note le document.
Si l’intention d’aider un autre peuple est louable, ce n’est pas
seulement une perspective d’acquérir du crédit politique qui peut
motiver la participation du Canada dans le conflit en Afghanistan.
Sinon, les moyens utilisés seront trop imparfaits et risquent fort
d’être mal perçus par la population locale qui pourrait devenir un
obstacle à «l’aide» que nous voulons leur apporter pour «améliorer»
leurs conditions de vie. On gaspille ainsi des ressources matérielles
et des vies humaines sans pouvoir atteindre l’objectif. D’ailleurs,
avant d’allonger la mission canadienne en Afghanistan, il serait
pertinent que l’on se questionne pour savoir quels sont nos objectifs
dans cette intervention et si nous avons les moyens nécessaires pour y
parvenir.
Contexte sociopolitique
Dans les années 70, en Afghanistan, des tensions entre des factions
«modernistes/socialistes» et les groupes «ruraux/traditionalistes»
entraînent un coup d’État provoquant la chute du roi en place. Un
général socialiste, considéré comme modéré, prend la tête du pays. Ne
pouvant instaurer la stabilité, il est évacué du pouvoir par des
groupes de gauche qui se succèdent et deviennent de plus en plus
radicaux au gré des putschs.
Dans cette situation, sans oublier que c’est la période de la guerre
froide, les Soviétiques entrent dans le pays, cherchant à élargir la
zone d’influence du bloc de l’Est. Puisque leur dessein est de
centraliser le pouvoir et de moderniser agressivement le pays, s’ensuit
une violente révolte rurale. Les dirigeants régionaux afghans, les moudjahidines ou
«combattants de la guerre sainte» (en fait, des seigneurs de la
guerre), s’opposent violemment à la présence des Soviétiques qui
doivent en bout de ligne quitter le pays.
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