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Les experts militaires croient que le temps est venu de redéfinir l’implication du Canada en Afghanistan et au Moyen-Orient; en réalité, sur ce que certains appellent le mythe du rôle du Canada dans le maintien de la paix.
Professeur en histoire militaire au Collège militaire royal à Kingston, Sean Maloney explique que le refus du gouvernement Harper d’envoyer des troupes à la mission de maintien de la paix de l’ONU au Liban a finalement démontré à la bureaucratie du ministère des Affaires étrangères – une relique de l’ère Trudeau, a-t-il souligné – que la notion du Canada en tant que gardien de la paix n’est plus valide.
Maloney avance que le maintien de la paix, n’étant seulement qu’un aspect de l’histoire de l’institution militaire canadienne, a été élevé par les académiciens et l’élite culturelle du pays à une position dominante.
Il ajoute que le Canada doit savoir qu’au lieu du maintien de la paix, nous sommes davantage engagés dans des «opérations de stabilisation» sous l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) et le NORAD (Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord), et dans des «opérations humanitaires armées» de pair avec d’autres forces de coalition.
«Le Canada joue son rôle international dans plusieurs organisations, et l’ONU ne représente qu’une d’elles», affirme Maloney.
Selon le site Internet de l’ONU, le Canada a actuellement 132 militaires engagés dans les missions des Nations Unies dans le monde, incluant un total de 20 soldats ainsi que des observateurs et des policiers militaires. Le Canada figure maintenant au 51e rang parmi les nations contribuant du personnel militaire aux missions de l’ONU, alors qu’il était parmi les dix premiers pays durant la période de la guerre froide. Tout de même, les Canadiens considèrent que le rôle du Canada devrait être celui du maintien de la paix malgré un changement important dans les politiques étrangères et de défense du pays.
Changer le visage des missions canadiennes
«Nous ne définissons pas les Forces canadiennes en termes de “maintien de la paix” ou de “conciliateur de la paix”», déclare un porte-parole du ministère de la Défense nationale (MDN). Le MDN utilise plutôt le terme «opérations de soutien à la paix», qui est défini largement comme des opérations contribuant à la sécurité et à la paix internationales. Le budget du Canada pour la défense s’élève à 14,8 milliards de dollars pour 2006-2007.
Maloney reconnaît que les médias canadiens et les Affaires étrangères ont aidé à semer la confusion et à dénaturer en grande partie les événements relatifs au maintien de la paix par des militaires du Canada dans le passé, particulièrement depuis les années 90 et depuis l’effondrement de l’Union soviétique.
«Le maintien de la paix, comme outil de guerre froide ou tel que les Canadiens le conçoivent, n’existe pas», ajoute-t-il.
Steven Staples, de l’institut Polaris à Ottawa, est d’accord. Il mentionne que le maintien traditionnel de la paix a sans aucun doute disparu du paysage canadien, mais il croit que le soutien des Canadiens pour les missions des Nations Unies dans le monde demeure grand. «Il n’y a pas de meilleure légitimité à une action militaire qu’un mandat de l’ONU», affirme-t-il, «avoir un béret bleu va encore bien plus loin que cela.»
Staples souligne que le Canada est de plus en plus impliqué dans l’OTAN et les missions menées par les États-Unis, et ce, au détriment de notre sécurité nationale et malgré les sondages démontrant un manque de soutien du public quant à l’alignement sur la politique étrangère américaine.
«Même le SCRS (Service canadien du renseignement de sécurité) a conclu que plus nous nous impliquons militairement dans des endroits comme le Moyen-Orient, plus nous risquons de devenir la cible du terrorisme dans notre propre pays», révèle Staples.
Rester dans la bataille
Scott Taylor, rédacteur et éditeur de Esprit de Corps – un magazine d’Ottawa ayant un regard critique sur l’armée canadienne – déclare qu’il y a encore une autre dimension aux événements relatifs au maintien de la paix dans le passé, qui provoque l’éclatement du mythe du Canada comme gardien de la paix. Taylor, qui a été soldat professionnel, correspondant de guerre et auteur de cinq livres à succès sur l’armée canadienne, ne croit pas à la position «on ne bat pas en retraite» du premier ministre Stephen Harper sur l’Afghanistan.
«Nous avons plus une réputation de battre en retraite que de rester dans la bataille», juge Taylor.
Il cite la Bosnie, le Kosovo, le Timor-Est, Chypre et d’autres endroits en exemple. Taylor explique qu’il y a eu un énorme changement dans la politique de la défense concernant la mission d’une seule nation en Afghanistan, mais cela a été fait très doucement, alors le public canadien pense encore que nous sommes des gardiens de la paix. D’autres nations industrialisées ont abandonné en grande partie le maintien de la paix des Nations Unies également.
Le consensus général parmi les experts militaires semble être de demander un soutien inconditionnel pour nos troupes plutôt que de discuter des complexités d’un engagement militaire du Canada à l’échelle mondiale.
«Je soutiens les troupes en questionnant pourquoi nos soldats meurent afin de pouvoir justifier leur sacrifice à leur famille», ajoute Taylor.
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