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Un survivant de Guernica, 70 ans après Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
26-04-2007

 

 

 

 

 

 

 

«Il y avait des cadavres partout»

GUERNICA (Espagne) – «Je ne pensais qu'à une seule chose : m'en sortir vivant», se souvient avec émotion, 70 ans après, Luis Iriondo, l'un des survivants du bombardement de la ville basque de Guernica (nord) par les avions allemands de la légion Condor.

Ce lundi 26 avril 1937, jour de marché, «il y a eu le ronflement des avions, puis les explosions et les bouffées de chaleur des bombes incendiaires», se remémore Iriondo. 

Il avait quatorze ans à l'époque, et Guernica n'était qu'une grosse bourgade de 6000 habitants, dans les vertes collines de la côte basque.

Pedro Balino, survivant du bombardement de Guernica,
Pedro Balino, survivant du bombardement de Guernica, montre une vieille photo de la ville après les attaques de 1937 par l’aviation allemande. (Ander Arrizurieta/AFP)
 

Iriondo montre ce qu'il reste de l'abri dans lequel il s'était réfugié, sur une place du centre de la cité qui est devenue une petite ville de 15 000 habitants et affirme : «Ce fut un acte terroriste.»

«En terrorisant la population civile, ils [les Franquistes] voulaient accélérer la reddition de l'armée basque», explique-t-il, à quelques jours du 70e anniversaire qui sera marqué, le 26 avril, par plusieurs cérémonies, notamment une déclaration de paix lue par des représentants des deux villes bombardées, Hiroshima et Dresde.

Durant le bombardement, «j'ai essayé de prier, mais c'était impossible avec la tension permanente, l'attente pour savoir où allait tomber la bombe suivante».

«On disait qu'ils allaient détruire le pont, et ils ont massacré la population civile, sans défense, et laissé le pont debout», raconte, avec indignation, Pedro Balino. De même l'aviation allemande n'a pas touché aux usines, notamment une fabrique d'armement, raconte cet autre survivant à l'AFP.

Durant trois heures, entre 16 h 30 et 19 h 30, les bombardiers de la légion Condor, envoyés par Hitler pour aider les troupes du général Franco contre les Républicains durant la Guerre civile espagnole (1936-1939), ensevelirent le bourg sous 31 tonnes de bombes, dont une bonne part d'engins incendiaires.

«Ils volaient tellement bas qu'on pouvait voir le visage des pilotes», relate Balino, un adolescent de seize ans à l'époque. La mer, à neuf km de là, était la porte d'entrée pour les avions allemands. Les appareils remontaient ensuite l'estuaire jusqu'à Guernica, par ondes successives.

Balino se rendait, avec un ami, sur les collines entourant la cité, lorsqu'ils ont entendu les cloches sonner, signal d'une prochaine attaque. Puis, «les avions se sont mis à bombarder et à mitrailler les gens dans la rue».

Après le raid, Guernica n'était qu'un immense brasier. «Guernica brûlait de tous côtés. Beaucoup de bombes n'avaient pas explosé à l'impact. Elles le faisaient après, sous l'effet de la chaleur. Des heures durant, on entendait les détonations, boum! boum! comme si le bombardement continuait.»
 
Racontant cela, Balino montre des photos anciennes. On n'y voit que des ruines calcinées.

Après les bombardements, Iriondo est sorti de son abri. Il s'est mis à la recherche de sa mère qu'il n'a retrouvée qu'à la nuit tombée, après avoir erré entre les morts et les blessés.

«Je suis passé par un endroit où un ami, la veille, m'avait dit qu'il se cacherait en cas de bombardement. C'était un petit vallon. Il y avait des cadavres partout. C'est là que mon ami est mort», raconte-t-il.

Ce lundi 26 avril 1937, à Guernica, ne fut pas le bombardement le plus meurtrier de l'histoire – quelques centaines de morts, selon les historiens – mais le premier cas de «guerre totale» dirigée contre des civils, tactique ensuite largement utilisée durant la Seconde Guerre mondiale.

 





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