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Accueil arrow Humanitaire arrow Nigeria : Les autorités intensifient la lutte contre la contrefaçon de médicaments
Nigeria : Les autorités intensifient la lutte contre la contrefaçon de médicaments Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Irin News   
25-04-2007

 

 

Le mois dernier, des agents de la National Agency for Food and Drug Administration and Control (NAFDAC), l’organisme nigérian en charge de la lutte contre les faux médicaments, ont fait une descente dans le marché de Bridge Head, à Onitsha, une localité du sud-est du pays, pour traquer les revendeurs de médicaments contrefaits.

Pendant que les équipes des agents de la NAFDAC visitaient les magasins, à la recherche de médicaments contrefaits ou de mauvaise qualité, tous les accès au marché étaient gardés par des soldats et policiers armés.

Des boîtes de faux médicaments sont déchargées pour être détruites
Des boîtes de faux médicaments sont déchargées pour être détruites, en 2001, à Lagos, au Nigeria. Six ans plus tard, le trafic de faux médicaments existe toujours dans certains marchés du pays. (Pius Utomi Ekpei/AFP/Getty Images)


Pour la NAFDAC, ce marché, un labyrinthe de petites boutiques et de ruelles, est le cœur du trafic de faux médicaments au Nigeria.

Le 6 mars dernier, la NAFDAC a fait fermer le marché avec l’aide de centaines de soldats et de policiers. Cette décision est l’une des plus sévères jamais prises par cet organisme dans la lutte contre le commerce mortel, mais très florissant, des faux médicaments au Nigeria, a déclaré Dora Akunyili, 52 ans, professeur de pharmacie et directrice de la NAFDAC.

Le siège a duré quatre semaines pendant lesquelles plus de 80 camions chargés de médicaments contrefaits ont été saisis, ont affirmé des responsables de l’organisme.

«Le marché d’Onitsha est l’endroit où s’écoulent la plupart des faux médicaments au Nigeria», a dit Mme Akunyili à IRIN. «Si ce marché n’existait pas, il y aurait moins de 5 % de médicaments contrefaits» mis en vente.

Actuellement, la moyenne nationale se situe à 15 %, alors qu’à Onitsha, une ville de plus d’un million d’habitants, on enregistre une moyenne de 30 %, a-t-elle poursuivi, en citant une étude menée conjointement par la NAFDAC et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Un trafic nuisible à la santé

Les Nations Unies, qui célébraient le 7 avril dernier la Journée mondiale de la santé, ont choisi cette année le thème de la sécurité sanitaire internationale pour exhorter les gouvernements, les organisations et les entreprises à investir dans la santé.

Selon l’OMS, le commerce des médicaments contrefaits est un problème qui prend de plus en plus d’ampleur dans le monde, notamment dans les pays en développement, et qui fait des milliers de morts chaque année.

Ainsi, l’incidence de ce commerce va de 1 %, dans les pays développés, à plus de 10 % dans les régions pauvres du monde, la prévalence étant plus forte dans les pays où le contrôle réglementaire est faible.

Toutefois, l’organisation note que dans de nombreux pays africains, ainsi que dans certaines régions d’Asie et d’Amérique latine, 30 % des médicaments mis en vente sont des médicaments contrefaits.

Mme Akunyili a rappelé que lorsqu’elle a été nommée à la tête de la NAFDAC par le président nigérian, Olusegun Obasanjo, près de 68 % des médicaments mis en vente au Nigeria étaient des médicaments non enregistrés, et plus de 41 % étaient contrefaits ou de qualité inférieure.

En s’attaquant à ce problème, elle a été confrontée à de sérieuses difficultés, inhérentes au marché chaotique des médicaments, et au cartel criminel très organisé des faussaires.

Un réseau bien implanté

La distribution de produits pharmaceutiques au Nigeria s’est développée dans le cadre d’un système de marché contrôlé par des commerçants du marché traditionnel.

Bien que ces commerçants n’aient aucune formation en matière de distribution et de stockage de médicaments, les grandes sociétés pharmaceutiques ont été amenées à se servir d’eux comme canaux de distribution en raison de leur efficacité, a déclaré Mme Akunyili.

«Ils ont un système de distribution fantastique, capable d’écouler en l’espace de trois jours n’importe quel médicament partout dans le pays», a fait remarquer Mme Akunyili.

Le commerce des faux médicaments utilise le même système de distribution pour ses produits, a-t-elle affirmé.

La NAFDAC a découvert en Inde, au Pakistan et en Chine les sources à partir desquelles les faussaires nigérians s’approvisionnent en médicaments. La chaîne de distribution couvre une bonne partie de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale.

Dans le passé, les autorités ghanéennes avaient interdit les importations de médicaments du Nigeria parce qu’elles craignaient que les médicaments provenant d’États voisins ne répondent pas aux normes.

Sous la houlette de Mme Akunyili, la NAFDAC a lancé, en 2002, un programme d’enregistrement et de certification de tous les médicaments en vente au Nigeria. Cette initiative a abouti à la fermeture de grands marchés de produits pharmaceutiques dans les villes d’Aba (sud) et de Kano (nord), et l’efficacité de cette mesure a amené d’autres marchés, dont celui d’Onitsha, à se conformer à la réglementation.

La campagne s’est soldée par plusieurs condamnations prononcées à l’encontre de faussaires et a permis la destruction de médicaments de mauvaise qualité d’un montant supérieur à 60 millions de dollars US, selon la NAFDAC.

La riposte des trafiquants

Le succès de cette campagne a également déclenché des vagues de représailles de la part de puissants réseaux de trafiquants qui contrôlent ce commerce illicite.

Plusieurs bureaux de la NAFDAC dans le pays ont été incendiés et saccagés, y compris le siège administratif et le laboratoire situés à Lagos, la capitale économique.

Mme Akunyili a elle-même échappé de peu à un attentat en 2003, lorsque des inconnus ont ouvert le feu sur son véhicule et qu’une balle lui est passée très près de la tête.

Peu de temps après, plusieurs faussaires présumés d’Onitsha ont été arrêtés par la police et accusés d’être les auteurs de cette tentative d’assassinat. Au bout de deux années de détention, ils ont été libérés à la faveur de détails techniques juridiques, ce qui a eu pour effet d’enhardir les faussaires, ont affirmé les responsables de la NAFDAC.



 
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