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Accueil arrow L'actualité arrow Canada - Quebec arrow Le Canada n’est pas à l’abri du commerce d’êtres humains
Le Canada n’est pas à l’abri du commerce d’êtres humains Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Joan Delaney, La Grande Époque   
17-08-2006

 

 

 

 

Viola avait treize ans lorsqu’elle a quitté l’Albanie pour l’Italie avec son copain de 21 ans.

Il lui avait dit que ses cousins habitant là-bas les aideraient à trouver du travail.

Il l’a aussi demandée en mariage.

affiche sur le problème de la traite des personnes.
Une affiche du ministère de la Justice attire l’attention sur le problème de la traite des personnes. photo : Gouvernement du Canada
 

Mais après leur arrivée, le copain a enfermé Viola dans une chambre d’hôtel et a disparu, laissant la jeune adolescente à la merci des trafiquants à qui elle avait été vendue. Pendant sept jours, Viola a été battue et violée à répétition par un groupe d’hommes. Elle a été ensuite revendue et on l’a avertie que si elle ne se prostituait pas, sa mère et sa sœur en Albanie seraient violées et battues. C’est seulement après que la police eut effectué une descente dans le bordel où elle se trouvait qu’elle a pu échapper à ses ravisseurs. Elle a été déportée vers l’Albanie.

Comme l’esclavage est en principe banni internationalement depuis plusieurs années, on croit habituellement que c’est une chose du passé. Mais le commerce d’êtres humains, ou l’esclavage moderne, est une industrie mondiale de milliards de dollars comparable au commerce illégal d’armes et de drogues.
L’expérience de Viola pourrait survenir dans n’importe quel pays, même au Canada.

Le gouvernement américain, qui joue un rôle d’avant-plan dans la lutte contre la traite des personnes autant sur son territoire qu’à l’étranger, estime qu’il y a entre 600 000 et 800 000 hommes, femmes et enfants qui sont monnayés au-delà des frontières internationales chaque année, ce qui n’inclut pas le commerce interne. De ce nombre, 80 % sont de sexe féminin et 50 % sont des enfants.

En raison de facteurs tels l’extrême pauvreté et une éducation déficiente, les groupes sociaux les plus vulnérables deviennent des proies faciles pour les trafiquants qui enlèvent, arnaquent ou forcent leurs victimes à la prostitution, au travail forcé ou encore à la servitude domestique. Les enfants sont vendus en tant que travailleurs, soldats ou pour être exploités sexuellement. Des enfants asiatiques, privés de nourriture pour qu’ils pèsent moins de 50 livres, sont souvent expédiés au Moyen-Orient où ils sont utilisés comme jockeys dans les courses de chameaux. Les femmes d’Asie de l’Est et du Sud-Est sont aussi acheminées par milliers en Amérique du Nord en tant qu’esclaves sexuelles, tout comme les femmes d’Europe de l’Est, d’Amérique du Sud et de d’autres endroits.

«Les êtres humains sont seulement un autre produit que les trafiquants exploitent», indique Shuvaloy Majumdar, directeur exécutif de l’organisation non gouvernementale (ONG) de Calgary, The Future Group. «Pour eux, les êtres humains sont un produit très lucratif, car à l’opposé des drogues ou des fusils – dont la valeur est diminuée après un premier usage – les gens peuvent être revendus.»

M. Majumdar affirme que les réseaux de crime organisé impliqués dans le commerce illégal des armes, des drogues et des diamants sont aussi souvent impliqués dans la traite des personnes. On dénote les cartels latino-américains, les yakuza japonais, les mafias coréennes, russes et israéliennes et différents gangs africains. Une victime d’un trafic ayant commencé au Viêt-nam pourrait être vendue au Cambodge, ensuite en Chine, puis vers le Moyen-Orient, et finalement arriver dans n’importe quelle grande ville canadienne ou américaine.

Selon M. Majumdar, il y a des preuves que des profits du commerce d’êtres humains aident à financer des activités terroristes. Un groupe dénommé Jemaah Islaamiyah, qui se présente comme la branche d’Asie du Sud-Est d’Al-Qaïda, s’est fait prendre à vendre des femmes dans la région. Cette industrie illicite est aussi connue comme étant un facteur exacerbant la propagation du SIDA.

John Miller, directeur du Bureau pour surveiller et combattre la traite des personnes au Département d’État américain, précise que Washington a investi plus de 96 millions $ dans des programmes pour contrer le trafic outre-mer et qu’il est déterminé à travailler directement avec les gouvernements et ONG dans le monde pour mettre un terme à l’esclavage et pour réhabiliter les victimes. Comme résultat, 40 pays ont passé des lois exhaustives sur la traite des personnes et cela a mené à une augmentation d’arrestations de trafiquants.

«Nous voulons y mettre un terme aux États-Unis et prendre les devants pour y mettre fin où nous pouvons dans le monde», spécifie M. Miller. «Nous avons souffert des plaies de l’esclavage dans ce pays et je crois que cela nous rend plus sensibles au problème.»

Chaque année, il est estimé que 20 000 à 40 000 personnes sont assujetties au trafic pour entrer aux États-Unis, dont plus de 1500 passent par le Canada, selon un rapport produit par la Gendarmerie royale du Canada en 2004. Ce rapport estime aussi que 600 à 800 personnes sont vendues au Canada annuellement, la plupart pour être exploitées sexuellement. Plusieurs de ces victimes sont des femmes qui aboutissent dans les grands centres cosmopolites comme Vancouver et Toronto, où des agences d’escortes ou de massage annoncent librement ces filles étrangères.

Malgré que la nature de ce commerce soit ouverte d’une manière surprenante, seulement une personne a été accusée pour la traite des personnes au Canada. Michael Ng, présentement en procès à Vancouver, pourrait être condamné à la prison à vie et à un million de dollars en amende pour avoir trompé des femmes en Chine en leur promettant des emplois de serveuses, les forçant par la suite à travailler dans des salons de massage et à accomplir des actes sexuels.

La Grande-Bretagne a récemment augmenté ses efforts contre la traite des personnes quand elle a découvert que des «encans d’esclaves» avaient lieu dans les salles d’arrivée et les cafés des aéroports du pays. Comme autre tactique, pour réduire la demande, une campagne a été lancée pour éduquer les hommes aux réalités de la prostitution.

M. Miller indique qu’une approche similaire est utilisée en Californie, où les hommes qui ont été arrêtés pour avoir acheté des services sexuels doivent aller à une école où ils rencontrent des victimes du trafic d’êtres humains. Dans l’espoir qu’ils comprennent éventuellement qu’ils ne participaient pas à un crime sans victime.

«Le Congrès et le président ont décidé que si vous voulez combattre le trafic en personne, vous ne pouvez pas seulement vous attarder à la prostitution et à la protection des victimes.
Vous devez aussi considérer ce qui crée la demande, poursuivre les acheteurs et arrêter le côté demande de l’affaire», explique M. Miller.

Plusieurs groupes de femmes et d’ONG sont inquiets au sujet des récents efforts pour légaliser la prostitution au Canada, ce qui selon eux contribuerait au commerce des personnes et au tourisme sexuel. Daisy Kler, une employée au refuge pour femmes victimes de viol à Vancouver, souligne qu’alors que certains pensent que la légalisation protègerait les travailleuses du sexe, c’est le contraire qui est vrai.

«Nous croyons que c’est une erreur grave. Nous ne voyons pas ça comme une stratégie pour réduire le tort, mais pour l’amplifier.»

Mme Kler suspecte que les récents efforts de certains politiciens de Colombie-Britannique pour légaliser la prostitution pourraient être reliés aux Olympiques de 2010. La décision de l’Allemagne de fournir des «boîtes de performance» devant être utilisées pour le commerce sexuel durant la Coupe du monde cet été a choqué les groupes internationaux luttant contre le trafic d’humains.

Depuis que la prostitution a été légalisée en Allemagne, le pays est devenu une destination pour la traite des femmes provenant de l’Europe de l’Est.

«Chaque fois que vous avez un mégaprojet touristique comme les Olympiques ou une Expo, il y a une demande pour des prostituées», révèle Daisy Kler. «Nous voyons vraiment un lien entre l’augmentation de la prostitution et les mégaprojets comme les Olympiques, c’est indéniable.»

Dans le passé, le Canada détenait habituellement les victimes de trafic sans leur accorder de soins médicaux. Comme la plupart des femmes cédées se sont fait enlever leurs documents légaux par leurs trafiquants, la plupart des pays les déportent. Une des victimes de Michael Ng, par exemple, a témoigné contre lui qu’elle avait peur d’aller voir la police avec son histoire de prostitution forcée, car elle croyait qu’elle serait jetée en prison. Elle avait peut-être raison. La femme, venue au Canada de Chine, espérait trouver du travail comme serveuse, mais n’avait pas de passeport ni de carte d’identification.

Depuis que Future Group a publié un rapport accablant sur le traitement des victimes de trafic par le Canada plus tôt cette année, le ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, Monte Solberg, a annoncé de nouvelles mesures en mai dernier pour aider les victimes de trafic, incluant l’émission de permis temporaires de résidence allant jusqu’à 120 jours, et permettre aux victimes de recevoir des soins de santé.

Le problème de la traite des personnes au Canada a été exacerbé par l’infâme «programme de danseuses exotiques» de l’ancien gouvernement libéral, qui octroyait des visas aux danseuses nues de l’étranger pour combler la demande au Canada. Même si le programme ne devait donner que des visas aux femmes qui étaient des professionnelles dans leur pays, il y a eu des cas d’asservissement à travailler comme danseuses exotiques au Canada.

Selon M. Majumbar, le programme de visas pour danseuses exotiques a été jeté aux poubelles. Il dit être encouragé par la volonté apparente du gouvernement conservateur de prendre au sérieux le problème de la traite des personnes.

«Nous savons, comme le ministre, que beaucoup de travail reste à accomplir. Nous espérons que nous pourrons travailler ensemble pour amener à un standard les portfolios de la Justice, des Affaires étrangères et de la Citoyenneté et de l’Immigration», dit M. Majumdar.

 

 






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