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Mais après leur arrivée, le copain a
enfermé Viola dans une chambre d’hôtel et a disparu, laissant la jeune
adolescente à la merci des trafiquants à qui elle avait été vendue.
Pendant sept jours, Viola a été battue et violée à répétition par un
groupe d’hommes. Elle a été ensuite revendue et on l’a avertie que si
elle ne se prostituait pas, sa mère et sa sœur en Albanie seraient
violées et battues. C’est seulement après que la police eut effectué
une descente dans le bordel où elle se trouvait qu’elle a pu échapper à
ses ravisseurs. Elle a été déportée vers l’Albanie.
Comme
l’esclavage est en principe banni internationalement depuis plusieurs
années, on croit habituellement que c’est une chose du passé. Mais le
commerce d’êtres humains, ou l’esclavage moderne, est une industrie
mondiale de milliards de dollars comparable au commerce illégal d’armes
et de drogues.
L’expérience de Viola pourrait survenir dans n’importe quel pays, même au Canada.
Le
gouvernement américain, qui joue un rôle d’avant-plan dans la lutte
contre la traite des personnes autant sur son territoire qu’à
l’étranger, estime qu’il y a entre 600 000 et 800 000 hommes, femmes et
enfants qui sont monnayés au-delà des frontières internationales chaque
année, ce qui n’inclut pas le commerce interne. De ce nombre, 80 % sont
de sexe féminin et 50 % sont des enfants.
En raison de facteurs
tels l’extrême pauvreté et une éducation déficiente, les groupes
sociaux les plus vulnérables deviennent des proies faciles pour les
trafiquants qui enlèvent, arnaquent ou forcent leurs victimes à la
prostitution, au travail forcé ou encore à la servitude domestique. Les
enfants sont vendus en tant que travailleurs, soldats ou pour être
exploités sexuellement. Des enfants asiatiques, privés de nourriture
pour qu’ils pèsent moins de 50 livres, sont souvent expédiés au
Moyen-Orient où ils sont utilisés comme jockeys dans les courses de
chameaux. Les femmes d’Asie de l’Est et du Sud-Est sont aussi
acheminées par milliers en Amérique du Nord en tant qu’esclaves
sexuelles, tout comme les femmes d’Europe de l’Est, d’Amérique du Sud
et de d’autres endroits.
«Les êtres humains sont seulement un
autre produit que les trafiquants exploitent», indique Shuvaloy
Majumdar, directeur exécutif de l’organisation non gouvernementale
(ONG) de Calgary, The Future Group. «Pour eux, les êtres humains sont
un produit très lucratif, car à l’opposé des drogues ou des fusils –
dont la valeur est diminuée après un premier usage – les gens peuvent
être revendus.»
M. Majumdar affirme que les réseaux de crime
organisé impliqués dans le commerce illégal des armes, des drogues et
des diamants sont aussi souvent impliqués dans la traite des personnes.
On dénote les cartels latino-américains, les yakuza japonais, les
mafias coréennes, russes et israéliennes et différents gangs africains.
Une victime d’un trafic ayant commencé au Viêt-nam pourrait être vendue
au Cambodge, ensuite en Chine, puis vers le Moyen-Orient, et finalement
arriver dans n’importe quelle grande ville canadienne ou américaine.
Selon
M. Majumdar, il y a des preuves que des profits du commerce d’êtres
humains aident à financer des activités terroristes. Un groupe dénommé
Jemaah Islaamiyah, qui se présente comme la branche d’Asie du Sud-Est
d’Al-Qaïda, s’est fait prendre à vendre des femmes dans la région.
Cette industrie illicite est aussi connue comme étant un facteur
exacerbant la propagation du SIDA.
John Miller, directeur du
Bureau pour surveiller et combattre la traite des personnes au
Département d’État américain, précise que Washington a investi plus de
96 millions $ dans des programmes pour contrer le trafic outre-mer et
qu’il est déterminé à travailler directement avec les gouvernements et
ONG dans le monde pour mettre un terme à l’esclavage et pour
réhabiliter les victimes. Comme résultat, 40 pays ont passé des lois
exhaustives sur la traite des personnes et cela a mené à une
augmentation d’arrestations de trafiquants.
«Nous voulons y
mettre un terme aux États-Unis et prendre les devants pour y mettre fin
où nous pouvons dans le monde», spécifie M. Miller. «Nous avons
souffert des plaies de l’esclavage dans ce pays et je crois que cela
nous rend plus sensibles au problème.»
Chaque année, il est
estimé que 20 000 à 40 000 personnes sont assujetties au trafic pour
entrer aux États-Unis, dont plus de 1500 passent par le Canada, selon
un rapport produit par la Gendarmerie royale du Canada en 2004. Ce
rapport estime aussi que 600 à 800 personnes sont vendues au Canada
annuellement, la plupart pour être exploitées sexuellement. Plusieurs
de ces victimes sont des femmes qui aboutissent dans les grands centres
cosmopolites comme Vancouver et Toronto, où des agences d’escortes ou
de massage annoncent librement ces filles étrangères.
Malgré que
la nature de ce commerce soit ouverte d’une manière surprenante,
seulement une personne a été accusée pour la traite des personnes au
Canada. Michael Ng, présentement en procès à Vancouver, pourrait être
condamné à la prison à vie et à un million de dollars en amende pour
avoir trompé des femmes en Chine en leur promettant des emplois de
serveuses, les forçant par la suite à travailler dans des salons de
massage et à accomplir des actes sexuels.
La Grande-Bretagne a
récemment augmenté ses efforts contre la traite des personnes quand
elle a découvert que des «encans d’esclaves» avaient lieu dans les
salles d’arrivée et les cafés des aéroports du pays. Comme autre
tactique, pour réduire la demande, une campagne a été lancée pour
éduquer les hommes aux réalités de la prostitution.
M. Miller
indique qu’une approche similaire est utilisée en Californie, où les
hommes qui ont été arrêtés pour avoir acheté des services sexuels
doivent aller à une école où ils rencontrent des victimes du trafic
d’êtres humains. Dans l’espoir qu’ils comprennent éventuellement qu’ils
ne participaient pas à un crime sans victime.
«Le Congrès et le
président ont décidé que si vous voulez combattre le trafic en
personne, vous ne pouvez pas seulement vous attarder à la prostitution
et à la protection des victimes.
Vous devez aussi considérer ce
qui crée la demande, poursuivre les acheteurs et arrêter le côté
demande de l’affaire», explique M. Miller.
Plusieurs groupes de
femmes et d’ONG sont inquiets au sujet des récents efforts pour
légaliser la prostitution au Canada, ce qui selon eux contribuerait au
commerce des personnes et au tourisme sexuel. Daisy Kler, une employée
au refuge pour femmes victimes de viol à Vancouver, souligne qu’alors
que certains pensent que la légalisation protègerait les travailleuses
du sexe, c’est le contraire qui est vrai.
«Nous croyons que c’est
une erreur grave. Nous ne voyons pas ça comme une stratégie pour
réduire le tort, mais pour l’amplifier.»
Mme Kler suspecte que
les récents efforts de certains politiciens de Colombie-Britannique
pour légaliser la prostitution pourraient être reliés aux Olympiques de
2010. La décision de l’Allemagne de fournir des «boîtes de performance»
devant être utilisées pour le commerce sexuel durant la Coupe du monde
cet été a choqué les groupes internationaux luttant contre le trafic
d’humains.
Depuis que la prostitution a été légalisée en
Allemagne, le pays est devenu une destination pour la traite des femmes
provenant de l’Europe de l’Est.
«Chaque fois que vous avez un
mégaprojet touristique comme les Olympiques ou une Expo, il y a une
demande pour des prostituées», révèle Daisy Kler. «Nous voyons vraiment
un lien entre l’augmentation de la prostitution et les mégaprojets
comme les Olympiques, c’est indéniable.»
Dans le passé, le Canada
détenait habituellement les victimes de trafic sans leur accorder de
soins médicaux. Comme la plupart des femmes cédées se sont fait enlever
leurs documents légaux par leurs trafiquants, la plupart des pays les
déportent. Une des victimes de Michael Ng, par exemple, a témoigné
contre lui qu’elle avait peur d’aller voir la police avec son histoire
de prostitution forcée, car elle croyait qu’elle serait jetée en
prison. Elle avait peut-être raison. La femme, venue au Canada de
Chine, espérait trouver du travail comme serveuse, mais n’avait pas de
passeport ni de carte d’identification.
Depuis que Future Group a
publié un rapport accablant sur le traitement des victimes de trafic
par le Canada plus tôt cette année, le ministre de la Citoyenneté et de
l’Immigration, Monte Solberg, a annoncé de nouvelles mesures en mai
dernier pour aider les victimes de trafic, incluant l’émission de
permis temporaires de résidence allant jusqu’à 120 jours, et permettre
aux victimes de recevoir des soins de santé.
Le problème de la
traite des personnes au Canada a été exacerbé par l’infâme «programme
de danseuses exotiques» de l’ancien gouvernement libéral, qui octroyait
des visas aux danseuses nues de l’étranger pour combler la demande au
Canada. Même si le programme ne devait donner que des visas aux femmes
qui étaient des professionnelles dans leur pays, il y a eu des cas
d’asservissement à travailler comme danseuses exotiques au Canada.
Selon
M. Majumbar, le programme de visas pour danseuses exotiques a été jeté
aux poubelles. Il dit être encouragé par la volonté apparente du
gouvernement conservateur de prendre au sérieux le problème de la
traite des personnes. «Nous savons, comme le ministre, que beaucoup
de travail reste à accomplir. Nous espérons que nous pourrons
travailler ensemble pour amener à un standard les portfolios de la
Justice, des Affaires étrangères et de la Citoyenneté et de
l’Immigration», dit M. Majumdar.
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