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Une autre approche éthique de l’investissement ?
Le nombre de produits islamiques et d’institutions qui les proposent ne cesse de croître depuis ces trois dernières années. Cette niche spécialisée qui pèse aujourd’hui entre 300 et 500 milliards de dollars, selon les estimations, est devenue une industrie mondiale.
Par rapport à la finance conventionnelle, la finance islamique est «fondée sur le principe que les activités économiques demeurent bénéfiques tant qu’elles sont exercées dans un cadre morale strict», explique Ibrahim Warde, professeur associé à la Flecher School of Law and Diplomacy de Medford (Massachusetts), dans le Monde Diplomatique de Septembre 2001.
Les investisseurs attirés par la finance islamique avancent qu’ils ne se laissent plus guider par le seul appât de gain et qu’ils sont disposés à réduire leurs gains à condition que leur argent soit utilisé à des fins conformes à leurs valeurs. Selon la finance islamique, comme l’explique la lettre du Vernimmen.net d’octobre 2006, «le fondement de la rémunération de l’argent placé est la rentabilité de l’actif ainsi financé et elle seule». Se basant sur le principe de partage des pertes et des profits, l’obligation principale pour une transaction financière est qu’elle doit donc se fonder sur un actif tangible.
Autrement dit, par principe toute forme de financement d’un taux d’intérêt prédéterminé et fixe (Riba , mot arabe signifiant à la fois usure et intérêt), quel qu’il soit est donc prohibé. Selon la finance islamique, la rémunération de l’argent placé devrait être liée à la nature de l’activité financée, plutôt qu’au passage du temps. Par ailleurs, le champ d’investissement ne doit pas être lié à des activités telles que l’alcool, les jeux, l’armement, le tabac…Sur la base du principe que tout achat à crédit est interdit, les fonds islamiques n’investissent pas dans des sociétés dont l’endettement représente plus d’un tiers des fonds propres.
Le marché de la dette est le secteur le plus florissant de la finance islamique. Là se trouvent les Sukuks, les obligations islamiques de dettes souveraines qui sont adossées à des éléments d’actif sans rapporter des intérêts proprement dit mais qui versent au souscripteur un revenu tiré du bien dans lequel son argent a été investi. Le premier emprunteur non islamique à solliciter le marché de Sukuk était l’Etat régional allemand de Saxe-Anhalt qui avait émis pour 100 millions d’euros de ces titres en 2004. Le Japon a déjà annoncé son intention de placer ce type de titres via la Japan Bank for International Cooporation. Le gouvernement britannique a également exprimé son souhait d’encourager le développement de la finance islamique au Royaume-Uni. Le secrétaire au Trésor Ed Balls a confirmé la semaine dernière que l’Etat britannique projetait d’émettre des Sukuks. Selon le Financial Times, ces obligations pourraient êtres lancées dès l'année prochaine. Ce serait une première pour un Etat occidental et mettrait le Royaume-Uni en concurrence avec le Pakistan, la Malaisie ou le Proche Orient (Dubaï, Bahrein) qui concentrent l’essentiel de l’activité de finance islamique.
Pour accompagner l’essor du côté des actions, les grandes places financières internationales ont créé des indices de référence pour suivre la performance des fonds de placement islamiques comme par exemple le Dow Jones Islamic Market Index à New-York ou FTSE Global Islamic Index à Londres.
Néanmoins, la finance islamique, soutenue par ses recettes élevées du pétrole, fait l’objet de nombreuses critiques, certains acteurs l’assimilent à une finance conventionnelle «déguisée». Lors du salon financier Investissima en Mai 2006 à Genève, Tariq Ramadan, philosophe et universitaire suisse, a dénoncé l’hypocrisie de la finance islamique et expliqué que l’appellation ‘finance islamique’ est problématique, car pour lui, c’est tout d’abord de l’éthique qu’il s’agit : les valeurs élevées telles que le sens de l’équité, la redistribution des richesses et l’enrichissement par le seul capital productif, existent dans toutes les traditions humanistes, et devraient insuffler une pensée renouvelée dans notre pratique de la finance.
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