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Crise au Liban : Ottawa s’embourbe Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Marc Gadjro, La Grande Époque   
02-08-2006

Plus qu’un simple enchaînement de «bourdes diplomatiques», la gestion chaotique de la crise libanaise par le gouvernement Harper semble consacrer la rupture du Canada avec sa vocation historique sur la scène internationale. Elle confirme en tout cas, sur le plan intérieur, la fin de l’état de grâce post-électoral pour le premier ministre conservateur.

manifestants a bruxelles, capitale de la Belgique
Cinq mille manifestants ont protesté à Bruxelles, capitale de la Belgique, le 30 juillet 2006. Les personnes d’origine libanaise manifestent partout dans le monde contre le conflit qui menace leurs proches au Liban. Depuis le début de l’attaque de l’État d’Israël, le Canada n’a pas fait preuve de leadership pour préserver les droits de l’homme au Proche-Orient. Photo : Jacques Collet/AFP/Getty Images
 

Les sondages sont sans appel : alors que près d’un Canadien sur deux (48 % selon une étude de la firme Léger Marketing) désapprouvait, le 20 juillet dernier, le soutien inconditionnel apporté par Stephen Harper aux représailles massives qu’Israël mène depuis plus de trois semaines contre le Liban, environ 70 % de l’opinion publique québécoise s’oppose désormais ouvertement à la politique étrangère mise en œuvre par le gouvernement conservateur.

«L’enfer du Liban» vu d’Ottawa
Les deux dernières semaines se sont donc révélées infernales en terme d’image pour l’équipe de Stephen Harper, engluée dans une improvisation à peu près totale. Du ministre Jean-Pierre Blackburn désavoué par son propre gouvernement après avoir publiquement certifié qu’«Israël est l’allié du Canada» aux scènes affligeantes d’une opération d’évacuation canadienne complètement bâclée, qui a laissé sur place 27 000 Canadiens sur les 40 000 inscrits à l’ambassade.

Mais c’est surtout l’abandon de la traditionnelle vocation internationale du Canada qui inquiète. Déjà perceptible ces derniers mois avec la multiplication des dépenses en armement et l’engagement militaire en Afghanistan, la rupture avec la stature internationale du Canada – édifiée depuis l’époque du gouvernement de Lester B. Pearson sur la base d’un engagement en faveur des instances du droit international et de l’action humanitaire – semble bel et bien consommée.

En lieu et place, le premier ministre Harper réaffirme non seulement son soutien aux représailles militaires israéliennes, malgré le pilonnage des positions onusiennes et la mort la semaine dernière d’un casque bleu canadien (le neuvième décès enregistré par le Canada), mais rejette clairement la responsabilité de cette bavure sur le choix par l’ONU de maintenir son poste d’observation à Khiam.

Fermement opposé à l’idée même d’un cessez-le-feu («Ce serait une victoire pour le Hezbollah», proclame le ministre des Affaires étrangères, Peter MacKay), malgré la pression du Conseil de sécurité et les appels d’un nombre croissant d’États, le premier ministre Harper s’est clairement opposé la semaine dernière, au cours d’une conférence de presse à Cambridge en Ontario, à la participation des troupes canadiennes à une force multinationale au Sud-Liban.

Envisagé à Rome au cours de la conférence internationale consacrée à la crise du Proche Orient, l’envoi d’un telle mission d’interposition sous l’égide des Nations Unies semble pourtant être l’unique moyen de neutraliser le pouvoir de nuisance du Hezbollah, au moment où l’offensive israélienne se révèle plus que jamais stérile. Pour Ottawa, ce serait en outre l’occasion de redonner à la diplomatie canadienne l’envergure que plusieurs mois de suivisme pro-américain lui ont fait perdre.

Désamorcer la bombe
Ce serait enfin le moyen de désamorcer les tensions que l’engrenage de ces ratés proches-orientaux a attisées au sein même de l’opinion publique canadienne et notamment au cœur de certaines minorités culturelles dont le poids politique prend un relief renouvelé.

En effet, si les enjeux de politique internationale décident rarement de la survie des gouvernements à Ottawa, cette crise intervient à un moment où, après l’euphorie de leur victoire aux élections fédérales de janvier dernier, les conservateurs ambitionnaient de conforter leur majorité au Parlement grâce à une nouvelle percée au Québec.

Or, après plusieurs accrochages mineurs sur la nature de l’engagement canadien en Afghanistan ou un silence au Québec dans le dossier de Kyoto, les uns et les autres fourbissent leurs armes, bien déterminés à sortir de leur torpeur afin de profiter de l’affaiblissement du gouvernement.

La réunion du Comité des Affaires étrangères prévue le 1er août à Ottawa s’annonce ainsi houleuse et annonce de nouvelles empoignades, notamment sur le thème du déséquilibre fiscal.

Déjà le libéral Jean Charest, chef d’un gouvernement québécois – pourtant particulièrement affable à l’égard des conservateurs ces derniers mois – annonçait ses couleurs le 27 juillet dernier dans une interview accordée à l’hebdomadaire français L’Express, clamant que : «Le gouvernement du Québec n’est pas subordonné à celui d’Ottawa», exigeant par ailleurs que Stephen Harper tienne ses promesses faites au Québec, dès le prochain budget.

Retour sur terre
Pour le premier ministre Harper, c’est donc le terme de six mois de règne relativement paisibles au cours desquels le clan conservateur avait su profiter de l’affaiblissement de leurs adversaires, à peine remis de leurs déconvenues électorales, prolongeant habilement la lune de miel avec un Québec nostalgique de l’époque Mulroney.

Tandis que les rêves de conquête de la Belle Province s’évanouissent désormais dans les brumes d’une politique étrangère douteuse, c’est toute la stratégie visant à renforcer les assises du clan conservateur dans l’optique des futures joutes électorales qui s’en trouve compromise.




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