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En souvenir des invisibles Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Sam Oglesby, Collaboration spéciale   
25-05-2007

 

 

 

Durant la ségrégation, avant les droits civils, le Sud était un drôle d’endroit. En repensant à ces 60 dernières années, je réalise que de nombreuses personnes qui vivaient là étaient quasiment invisibles. Mon enfance a été privée d’amis que je ne pouvais pas voir.

Les Afro-Américains étaient une partie importante de notre communauté de la côte Est en Virginie, mais je ne les voyais que très rarement. À ce moment-là, les écoles étaient séparées, je n’ai donc eu aucun camarade de classe afro-américain. Le dimanche à l’église, je ne voyais aucun enfant noir. 

Sam Oglesby,enfant, et trois petites filles noires.
L’auteur de l’article, Sam Oglesby, a grandi dans le sud des États-Unis pendant la ségrégation, il affirme ne pas avoir eu l’occasion de parler à un Afro-Américain au cours des quinze années qui ont suivi la prise de cette photo. (Sam Oglesby)
 

Un jour, j’ai rencontré des enfants afro-américains de mon âge. C’était un hasard qui dura moins d’une minute, le temps qu’il faut pour cueillir des tomates mûres sur quelques pieds. Durant la haute saison, les gens qui récoltaient les tomates fourmillaient dans le champ près de notre ferme. J’avais pour habitude de les regarder derrière la clôture en fil de fer bordant notre propriété.

Un jour, alors que je me cramponnais à la clôture pour regarder les rangées de travailleurs, trois petites filles noires se sont approchées et ont saisi les fils de la barrière. Pendant quelques secondes, nous nous sommes balancés ensemble sur la clôture dans un jeu improvisé de gamins, riant, tandis que la frêle barrière penchait. Une des filles, qui semblait en âge d’aller à l’école, portait des lunettes avec des montures en fil de fer, m’a pincé et tordu le nez en disant qu’elle voulait se marier avec moi. Ensuite elle est partie, suivant ses parents qui s’engageaient dans une nouvelle rangée de plants de tomates.

Après ce bref instant de flirt improvisé dans un jeu de barrière, je n’ai pas eu l'opportunité de parler à un Afro-Américain jusqu’à ce que j’aille à l’Université pour Blancs en Virginie, quinze ans plus tard. Durant ma deuxième année, un camarade de classe m’a invité à son appartement pour rencontrer une femme afro-américaine avec qui il sortait. Arrivé devant chez lui, j’ai été surpris de voir que toutes les fenêtres étaient sombres. Aucune lumière n’était visible de l’appartement; je pensais m’être trompé de jour.

Mais quand j’ai sonné à la porte de Bob, il m’a salué et m’a rapidement tiré à l’intérieur. Les rideaux avaient été tirés et il m’a dit que sa petite amie, Deenie, devait entrer et sortir discrètement, autrement il pourrait y avoir des «problèmes». Je ne leur ai pas demandé de détails. Mais j’ai compris qu’elle devait rester «invisible». Nous avons passé une agréable soirée ensemble mais, quand je leur ai souhaité bonne nuit, j’ai pu lire dans leurs yeux de la peur mêlée de tristesse.

Maintenant, 45 ans plus tard, ma vie est très différente. Je vis à New York dans un quartier à forte majorité noire et hispanique et nombre de mes amis et voisins sont afro-américains. Mais quand je reviens sur la côte Est de la Virginie, je constate que les choses n’ont pas beaucoup changé.

En traversant les villages de mon enfance, je revois les mêmes quartiers de ségrégation qui existaient déjà il y a 50 ans, avec leurs maisons délabrées sur le point de s’écrouler. Un fermier blanc que je connais conduit sa fille à l’école parce qu’il ne veut pas qu’elle prenne le bus avec des Noirs. En vivant dans le Nord, je pensais que tout avait changé mais ce n’est pas le cas. Les habitudes ont la peau dure et la pauvreté, dans de nombreux endroits du Sud et ailleurs, continue de frapper principalement les Afro-Américains.

Sam Oglesby est l’auteur d’un mémoire, Postcards from the Past—Portraits of People and Places. Il a grandi sur la côte Est et il est diplômé de l’Université de Virginie depuis 1962.
 





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