Photo : Isam al-Hag/AFP/Getty Images |
LONDRES – Un ancien membre des Janjawids, les miliciens accusés de génocide contre les populations non arabes au Darfour, a témoigné la semaine dernière des exactions commises par ses anciens compagnons, encouragés selon lui par le gouvernement soudanais
S'exprimant sous le nom d'«Ali» pour la BBC et de «Dily» pour le Times, il est le premier à raconter, apparemment de l'intérieur, comment les soldats gouvernementaux ont formé et équipé les Janjawids, accusés de meurtres, viols et pillages contre les cultivateurs sédentaires d'origine africaine dans cette région de l'ouest du Soudan. «Les gens qui nous entraînaient venaient du nord, du gouvernement», a expliqué «Ali», qui cache son visage sous un turban traditionnel. Il est arrivé en août dernier en Grande-Bretagne où il a déposé une demande d'asile politique. «Ils nous donnaient des ordres et nous ont dit que quand nous serions entraînés ils nous donneraient des armes et des munitions», poursuit-il, admettant avoir tué lui-même. En 2003, «Ali-Dily» a été poussé à abandonner son troupeau de dromadaires pour rejoindre les Janjawids par les anciens de son village, pressés en ce sens par le gouvernement. Les Janjawids étaient formés pour «le nettoyage ethnique», insiste «Ali-Dily». «Pourquoi [d'autre] voudriez-vous attaquer des villages, déplacer les gens et les tuer par milliers?» «Ils portaient les uniformes des militaires [gouvernementaux]», dit «Ali-Dily» des hommes chargés de le former. Il rapporte aussi qu'un «visiteur régulier et bien connu» était le [ex-]ministre soudanais de l'Intérieur (désormais ministre de la Défense), Abdul Rahim Mohammed Hussein. «Les ordres venaient toujours du gouvernement», ajoute «Ali-Dily», qui se rappelle particulièrement l'attaque menée contre le village de Janga : «Les avions [du gouvernement] sont arrivés avant les Janjawids. Nous avons vu la fumée, le feu et nous sommes entrés.» Il admet également que d'autres miliciens violaient les femmes des villages attaqués : «Oui, il y a de nombreux viols. Mais ils ne le font pas devant les autres. Ils emmènent la victime et la violent.» «Cela confirme ce que plusieurs organisations des droits de l'homme et l'ONU elle-même ont conclu : le gouvernement soudanais a participé à organiser et à payer les Janjawids», a expliqué à l'AFP James Smith, le directeur d'Aegis Trust, l'organisation de défense des droits de l’homme qui a retrouvé l'ancien milicien et affirme avoir vérifié son histoire. «Les opérations qu'il décrit ont clairement les caractères d'un génocide», ajoute M. Smith. «C'est la première fois que quelqu'un ayant fait défection des Janjawids se confesse publiquement.» Ce témoignage contredit ainsi les assertions de Khartoum qui dit «n'avoir rien à faire avec les Janjawids», souligne encore M. Smith, qui entend maintenant le porter à la connaissance de la Cour pénale internationale. Le régime soudanais et les Janjawids sont accusés par les États-Unis de génocide au Darfour où les combats avec les rebelles et la crise humanitaire ont fait 200 000 morts et quelque 2,5 millions de déplacés depuis le début du conflit en 2003, selon l'ONU.
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