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Il y a 20 ans, le big bang de la City de Londres Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Agence France-Presse   
25-10-2006
LONDRES – Il y a vingt ans, le 27 octobre 1986, entre toasts au champagne et pannes d'ordinateurs, la dérégulation des marchés financiers, connue sous le nom de big bang, inaugurait l'ère de l'argent-roi et des golden boys à la City de Londres.

Plusieurs changements modifient alors radicalement le fonctionnement de la Bourse. En premier lieu, la suppression des commissions fixes qu'il fallait payer auparavant pour échanger actions, obligations et autres titres.

Acheteurs et vendeurs sont désormais libres de fixer les termes des transactions. Autre modification, la division traditionnelle du travail disparaît entre brokers, courtiers passant les ordres des investisseurs, et jobbers, techniciens fixant les prix.

La révolution est aussi technologique, avec l'introduction d'un système électronique de cotation et de salles de marché, qui remplacent la corbeille et ses tableaux noirs. Ces nouveautés suscitent la curiosité, et l'affluence des opérateurs est telle que les ordinateurs tombent en panne le matin même.

«Quand il y a un nouveau singe au zoo, les gens font la queue pour le voir», commentait à l'époque Nicholas Goodison, président de la Bourse.

Tout cela fait rapidement baisser le coût des échanges, multiplie leur nombre et gonfle leurs montants. Onze ans après Wall Street, où la libéralisation du secteur financier était intervenue dès mai 1975, l'argent coule à flots dans la City.

La première capitalisation boursière est alors la compagnie British Petroleum, avec 7,4 milliards de livres. Vingt ans plus tard, BP est toujours en tête, mais pèse 118 milliards.

La révolution londonienne consiste aussi en la «mondialisation» de l'activité, comme l'écrit déjà le New York Times à l'époque, la dérégulation levant les contrôles sur les flux de capitaux étrangers et autorisant les firmes britanniques à ouvrir 100 % de leur capital.

Elle se traduit enfin, et surtout, dans les comportements. «Le big bang a instauré une éthique de travail plus rigoureuse dans la City et précipité la fin de la vieille école», estime Philip Augar, ancien courtier de NatWest et de Schroders, auteur du livre La mort du capitalisme gentleman.

Dans les banques désormais, la journée commence à l'aube. À midi, les déjeuners rosbif et claret ont cédé la place au plateau de sushis et à la bouteille d'eau. Chez Goldman Sachs, le soir, cantine et taxi sont gratuits pour les travaille-tard.

La pression augmente d'autant plus que les moyens de communication s'accélèrent, explique David Freud, arrière-petit-fils de Sigmund, ancien journaliste devenu virtuose de la banque d'affaires.

«Quand j'ai commencé dans le métier (en 1984, ndlr), je rencontrais des clients, je dictais une note à ma secrétaire et je l'envoyais par la poste. Le délai de réponse était d'une semaine», se souvient-il.

«Puis dans les années 1990 est arrivé l'e-mail, le délai s'est raccourci à trois jours. Enfin est arrivé le ‘Blackberry’ (terminal mobile de poche), et le temps de réaction s'est réduit à trois heures.»

Mais pour ce retraité de la banque UBS, maître d’œuvre de la privatisation d'Eurotunnel et de la mise en Bourse d'Eurodisney, la mutation des deux dernières décennies réside d'abord dans la surenchère au niveau des salaires, liée à une concurrence féroce.

Avec jusqu'à 60 jeunes banquiers sous sa coupe, «son premier travail consistait à les rémunérer grassement» pour éviter le débauchage et apaiser les jalousies internes.

Déjà mirobolants à la fin des années 1990, les bonus versés dans la City s'annoncent records cette année, donnant tort à l'éditorial du Financial Times au matin du big bang : «Les banquiers ne pourront pas défier éternellement la loi de la gravité économique en gagnant toujours plus que leurs clients.»





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