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Après les élections, nomination d’un gouvernement volontariste et déterminé.
Cohérence du programme, clarté des idées, et détermination de l’homme ont séduit une France effrayée par la mondialisation, épuisée par un chômage lancinant, et impatiente de trouver un leader capable d’engager les mutations nécessaires.
Après 25 ans de politique économique faite d’errements, d’absence de stratégie, et finalement d’immobilisme, une forte majorité de Français a donc décidé d’accorder sa confiance à Nicolas Sarkozy, et attend des actions immédiates, assorties de résultats à la hauteur de l’espoir suscité. Mais avant de retrouver sa vigueur économique des années 60, la France devra s’astreindre à un régime très sévère…
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Le nouveau gouvernement de Nicolas Sarkozy. (Dominique Faget/AFP/Getty Images) |
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Un bilan économique médiocre
Avec 2,2 % en 2006, selon les derniers chiffres révisés publiés par l’Insee dans les Comptes de la nation 2006, la croissance de l’économie française a été nettement inférieure à celle de la zone euro (2,7 %) et à la moyenne mondiale (4 %). Cette croissance, qui est pour l’essentiel portée par la consommation interne, ne devrait pas augmenter sur les deux prochaines années selon des nombreux experts économiques, alors que le contexte mondial sera en décélération en 2007, et que les perspectives de rebond en 2008 seront faibles. Il sera donc difficile de compter sur la croissance mondiale pour aider les Français à supporter les réformes nécessaires.
Un chômage supérieur à la moyenne européenne
Du côté de l’emploi, malgré une baisse très controversée du taux de chômage à 8,9 % en 2006, celui-ci reste largement supérieur à la moyenne européenne (7,8 %), au Royaume-Uni (5,5 %), voire au Danemark (4,3 %) dont les politiques inspirent le programme de Nicolas Sarkozy. Enfin, avec une dette publique (hors dettes sociales) atteignant 70 % du PIB et dont le poids des intérêts est devenu son premier poste budgétaire, la France est bien loin des modèles scandinaves (25 % pour le Danemark, 48 % pour la Suède).
Une faible compétitivité des entreprises
Le problème économique majeur se situe surtout au niveau de la compétitivité des entreprises françaises, tant à l’export que sur le territoire national. La balance courante de la France (- 1,4 % en 2006), qui traduit sa compétitivité à l’exportation, est en déficit croissant depuis 2003, sans perspective d’amélioration, et pèse fortement sur la croissance française (entre 0,5 et 1 %). Les causes de ce déficit se situent bien sûr au niveau de la hausse de l’euro (par rapport au dollar), mais plus encore au niveau des coûts salariaux français, «qui ont augmenté de 21 % depuis 2000 contre 9 % seulement en Allemagne», comme le précisent les spécialistes d’Euler Hermès SFAC dans leur Bulletin Économique de mars 2007. Ce problème des coûts salariaux touche non seulement l’exportation, mais également la plupart des secteurs industriels soumis à la concurrence des produits étrangers, qui doivent en plus absorber les fortes hausses de coût des matières premières, et voient leurs marges s’effondrer. On a ainsi «enregistré en 2006 une forte hausse des défaillances des grandes entreprises, et cette tendance semble se poursuivre en 2007. Cette perte de compétitivité pèse sur l’investissement et encourage la délocalisation de certains secteurs», souligne Euler Hermès.
Un Gouvernement motivé par une forte détermination
Face à ce défi immense, les marges de manœuvre de Nicolas Sarkozy et du nouveau gouvernement sont donc très réduites, et le temps est compté. Fidèle à son image d’hyperactif et d’impatient, Nicolas Sarkozy a d’emblée montré une réelle volonté de changement et d’ouverture, en nommant au Gouvernement 7 femmes ministres (à quasi-parité avec les hommes) et en intégrant 4 personnalités issues de la gauche. Cette stratégie traduit la nécessité d’unir les Français face aux sacrifices sociaux qui les attendent. L’équipe réunie autour de Nicolas Sarkozy et de François Fillon est restreinte, mais jeune (moyenne d’âge : 53 ans), et éclectique. Aucun ministre polytechnicien, deux ministres seulement sur seize sont énarques et plusieurs sont issus de la société civile. Le Gouvernement est surtout composé de fortes personnalités, dont certaines sont connues pour leur habileté et/ou leur fermeté dans la négociation (François Fillon, Jean Louis Borloo, Christine Lagarde, Xavier Darcos), et d’autres pour leur force de caractère (Alain Juppé, Bernard Kouchner, Michèle Alliot Marie, Christine Boutin, Roselyne Bachelot, Rachida Dati).
Un programme pour relancer l’économie
Pour le président, la relance de l’économie française passe par les mesures suivantes, qu’il énumère dans son programme : «J’investirai massivement dans la formation, dans la recherche et l’innovation, dans le développement du commerce, de l’artisanat et des PME. Tout doit être fait pour que notre pays crée les centaines de milliers d’emplois qui peuvent l’être dans les nouveaux segments de l’économie. Je rapprocherai la fiscalité des entreprises de la moyenne européenne… Je ferai tout pour réduire la fiscalité qui pèse sur le travail… Contre les délocalisations, je mettrai en œuvre une politique industrielle, en choisissant les secteurs stratégiques sur lesquels concentrer notre effort… Je soutiendrai aussi l’agriculture et l’industrie agroalimentaire… Je créerai une TVA à taux réduit sur les produits propres. Grâce à ces mesures, en 5 ans, nous pourrons atteindre un chômage inférieur à 5 %». Comment ne pas être d’accord ?
Mais une inconnue sociale
Le problème majeur concerne cependant le financement de ces mesures, qui doit se faire «en maîtrisant les dépenses publiques», et en respectant l’objectif annoncé de «réduire la dette et le déficit». Ainsi, pour Nicolas Sarkozy, pas de doute : il faut «réhabiliter la valeur du travail, le mérite, l’effort, le goût du risque… les Français devront travailler plus», d’où les premières mesures annoncées : autorisation et défiscalisation des heures supplémentaires, réforme de l’État, réduction du nombre de fonctionnaires. Parallèlement, pour protéger le pays du dumping social et écologique des pays à bas coût, le président «proposera que les produits venant de pays qui ne respectent aucun engagement en matière écologique soient pénalisés». Cette dernière mesure ne pourra cependant être adoptée qu’au niveau européen, et reste donc très incertaine. Toute la relance économique portera donc sur la capacité des Français à accepter les sacrifices qui leur seront imposés, afin de faire baisser les coûts salariaux.
Ce n’est pas un hasard si le président est pressé d’appliquer son programme, de rendre des comptes sur ses résultats, et si les premières lois qu’il fera voter rendront illégaux les «parachutes dorés» des dirigeants tout en instaurant le service minimum garanti en cas de grève : une bonne gouvernance, des deux côtés de l’échelle sociale. Nicolas Sarkozy sait en effet que la potion pour redresser la France sera très amère, et que les réactions sociales risquent d’être rudes. Il ne pourra faire accepter son train de réformes qu’à condition de les mettre en oeuvre rapidement, avec l’aide de ministres fermes et entreprenants, et en donnant au peuple français l’impression que chacun en avalera sa part.
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