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Bien sûr, il y a des indemnisations en cas d’attaque par des loups, mais quand vous aimez votre bétail, que vous le couvez jour après jour et que vous êtes le témoin d’un tel charnier, l’argent ne compte plus vraiment. Les émotions et les sentiments prennent le dessus et l’impression de devoir subir sans rien pouvoir faire devient intolérable. C’est dans ce contexte qu’en France, l’association «A pas de loup» a créé une mission d’Eco-volontariat. Il s’agit d’aider concrètement les bergers qui souhaitent protéger leur bétail et ainsi sauvegarder les loups du coup de fusil des éleveurs en colère. Il est maintenant reconnu qu’un troupeau protégé a nettement moins de chance d’être attaqué par des loups. Mais tout cela a un coût.
Dans les zones où la présence du loup est permanente, les Alpes, et là où il commence à faire des incursions (Massif central et Pyrénées) la majorité des bergers refusent sa réintroduction. S’ils n’acceptent pas ce nouveau venu, c’est surtout à cause des contraintes qui l’accomagnent. Elles sont onéreuses et ils n’en n’ont souvent pas les moyens. «A pas de loup» offre à tous les bénévoles motivés par ce projet la possibilité d’acquérir une petite formation et de rejoindre les bergers qui acceptent de relever le défi. Ces volontaires dorment sous tente près des moutons car l’odeur de l’homme, «grand prédateur» du loup, a tendance à faire fuir ce dernier. La journée, ils aident le berger, découvrent un milieu et un métier qu’ils ne connaissaient pas. Cette approche ouverte permet un enrichissement que tout le monde apprécie. Ce projet s’appelle «Loupastres».
Actuellement, neuf éleveurs collaborent avec vingt cinq volontaires par an pour environ 600 jours d’écovolontariat. Ceux qui sont partis l’ont fait soit parce qu’ils arrêtaient le métier, soit parce qu’ils ont pris un aide-berger professionnel. Un berger a même engagé un bénévole comme aide-berger. L’association s’est séparée de deux bergers, l’un était violent avec ses bêtes et l’autre ne respectait pas les volontaires.
Le «Randoloup» est une autre activité qui dure une petite semaine. Il s’agit de passer d’un troupeau à l’autre selon un ordre prédéfini, de dormir près des bêtes et de remplir un questionnaire avec les bergers sur les prédations pour évaluer l’impact du loup et la meilleure manière de s’en protéger.
La sélection des bergers se fait de bouche à oreille, par les syndicats d’éleveur, le voisinage, les chambres d’agriculture, les salons et fêtes liés à l’élevage ou à l’agriculture. En plus de leur motivation à accepter un volontaire, le berger doit posséder moins de 1500 bêtes. Il doit avoir au moins l’un des moyens de prévention (berger, chien de garde, parc) et être en passe d’en prendre un deuxième, enfin travailler dans une zone à loup ou à proximité. L’enthousiasme des participants motive l’équipe fixe de « A pas de loup » qui cherche à développer cette entraide si enrichissante.
Témoignage de Claire Debien, 18 ans, volontaire chez Béatrice M.
«Expérience inoubliable que de vivre un mois le quotidien d’un berger ! De découvrir la beauté et la grandeur de ce métier ancestral, mais aussi ses difficultés : avoir faim, froid, garder sous la pluie, connaître l’angoisse d’avoir perdu des brebis, et la satisfaction toute simple de les voir toutes bien manger, d’avoir le temps de se préparer un café chaud», raconte-t-elle. Elle s’est attachée au bétail, comprenant que le loup ne soit pas apprécié des éleveurs. Elle a beaucoup aimé ce stage, a énormément appris et est prête à recommencer.
Témoignage de Béatrice M., Bergère partenaire d’APL, de 2002 à 2005
«J’ai vécu l’arrivée des volontaires comme un vrai réconfort : ça permet de ne plus se sentir toute seule, notamment dans ces moments où vous vous sentez complètement désarmée». Elle était étonnée et heureuse de constater que des bénévoles s’intéressent à ses problèmes. Si au début, chacun se regardait en chien de faïence, très vite la rencontre de l’autre se transforma en une complicité profonde et durable. Elle trouve que transmettre l’amour de son métier est, certes, fatiguant mais avant tout magnifique.
Témoignage de Julie Dewilde
LGE : Avez-vous trouvé le métier difficile ?
Julie : Le métier de berger est l'un des métiers les plus difficiles que je connaisse, c'est aussi l'un des plus beaux parce que authentique. Pas de jour de repos quand on est berger. Qu'il pleuve, qu'il neige, qu'il vente, il faut être dehors tous les jours, à surveiller son troupeau. Mais le métier de berger ne se résume pas à rester assis toute la journée, appuyé sur son bâton à regarder tranquillement son troupeau paitre. Il faut effectuer une surveillance permanente pour empêcher le troupeau d'aller chez le voisin. Il faut connaître parfaitement sa montagne, les plantes qui y poussent, celle qui sont plus ou moins bonnes pour les brebis. Il faut être capable de gérer parfaitement sa montagne pour que les brebis aient à manger pendant les quatre mois d'estive. Pas question donc de laisser son troupeau aller ou il veut. En plus de ce travail de surveillance, il faut apporter les soins aux brebis blessées, plusieurs fois par semaine (en été les mouches peuvent faire des dégâts terribles), il faut s'occuper des brebis qui vêlent et les séparer elles et leur agneau du troupeau, marquer et baguer les agneaux… Avec l'arrivée du loup, nouvelles contraintes : il faut construire des parcs de contention pour la nuit, déplacer ces parcs régulièrement pour éviter les risques d'épidémie de piétin, nourrir et s'occuper des chiens de protection…La nuit il faut rester sur le qui-vive, en cas de problèmes, intervenir.
La journée d'un berger c'est 6h du matin, 20h le soir non stop (excepté une petite pause pendant la chaume), tous les jours.
Si par-dessus cela s'ajoute une attaque de loup, le berger doit chercher les brebis manquantes dans la montagne (sinon pas d'indemnisation) et le troupeau est laissé seul donc se disperse, ce qui signifie un surplus de travail pour les regrouper…il doit prendre rendez vous avec un expert, être en général disponible toute la journée pour l'expertise (qui s'occupe du troupeau pendant ce temps ?)
Bref, ce métier est tellement difficile qu'il ne peut s'exercer que par passion, par vocation. Il implique énormément de sacrifice. Avec un tel travail, comment s'occuper correctement d'une famille ?
LGE : Avez-vous reçu bon accueil ?
Julie : J ai rencontré 7 ou 8 bergers différents. J'ai toujours reçu le meilleur accueil de la part des bergers. Même si certains se montrent réticents au premier abord, si vous vous impliquez dans leur travail, que vous ne rechignez pas a la tache, que vous les écoutez sans les juger ni leur donner de conseils, alors l'accueil sera toujours cordial. Je viens d'un milieu agricole, il est peut-être plus facile pour moi d'avoir de bons contacts avec les bergers. Quoiqu'il en soit les bergers ont un sacré caractère (et il en faut absolument pour faire ce métier la), il ne faut donc pas s'offusquer quand parfois les propos sont un peu crus et je conseille toujours de ne jamais aborder le problème du loup directement mais de leur laisser le temps d'en parler d'eux même, c'est la meilleure façon d'en apprendre le plus possible sur le sujet sans les braquer.
LGE : Avez-vous vu le loup ?
Julie : En 5 ans d'estives dans les zones a loup : jamais. La seule anecdote est l'année dernière (voir rapport en annexe). Preuve que les loups se font plutôt discrets….et que la présence humaine prés d'un troupeau reste le premier moyen efficace de protection contre les loups. La première année, je gardais un troupeau de chèvres seule. Ce troupeau avait l'habitude de parcourir la montagne seul sans surveillance. Des attaques de loup répétés ont poussés les propriétaires à prendre des écovolontaires. Depuis que le troupeau est gardé, plus aucune attaque.
LGE : Avez-vous vu des hordes de chiens sauvages ?
Julie : Non. Le seul problème que j'ai eu avec des chiens venait de chiens de chasse divaguant qui provoquait la panique dans le troupeau (cela m'est arrivé sur deux estives). Il n'y a pas eu d'attaques mais des mouvements de dispersion qui ont amené du travail supplémentaire pour rassembler le troupeau paniqué.
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