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Une suite d’aménagements paysagers, traités sur le mode des tableaux thématiques, vient ponctuer le relief du «parc des Écluses», rebaptisé «jardin des Écluses» pour les besoins de la cause. Et les contrastes sont au menu, avec l’immense Silo no 5 en guise de toile de fond et les passerelles des écluses qui enjambent cet espace lacustre plein de poésie.
Réinventer l’art des jardins
La figure emblématique du jardin remonte au Moyen Âge, à l’époque les monastères l’utilisaient afin d’y faire pousser des fruits, des légumes ou des plantes médicinales. Cet espace béni des dieux était enclavé au cœur même du monastère, alors que les moines semblaient vouloir y aménager une sorte de paradis perdu.
De l’Occident à l’Orient, les jardins secrets ont de tout temps fasciné l’imagination populaire, et les architectes se sont employés à en créer mille et une déclinaisons. La villa au Moyen Orient est opaque face à la ville, avec ses murs aveugles, alors qu’elle s’ouvre de l’intérieur aux splendeurs d’une nature recréée pour le plus grand bonheur de ses occupants. Vue à vol d’oiseau, cette figure architecturale aère le tissu urbain.
C’est probablement l’influence des jardins arabes qui incitera les Européens à construire des villas luxuriantes, des palais et des monastères recelant des espaces verts urbains. Et le temps faisant son œuvre, les squares publics reprendront la figure du jardin urbain, sur le mode d’un espace public cette fois-ci. Curieusement, on dirait que la prolifération des parcs et squares publics a provoqué une prise de conscience salutaire chez les citoyens d’un XIXe siècle menacés par une industrialisation galopante. La conscience urbaine venait de basculer.
Bousculer les conventions
Il y a quarante ans, l’Exposition universelle de Montréal allait servir de prétexte à une armée de designers et d’architectes pour démontrer que la nature et la culture peuvent enfin se rencontrer sur un terrain neutre. Véritable cité dans la cité, l’Expo 67 étendra ses tentacules dans une sorte de lagune artificielle qui évoque une Venise du futur! Des monorails percent le paysage, alors qu’une multitude de ponts et passerelles enjambent des pavillons thématiques qui sont aménagés à l’extérieur, comme autant de paysages parcellaires.
C’est dans le courant des années 60 que le Land Art fera son apparition en Occident avec des artistes qui, à l’instar des Dennis Oppenheim ou Christo, osent enfin utiliser le cadre et les matériaux de Dame Nature afin d’insuffler une bonne dose d’oxygène à un art contemporain qui avait grand besoin de sortir des cimaises des musées. Plus près de nous, des firmes d’architectes paysagers, comme le cabinet Schèmes consultants, utilisent des légumes décoratifs, des graminées, du sable, des galets et autres matériaux hétérogènes afin de créer des «tableaux urbains» qui provoquent le regard amusé des badauds.
C’est avec l’idée de bousculer les conventions que la directrice artistique de FLORA a lancé un appel d’offres auprès d’une cohorte d’artistes et de praticiens de l’aménagement paysager. Raquel Peñalosa, qui a œuvré pendant quelques années en architecture du paysage à la Ville de Montréal, estime qu’au-delà du travail de création, l’aménagement des espaces verts permet de contrer les îlots thermiques et de faire entrer la nature en ville. Mme Peñalosa souligne que «malgré l’hiver, les Québécois sont moins frileux et désirent vivre en harmonie avec les plaisirs des quatre saisons. Nous disposons de nouvelles technologies et d’une vision de l’aménagement qui nous permettent d’étirer la durée de vie des jardins».
Quelque 70 aménagements permettront aux visiteurs de prendre le pouls d’une création qui se soucie de plus en plus de concilier originalité avec modes de vie urbains. L’eau demeure un élément thématique central qui vient irriguer ce parcours étonnant qui célèbre l’innovation et la diversité. Un ingénieux système collecte les eaux de pluie afin d’économiser l’eau potable en provenance des aqueducs de la ville. De petits îlots ont été aménagés afin de permettre à certaines plantes de nettoyer avec leurs racines les eaux qui mouillent le site. Ne reculant devant rien, les initiateurs de FLORA ont même imaginé un système d’aération qui «pompe» de l’oxygène afin d’éviter que les eaux ne stagnent. Un site pratiquement autosuffisant en définitive!
Une approche artistique originale
L’art d’aménager des jardins et des espaces verts, c’est beaucoup plus qu’une question horticole aux dires de Mme Peñalosa. Véritables work in progress, les petits aménagements de FLORA reprennent l’idée d’un parcours dans la ville, temps d’arrêt salutaire au cœur des activités de la métropole. Certains aménagements constituent de véritables îlots de contemplation, favorisant la relaxation et la méditation. L’architecte paysagiste Chantal De Menezes mise sur la technologie verte des îles flottantes afin de créer un environnement où s’interpénètrent tous les éléments de la nature. La conceptrice affirme que «le jardin devient leçon de vie, un tableau de terre, d’air et d’eau, de pierres et de verdures, instant de liberté absolue».
D’autres praticiens n’hésitent pas à faire cohabiter certains dispositifs technologiques avec la verdure, histoire de «capter les phénomènes énergétiques (qui influencent la nature) grâce à des dispositifs sensibles au vent, au soleil ou à l’humidité atmosphérique». C’est ainsi que l’aménagement baptisé «Entre ciel et terre» utilise des tiges en acier flexible, sur lesquelles sont posés des disques colorés qui oscillent sous le vent, ce qui permet de générer une douce luminosité qui change au gré de la journée. Un espace bigarré où les artifices du génie humain cohabitent avec la quiétude de la nature.
Au pinacle de l’inventivité, le «Jardin à la rivière bleue», de l’artiste Christiane Chabot, donne à voir et à ressentir un magnifique jardin minéral où est posé une sculpture organique faite de bandes de tuiles d’ardoise récupérées à partir d’anciennes toitures. Ce parcours sinueux invite à la rêverie et nous fait oublier la présence des figures urbaines du Montréal industriel du début du XXe siècle.
Au-delà des espaces privés, Raquel Peñalosa s’est donné comme mandat la tâche de démontrer au grand public que les jardins «de rue» font, désormais, partie de paysages urbains. Ces petites parcelles d’espaces publiques contribuent à «faire d’un lieu intime un morceau de ville pour le plaisir de tous», poursuit-elle.
Plusieurs thématiques viennent irriguer ce véritable parcours initiatique à travers les jardins d’un futur pas si loin … en définitive! Jardins de ville, jardins nourriciers ou jardins de toit, un délicieux chapelet d’îlots de création nous aide à prendre conscience de l’importance de verdir les lieux exigus de nos cités polluées et que, dans certains cas, les jardins potagers peuvent constituer une ressource alimentaire d’appoint pour les citadins. On ne le dira jamais assez: cultiver son jardin, c’est une forme d’écologie de l’esprit dont on ne peut plus faire l’économie.
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